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La Izquierda Diario
17 de juillet de 2019 Twitter Faceboock

Fin du procès
France Télécom. Un verdict rendu en décembre, une souffrance au travail qui perdure
Frédéric Mizumschi

Jeudi dernier a eu lieu le dernier jour du procès de France Télécom, dont le verdict sera définitivement rendu le 20 décembre 2019. Pour la première fois en France des ex-dirigeants d’une entreprise du CAC40 étaient passés devant le tribunal correctionnel pour avoir causé au moins 39 cas de suicides et de dépressions entre 2006 et 2009. Mais la justice est ainsi faite pour que Lombard, l’ex- PDG, ses acolytes, et l’entreprise n’encourent qu’une peine dérisoire comparé aux vies décimées par leur politique ultra-libérale.

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Crédit photo : vu sur le Monde

Débuté en mai dernier, le procès a réuni 168 parties civiles qui ont répondu à l’appel du syndicat Sud PTT et de l’inspection du travail afin d’exiger réparation pour les victimes de l’entreprise. Les responsables ayant été inculpés pour « harcèlement moral », le parquet a requis les peines maximales prévues par la loi à ce titre : 75 000 euros d’amende contre France Télécom, et un an de prison avec 15 000 euros d’amende contre ses ex-dirigeants.

Les lettres de suicides écrites par les victimes ne laissaient aucun doute sur les causes du mal-être des employés, que les témoins et ex-salariés ont dénoncé comme le « management de la terreur ». Un employé de 51 ans, qui s’est donné la mort à son domicile en 2009, avait ainsi adressé un ultime courrier à son employeur : « Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom. C’est la seule cause. » Les rapports du syndicat, ceux de l’inspection du travail et ceux des médecins concordent également sur l’indifférence de la direction face aux conséquences de leur gestion, alors que celle-ci avait été alertée depuis 2007.

Obtenue au terme d’une bataille devant le tribunal correctionnel de Paris face à une défense qui niait tout harcèlement généralisé des salariés, les sommes requises sont infimes comparé au salaire que s’allouait le PDG de l’époque, Didier Lombard,à hauteur d’un million et demi d’euros par an, et qu’a précédé une retraite de 7 millions d’euros. La décision de justice reste donc une reconnaissance bien faible au vu des préjudices subis et du statut social des impliqués.

La direction de France Télécom menée par Lombard avait été placée dans un moment où l’entreprise affichait une dette historique de 61 milliard d’euros, résultat de la privatisation des PTT puis du rachat improductif d’entreprises concurrentes, dans un contexte où l’apparition de nouvelles technologies de télécommunications exacerbaient l’hyper-concurrence. L’ex PDG arrivé en 2005 disait ainsi à l’époque être prêt à licencier « par la fenêtre ou par la porte » et estime avoir « sauvé » l’entreprise, se dédouanant derrière une politique de « départs volontaires ».

Comme l’ont révélé les documents internes présentés devant la cour d’appel, ces professionnels de l’exploitation se sont surtout enrichis en appliquant un vaste plan social au début des années 2000. Il a induit la suppression de 22 000 emplois et des changements de métier forcés pour 10 000 salariés, principalement des techniciens. En misant sur une politique de fer basée sur le « mérite », la direction a consciencieusement organisé la concurrence entre les salariés en les prenant en étau entre des réorganisations permanentes, une surveillance intensive et des cadences de plus en plus intenables, la rémunération des managers étant déterminée par le taux de départs effectués.

Emblématique de la souffrance au travail, le cas de France Télécom reflète des problèmes et conditions systémiques. Malgré l’opinion publique, des déclarations médiatiques et des personnalités engagées en faveur des salariés, la décision, loin de rendre gain de cause aux 39 victimes de suicides et de dépression recensés, démontre une fois de plus la violence des institutions qui se font le relai de cette politique, et dont les législations sont faites pour arranger le grand patronat.

Comme avec les lois « Travaille ! », le gouvernement et ses institutions cadenassent toujours plus les droits des salariés, que ce soit en limitant les instances de représentation des personnels ou en réformant les recours juridiques en cas de licenciement abusif ou de harcèlement. La Cour de cassation a ainsi récemment estimé que le plafonnement des indemnités prud’homales était en adéquation avec les accords internationaux, ce qui entre dans la même logique de libéralisation des marchés européens qui justifient la privatisation de la SNCF et, de manière générale, le reste des attaques portées contre les services publics comme l’éducation ou le secteur hospitalier qui engendre les plans sociaux, les réorganisations, et le harcèlement au travail.

 
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