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La Izquierda Diario
12 de juin de 2019 Twitter Faceboock

Gilets Jaunes oubliés, grève des urgences sous silence….
Edouard Philippe lance « l’Acte II » : des réformes et le mépris de la contestation sociale
Claude Manor

Le 1er ministre a obtenu, sans surprise, le vote de la confiance de l’Assemblée après son discours de politique générale. Mais l’enjeu pour lui, était ailleurs et plus loin : repositionner l’exécutif et LREM dans le vaste mouvement de recompositions politiques post-européennes… en omettant totalement la contestation sociale.

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Les mots qu’Edouard Philippe n’a pas prononcés

Bien que, dès les premières minutes, il ait placé son discours sous l’enseigne de « l’urgence économique, écologique et sociale », et que ce discours intervienne après des mois d’un mouvement social qui n’en finit pas de résister, le 1er ministre a réussi la performance de ne jamais prononcer le nom de Gilets Jaunes - à qui pourtant il emprunte le mot Acte - préférant une simple allusion aux « territoires isolés ». On n’a pas non plus entendu parler de pouvoir d’achat ou de justice fiscale.

Seule concession faite à la mémoire du grand débat, et aux revendications des gilets jaunes en matière de démocratie directe, il annonce que, sans changer de ligne, il faudra « changer de méthode ». Mais pas grand-chose quant à ce fameux changement de méthode et rien, en tout cas, sur le 1er RIP qui doit avoir lieu, à très brève échéance, à propos de la nationalisation d’Aéroports De Paris (ADP).
Alors qu’à Belfort, 800 travailleurs de General Electric tremblent pour leurs emplois, il n’a pas prononcé une seule fois le mot d’usine, de salaires, de fermetures, simplement il a dit vouloir refaire de la France un puissant « pays industriel…. et militaire ! ». Rien non plus à propos de la levée de boucliers des enseignants contre la loi Blanquer, ou du mouvement de grève des urgentistes qui monte en puissance. Il s’est contenté de mentionner l’existence de la loi sur l’éducation et l’élaboration de la réforme de la santé comme une preuve du souci de l’Etat, en la matière et du travail accompli et à poursuivre.

Une complète négation de l’existence des acteurs sociaux et de leurs contributions et surtout de leurs résistances possibles. Comme s’il s’agissait d’un monde totalement contrôlé dans lequel pourrait se dérouler un train de réformes qu’il s’est employé à ânonner pendant plus d’une heure. Les seuls « partenaires » évoqués dans le discours sont les maires qu’il a caressés dans le sens du poil.

Les lourds appels du pied à gauche et à droite

Il ne le cache pas d’ailleurs. L’Acte II sera ni plus ni moins que la poursuite et la mise en pratique des réformes concoctées dès l’Acte I. « Nous demeurons des réformistes », confirme-t-il. Une fois ce principe énoncé, il s’empresse d’indiquer la boussole politique en affirmant que certes, il demeure des « cultures de droite et de gauche, mais… ». Quel meilleur appel du pied aux transfuges qui traversent l’espace de droite à gauche et de gauche à droite, voire à « droite-droite »… Quel magnifique come-back opportuniste de la théorie macronienne du « ni gauche ni droite » qui se voudrait plutôt désormais tout azimut. L’intention du discours est claire : ce qui se joue, lors de cette séance parlementaire du mercredi 12 juin, ce n’est pas le vote de confiance qui est vraisemblablement acquis, même si quelques défections pouvaient se produire dans LREM, c’est l’utilisation de cette tribune pour s’adresser à l’univers politique dans lequel, après les européennes, « chacun cherche son chat ».

Et tout d’abord, tenter de damer le pion aux écolos qui- ont- quand- même -raflé -13,4%, aux européennes. Et de lancer une OPA annonçant que l’écologie n’était réservée à personne en particulier. A suivi une tentative de repositionnement « écolo » avec une série de propositions dont le contenu pouvait paraître dérisoire, voire tout à fait contradictoire, pour certaines. En ce qui concerne la transition énergétique, qu’il s’agisse du charbon ou du nucléaire, elle prend 5 ans de retard pour la première, et 10 ans pour la seconde. Un lourd débit dans la balance écolo que ne compenseront sûrement pas les mesurettes en matière de contrôle des plastiques et autre poudre aux yeux. Ce à quoi des membres de EELV n’ont pas manqué de répondre en faisant remarquer leur antériorité par rapport à un E. Philippe dont ils ont ironiquement salué le « réveil de conscience ».

Après le chapitre « écolo », les mesures phares énoncées ont visé un coup à gauche, comme l’annonce de « la PMA pour toutes les femmes », et un coup à l’extrême-droite avec l’affirmation d’une approche drastique de la notion de droit d’asile et une volonté de faire décroître une immigration rangée, par E. Philippe dans le camp de « la peur ». Un tout contrôle et répression très éloigné de la notion d’accueil et « d’asile ».

Une stratégie de présentation clairement destinée à lancer des messages très au-delà des murs de l’hémicycle.

Au total, des mesures largement défavorables aux travailleurs ?

Sur le fond de la politique présentée, les mesures sont clairement dans le droit fil des coups déjà portés depuis le début du quinquennat et dans la lignée de la loi El Khomri. Même si le programme du gouvernement semble faire des concessions au mouvement social de ces derniers mois en mettant en avant des réductions d’impôts pour les catégories les plus défavorisées, il fait fi de la notion plus large de justice fiscale en ne cédant rien sur le CICE et l’ISF par exemple. Il omet également de dire que ce sont les collectivités territoriales qui financeront la disparition de la taxe d’habitation.

Plus grave encore, il avance des mesures totalement contraires aux intérêts des travailleurs. En matière de retraites, il leur porte des coups majeurs : apparition de la notion d’âge d’équilibre assortie de mesures d’incitation à travailler plus longtemps, ce qui équivaut à un recul de l’âge de la retraite ; nivellement par le bas, sous couvert d’égalité des droits, avec la disparition des régimes spéciaux qui, loin d’être des privilèges, sont des acquis des travailleurs.

Au désavantage complet des travailleurs également, les mesures en matière de prise en compte et d’indemnisation du chômage conçues pour qu’il ne soit pas « plus intéressant d’être chômeur que de travailler ». Propos d’autant plus scandaleux quand on connaît la chute des niveaux de salaires durant les dernières années.

Bref, rien de changé sous le sombre ciel de la Macronie. Rien en tout cas qui soit de nature à changer le regard des travailleurs sur leur situation et leur avenir. Qu’une majorité acquise à l’assemblée, dans la foulée des élections présidentielles, ait assuré un vote de confiance confortable au gouvernement avec 363 voix contre 163, sur 573 votants, ne constitue pas pour autant la garantie que ce ciel ne soit pas porteur d’orages.

Il reste à savoir si l’opération de charme en direction des personnels politiques des partis à la dérive, dont le discours d’E. Philippe devant l’Assemblée n’est que l’un des premiers avatars, va permettre à Macron et à son gouvernement de retrouver une assise et un vivier politique qui se réduisait comme peau de chagrin dans la dernière période.

Même si Macron et Philippe jouent les amnésiques, il reste aussi à compter avec la colère des Gilets jaunes qui n’est toujours pas éteinte et avec les foyers de mobilisation qu’un tel train de réformes ne peut manquer d’attiser.

 
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