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26 de juin de 2019 Twitter Faceboock

Islamophobie
De LFI au RN en passant par LREM : front islamophobe sous prétexte de burkini
Thomas D. Psychon

En France, principale puissance impérialiste, il est une chose qui fait consensus parmi les partis politiques : l’islamophobie. Aujourd’hui, c’est sous prétexte de burkini, quel sera leur motif demain ?

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Crédits photo : Twitter / Alliance Citoyenne

Des femmes en burkini à Grenoble déclenchent une salve de réactions islamophobes

 
Ce mardi, à la piscine municipale de Grenoble, une dizaine de femmes se sont baignées en burkini malgré l’interdiction prescrite par le règlement intérieur, écopant d’une amende de 35 euros. Leur action n’a pas manqué de déclencher une salve de réactions nauséabondes, accusées de « provocation communautaire » et « d’intégrisme religieux » de façon unanime de l’extrême-droite à la France Insoumise en passant par LREM, révélant l’islamophobie prégnante des partis politiques français.

Les principaux partis politiques ont tous adopté unanimement une ligne islamophobe, reprenant les mêmes arguments réactionnaires. On n’en attendait pas moins du Rassemblement National, qui évoque une « provocation islamiste », de même que le gouvernement, avec Marlène Schiappa, qui en bonne représentante du féminisme néolibéral a non seulement qualifié de « revendication communautaire » le port du burkini mais a par ailleurs fait l’éloge de la « liberté à la française », celle de porter un bikini : « les valeurs de la République, c’est aussi que chaque femme puisse porter un maillot de bain, sans pression d’aucune sorte », a-t-elle déclaré. Du côté de la droite, même son de cloche avec Eric Ciotti : « le burkini n’a pas sa place en France où la femme est l’égale de l’homme. Laisser faire ces activistes islamistes à Grenoble comme partout en France, c’est renoncer à la République. »
 
Eric Piollé, maire de Grenbole encarté à EELV, n’est lui non plus pas en reste. Affirmant que « la Ville de Grenoble condamne ces atteintes au règlement intérieur », il a assuré que les verbalisations demeureraient, tout en renonçant à modifier le règlement intérieur des piscines municipales afin de permettre aux femmes en burkini de s’y baigner. Plus fort encore, ce dernier a même dénoncé une « campagne d’actions militante et médiatique qui agite inutilement les peurs et polarise les clivages. »
 
Enfin, du côté de la France Insoumise, qui se défend souvent des procès en nationalisme en revendiquant une ligne « humaniste », ces derniers se sont illustrés par l’intermédiaire d’Adrien Quatennens.Invité sur le plateau de Ruth Elrkieff, celui-ci a repris quasiment au mot près l’argumentaire des partis réactionnaires, assimilant le port du burkini à un « intégrisme religieux » et une « provocation communautaire ». Inspiré, le nouveau numéro 2 de la FI a dressé une comparaison entre le burkini et le « port d’une combinaison de plongée ». Selon lui, fondamentalement, le problème relèverait du « règlement intérieur » de la piscine municipale, comme si les normes racistes et sexistes qui irriguent la société française ne déterminaient pas ces règles soi disant neutres.

 
En réalité, derrière chacune de ces réactions, et leur argumentaire fallacieux se cachent de profondes racines idéologiques islamophobes et sexistes, prégnantes dans un pays impérialiste comme la France.
 
 
 
 

La burkini comme prétexte à l’islamophobie dans un pays impérialiste

 
Le burkini est un prétexte parfait pour les réactionnaires de tout bord, justifiant leur islamophobie sous des dehors fallacieux.
 
Parmi les arguments les plus éculés, on trouve au premier chef l’invocation des normes d’hygiènes. Quel bonheur de voir que de si nombreuses personnes se trouvent subitement dotées de compétences avancées en bactériologie ! Étrangement, les voilà piquées d’hygiène lorsqu’il s’agit de femmes musulmanes qui décident de porter un burkini à la piscine municipale. Le maire de Grenoble a notamment saisi le Ministère des Sports « afin que le gouvernement lève toute forme d’ambiguïté sur le statut du maillot de bain couvrant, relativement à l’hygiène et à la sécurité des usagers comme le prévoit la Loi. L’égalité d’accès au service public est un enjeu de cohésion nationale et ne saurait être interprétée en fonction des territoires. ». Notons au passage que quant aux normes d’hygiène, la France fait pourtant figure de mauvais élève selon de nombreuses études. En termes de lavage de main après le passage aux toilettes, la France se retrouve… 50ème . La tête du classement étant occupée… par l’Arabie Saoudite. Les neurones de nos docteurs en hygiène mention Islam menacent de disjoncter.
 
