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La Izquierda Diario
8 de août de 2019 Twitter Faceboock

4 MOIS APRES L’INCENDIE
Le plomb de Notre-Dame : un deuxième enfant contaminé. La population réclame information et action
Claude Manor

Un deuxième enfant, scolarisé non loin de Notre-Dame, a été signalé par son médecin à l’Agence Régionale de santé. Il présente un taux de plombémie élevé . 4 mois après l’incendie de la cathédrale, les actions de dépistage et de décontamination traînent en longueur. Les habitants et travailleurs du quartier sont exaspérés.

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Une menace sanitaire gravissime, longtemps dissimulée

Quatre mois que le danger immédiat de l’incendie a été jugulé et que l’essentiel des débats a tourné autour du financement de la reconstruction du monument ou du choix des projets architecturaux pour la nouvelle flèche qui dominera l’édifice.
Pourtant, lors de l’incendie de Notre-Dame, ce sont 400 tonnes de plomb qui ont fondu. Cette quantité faramineuse de particules dangereuses pour la santé ne s’est pas évaporée. Elle s’est dispersée, à l’état de fumée et de poussières, dans les quartiers avoisinant la cathédrale, à l’intérieur d’un périmètre relativement étendu dont les contours ne sont d’ailleurs toujours pas clairement déterminés.

Alors que la nocivité du plomb, neurotoxique, reprotoxique et probablement cancérogène est universellement connue, Il a fallu attendre 15 jours pour que soit lancée une évaluation des taux de contamination au sol aux alentours de la cathédrale. Même après que l’étude soit faite, l’Agence Régionale de Santé (ARS) et la préfecture se sont contentées de donner une information a minima, dans un cercle restreint, en omettant de faire connaître à la population la réalité de la situation sanitaire : une mesure de contamination au sol pouvant atteindre en certains points 800 fois les seuils autorisés.

Ces données auraient pourtant dû être immédiatement communiquées largement aux personnes s’approchant de la cathédrale à titre personnel ou professionnel. Cette coupable rétention d’information a d’ailleurs été dénoncée par l’association Robin des Bois qui déclarait alors : « Nous sommes très inquiets du manque d’information auprès des travailleurs, mais aussi des usagers, des touristes. Le mot « plomb » est tabou dans le quartier. Il existe une omerta pour que le commerce du tourisme dont celui des triporteurs et des Bateaux-Mouches puisse perdurer »,. L’Association des victimes du saturnisme (AVFS) déclare de son côté : « …il nous a été dit qu’un relevé serait communiqué, que des mesures seraient prises, mais nous n’avons pas eu de nouvelles ».

Les risques encourus par la population sont pourtant très élevés

C’est finalement une enquête de Médiapart, publiée le 4 juillet, qui a fait connaître ce fameux relevé faisant état de taux jusqu’à 800 fois supérieurs à la norme. Encore ne mentionne-t-il que la contamination au sol et pas celle qui peut toucher les façades ou l’intérieur des immeubles. Des taux qui font peser une menace réelle pour la population : le risque de saturnisme. Cette maladie, qui peut être provoquée par l’ingestion ou l’inhalation de particules de plomb, se révèle particulièrement grave chez les femmes enceintes et les enfants, en provoquant des atteintes des reins, de la moelle osseuse ou du système nerveux.

Or, c’est finalement toute la zone autour de la cathédrale et le centre de Paris qui ont été contaminés. Des analyses de sang de dépistage ont été réalisées auprès de 175 enfants habitant près de Notre-Dame.

Mais, alors que, depuis plusieurs semaines, un cas était déjà connu, l’ARS a été informée, il y a deux jours par un médecin, d’un second cas constaté auprès d’un enfant scolarisé dans le groupe scolaire de la rue Saint Benoît, où les mesures au sol avaient décelé 5 000 microgrammes par m2. D’après l’ARS, « Le taux observé chez cet enfant ne nécessite pas de thérapeutique particulière, mais impliquera un suivi régulier. » Au-delà de ces deux cas supérieurs au seuil de déclaration obligatoire, l’ARS déclare avoir constaté « seize cas situés dans l’intervalle de vigilance » qui feront eux aussi l’objet d’un « suivi individuel par le centre antipoison ».

Malgré les constats, les autorités continuent à traîner les pieds

Au vu de ces résultats et des récentes déclarations officielles, on peut d’ores et déjà estimer que les risques sanitaires pour la population auraient très certainement dû faire l’objet d’une prise en charge plus rapide et plus conséquente et d’une information dont la population et ses représentants associatifs ont été privés.
Pourtant l’ARS ne semble pas décidée à monter beaucoup en puissance. Elle s’est contentée d’insister sur « la nécessité de poursuivre les actions de nettoyage pour limiter le risque d’exposition des enfants aux poussières de plomb. » Elle souligne, par ailleurs, « l’importance d’amplifier les opérations de prélèvements et de dépistages, notamment dans les zones où le taux de plomb est supérieur à 5000 microgrammes par m2. »

Ce lundi, jugeant sans doute le programme de décontamination trop lent et trop frileux, un collectif d’associations a demandé de placer Notre-Dame totalement « sous cloche ». Mais la mairie s’y est opposée immédiatement en annonçant le début d’une dépollution à partir de mercredi. De son côté, le directeur général de l’ARS, Aurélien Rousseau, a incité les riverains à nettoyer régulièrement l’intérieur de leur habitation.

Les autorités responsables le promettent, les familles seront informées régulièrement des avancées et des résultats des programmes de dépistage auprès de leurs enfants. Visiblement, elles tiennent à conserver dans un cercle restreint la circulation de l’information.

Or, à l’évidence, il s’agit d’une affaire de santé publique dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’a été gérée ni avec célérité, ni dans la transparence. Il appartient à la population, à ses associations et aux organisations des travailleurs de se saisir du contrôle de la manière dont toutes les opérations de dépistage, de décontamination et de prévention seront conduites.

Crédit photo : Paris, le 15 avril. STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP

 
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