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12 de juin de 2019 Twitter Faceboock

Spectacle
Le retour de Jupiter ? A Genève, Macron dénonce le « capitalisme devenu fou »
Christa Wolfe

Le discours décroche, avec Macron : contre les faits et toutes les réformes que son gouvernement mène depuis deux ans, le voilà qui s’enflamme à Genève dans une critique du « capitalisme devenu fou ».

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Manu serait-il prêt à rallier la lutte ? L’ancien larbin des banquiers aurait-il eu, par un revirement dont Nicolas Sarkozy, qui changeait sans arrêt, donna à sa manière l’exemple, une prise de conscience de sa condition de domestique de la bourgeoisie et s’apprêterait-il désormais à mordre la main qui l’a tant nourri ? Pour décrire le discours de Genève du président, Le Monde parle de propos « crypto-marxistes » : à quand un rendez-vous sur les rond-points ou sur un piquet de grève ?

« Je ne veux plus que nous considérions que le sujet d’ajustement économique et de la dette prévaut sur les droits sociaux » a ainsi expliqué Macron, défendant une « économie sociale de marché où chacun trouve sa part », condition pour éviter le drame : « La crise que nous vivons peut conduire à la guerre et à la désagrégation des démocraties. »

Mais derrière ces propos à visée critique, le pompier pyromane a tout autre chose en tête : s’il y a bien une prise de conscience, elle ne porte pas sur la nécessité d’abattre le capitalisme. Il s’agit plutôt de redonner de la viabilité à l’équation délicate qui consiste à faire tenir ensemble deux réalités contradictoires : la démocratie formelle et l’exploitation réelle. « Ça commence à se voir, qu’il y a contradiction » - voilà le fond du propos de Macron. Autrement dit : il faut renouer avec les apparences, pour assurer la pérennité de la domination.

Ça commence à se voir et ça craque de partout : les médias assument de manière de plus en plus franche leur rôle de relais de classe, une bonne partie de la classe politique est suffisamment corrompue et discréditée, l’affaire Benalla a démontré que le nouveau monde ne valait pas mieux que l’ancien, la police tire comme une véritable milice du patronat sur des gens qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois et revendiquent de pouvoir le faire savoir.

Alors, à Genève, Macron fait son mea-culpa, et montre du doigt non pas le capitalisme, mais le capitalisme qui n’est pas modéré par la démocratie et les acquis sociaux. Et ce n’est pas une blague : celui qui a porté les deux lois Travail en 2016 et 2017, celui qui est en train de détruire l’ensemble des services publics, qui a fait passer la loi sur la SNCF, Macron donc, parle de la défense des acquis sociaux et d’un capitalisme pépère, avec des tonalités social-démocrates. C’était mieux quand les gens y croyaient encore, qu’ils allaient voter plutôt que de se mettre à manifester dans la rue – l’an II du macronisme s’annonce nostalgique.

Seulement, il va être difficile de revenir en arrière, et Macron le sait. Alors il prophétise, comme il l’a fait pour le duel annoncé des Européennes, c’est-à-dire en installant les conditions de réalisation de ses prophéties. C’est plus facile quand on est au gouvernement, évidemment. Mais quand il annonce le risque autoritaire qui pèse sur les démocraties européennes, on se prend à doucement rigoler, tant il a lui-même fait passer le recours à la force et à la police à la vitesse supérieure.

Et s’il se présente en thérapeute d’un capitalisme devenu fou, c’est d’abord un message interne à la bourgeoisie qu’il lance – « accommodez vos exigences d’un peu d’apparence démocratique » – et c’est bien sûr dans l’idée de sauver le capitalisme et pas la démocratie, dont Macron a assez démontré en France qu’il n’en a strictement rien à faire.

Finalement, ce discours n’est pas sans rappeler les accents de Macron candidat aux présidentielles et jeune président, lorsque celui-ci jouait encore sur l’ambigüité « ni de gauche ni de droite » et se voyait en pionnier jupitérien du nouveau monde, capable de faire entendre raison à Trump ou à Merkel, de faire appliquer les Accords de Paris issus de la COP21. Un discours qui s’est vite heurté à la réalité du pouvoir et des pratiques de Macron, qui a attaqué avec une intensité inédite les acquis sociaux et accéléré la destruction des restes du compromis fordiste, en sautant allégrement par-dessus les corps intermédiaires.

Que Macron cherche à réactiver cette posture au moment ou Edouard Philippe lance l’Acte II du quinquennat n’est sans doute pas un hasard. Cette envolée mystique devrait cependant s’effondrer à nouveau très rapidement à l’épreuve de la politique.

Crédit photo : AFP/Fabrice Coffrini.

 
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