 
Bien évidemment, les arguments sont de nature totalement idéologiques lorsqu’il s’agit d’interdire aux femmes musulmanes l’accès à l’espace public et aux services publics. L’argument de la laïcité fait office de joker pour les réactionnaires. Autour du burkini et sous prétexte de lutte contre le « fondamentalisme », tous se retrouvent dans leur agenda islamophobe. En réalité, ce procès en « fondamentalisme » est là encore totalement fallacieux ; comme l’explique le politologue Olivier Roy, spécialiste de l’Islam : « le burkini est une invention récente [créé en 2003 en Australie], qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Pour ces derniers, une femme n’a pas à se promener sur la plage, et encore moins se baigner ! Donc le burkini est, au contraire, une tenue moderne, qui n’a rien de traditionnel ou de fondamentaliste. »
 
 
De fait, la laïcité ne dit absolument rien quant aux tenues conformes à l’espace public. Dans un rapport annuel publié en mars 2019, le défenseur des droits estime ainsi que « le port du voile ou du burkini pour la pratique sportive ne peut être interdit sur le fondement d’une règle de neutralité ». De façon similaire, le ministère des Sports publiait ce mercredi 26 juin le guide « Laïcité et gestion du fait religieux dans le sport », édité par l’Observatoire de la laïcité. Or, si l’on en suit le document : « Les personnes fréquentant (une piscine municipale) peuvent être considérées comme des usagers du service public vis-à-vis desquels il n’existe pas de législation restrictive quant au port d’une tenue qui s’apparenterait à un motif religieux. » Seule limite précisée par le guide : les normes d’hygiène. Mais à ce niveau, comme précisé plus haut, les argument sont, sinon souvent fallacieux, irrigués d’une idéologie qui n’est clairement pas neutre ; l’invocation de normes prétendument objectives d’hygiène ayant servi à travers l’histoire à justifier toute sorte de politiques racistes et « hygiénistes ».
 
 
Lorsqu’Adrien Quatennens justifie ainsi l’interdiction du port du burkini en prétextant que « c’est une règle » et qu’il est également interdit « de se promener nu dans la rue », peut-être est-il bon de rappeler que ces mêmes lois ont des années durant justifié la ségrégation raciale dans de nombreux pays. En France, de même, les lois ont formellement maintenu les minorités sexuelles et ethniques dans un état de citoyenneté de seconde zone jusque fort tardivement.
 
A ce titre, l’ultime argument mis en avant est celui de l’égalité hommes-femmes. Là encore, difficile de faire plus hypocrite. L’égalité hommes-femmes est bien la dernière préoccupation du gouvernement, de la droite et l’extrême-droite. Par le recours à une rhétorique féministe, il s’agit par derrière de faire passer des arguments racistes, ciblant spécifiquement la culture musulmane jugée rétrograde, tout en exhortant les femmes à suivre les normes occidentales. 
 
Ici, de fait, le contrôle sur les corps féminins, sommés de se (dé)vêtir d’une certaine manière, recoupe l’islamophobie. Une jonction des agendas néolibéraux et des nationalistes, qui se retrouvent dans un combat contre l’Islam, que la chercheuse Sara Farris qualifie de « fémonationalisme » : « Le fémonationalisme renvoie à la fois à l’exploitation des thèmes féministes par les nationalistes et les néolibéraux dans les campagnes anti-islam [...] et à la participation de certaines féministes à la stigmatisation des hommes musulmans sous la bannière de l’égalité des sexes. Le fémonationalisme décrit ainsi, d’une part, les tentatives des partis de droite et des néolibéraux de faire avancer la politique xénophobe et raciste par la promotion de l’égalité des sexes, et d’autre part, l’implication de diverses féministes dans les représentations de l’Islam comme une religion et une culture misogynes par excellence. »
 
Dans un pays impérialiste comme la France, aucune des normes édictées, des lois les plus « officielles » aux normes tacites en passant par les règlements de piscines municipales n’est « neutre » et ne pourra jamais l’être. La lutte contre l’islamisme réactionnaire est détournée en France pour justifier toute forme d’islamophobie et qualifier les musulmans « d’ennemis intérieurs ». Comme le rappelle le chercheur Olivier Roy : « Les arguments utilisés par les antisémites dans les années 1920 sont aujourd’hui repris à propos de l’islam : incompatibilité culturelle et une loyauté plus grande accordée à la religion qu’à la nation. »
 
 
De LFI à LREM en passant par le RN, ce « front républicain » élargi, devenu un front islamophobe, en dit long sur la prégnance du racisme et la nécessité d’une alternative pour mener une lutte internationaliste, anti-raciste et féministe, capable d’obtenir non seulement l’égalité formelle, mais l’égalité réelle par la lutte de tous les opprimés. Car le cas du burkini, loin d’être seulement anecdotique, est un événement : il cristallise la façon dont, dans une société patriarcale, et de surcroît dans un pays impérialiste avec une longue histoire coloniale, les normes racistes et sexistes se conjuguent. Aujourd’hui, il s’agit du burkini, demain quoi ?
 

 
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