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La Izquierda Diario
27 de août de 2019 Twitter Faceboock

Témoignage
3 jeunes gazés alors qu’ils débouchaient des WC. A St Ouen, un contrôle au faciès pas comme les autres

Alors que la ville de Saint-Ouen a fait parler d’elle ces dernières semaines pour une vidéo de violences policières devenue virale et ayant conduit à l’ouverture d’une enquête de l’IGPN, nous relayons ce témoignage transmis par un habitant, qui rend compte de façon très explicite de la violence vécue au quotidien par les jeunes des quartiers populaires.

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« Il s’en passe des choses quand on a les fenêtres ouvertes... en bas de chez moi, j’entends ’Allô, c’est le plombier’. Les jeunes du quartier qui l’ont appelé le font rentrer dans un local commercial en bas de chez moi, ’c’est bouché’ lui disent-ils... Mais visiblement le plombier n’a pas voulu faire le taf. Un moment plus tard, j’entends vomir. Je vais à la fenêtre : un jeune est sorti en furie en combinaison bleue, crache de la bile sur le trottoir, les 2 autres avec des masques sur le visage, on se croirait dans Breaking Bad. Au bout de la rue, j’aperçois 2 flics à pied, ils ont l’air de chercher quelque chose. ’V’la les chtars’, les jeunes rentrent fissa dans le local. Un gant bleu est resté sur le trottoir. Les flics s’approchent, voient le gant, passent la tête à l’intérieur du local, repartent, contrôlent un jeune 30 mètres plus loin, il se met mécaniquement contre le mur, du genre habitué aux contrôles au faciès, et se fait fouiller de fond en comble, retourner les poches... je surveille, au cas où, toujours la crainte que ça dérape... surtout après les violences policières qui ont fait un peu de bruit ces derniers temps sur Saint-Ouen. Apparemment je suis pas le seul à avoir le réflexe, deux autres voisins sont à leur fenêtre et c’est pas par curiosité. ’Les gestes qui sauvent’ dans les quartiers c’est parfois juste une présence observatrice, un téléphone prêt à filmer. Les flics poursuivent leur quête, ou leur vadrouille de routine, va savoir.

Un moment plus tard, j’entends à nouveau du grabuge. Cette fois-ci les flics sont rentrés dans le local, ça sent la lacrymo à plein nez, j’ai les yeux qui piquent. Ils sortent avec les 3 jeunes, avec leurs masques et leurs combinaisons bleues. S’ensuit une scène absurde où après avoir été tous les 3 plaqués au mur et fouillés, les jeunes s’évertuent à expliquer qu’ils étaient au sous-sol en train de déboucher un chiotte : ’vous n’avez qu’à venir voir’. Rien à se reprocher, au contraire ils faisaient le taf que même le plombier n’avait pas voulu faire. Ils se plaignent : ’Vous nous avez gazés’ ; ’Te frotte pas les yeux’, répond le flic. Comme ça, pour rien, ils sont rentrés chez quelqu’un et ont gazé, gratos. Le flic a fini par suivre l’un des jeunes voir ce qu’il se passait au sous-sol du local, il n’a pas tenu plus de 2 minutes, est ressorti en crachant. Ils ont fini par les laisser tranquilles et s’éloigner.

’Ouala on était en train de déboucher le chiotte, ils nous ont gazé comme des chiens’. La scène est déjà sur Snap. Le pire c’est qu’ils n’ont pas l’air rancuniers, comme habitués à cette violence structurelle, ils en rient entre eux : ’Ouala c’était vraiment une journée de fils de pute !’ ; ’J’ai vomi 4 fois aujourd’hui’ ; ’Ouala ça sent encore la gazette là-dedans’. Les copains du quartier les rejoignent, ils racontent l’histoire, en éclatant de rire : ’eh t’imagines si le plombier était resté, il se serait pris la gazette en plus, il aurait rien capté’. Les contrôles policiers, les lacrymos en pleine figure, c’est une formalité quand t’es un jeune des quartiers, que t’as pas le bon faciès. T’auras beau faire tous les efforts du monde, faire le taf ingrat... ça risque même d’être pire que tout : les flics l’interpréteront comme quelque chose de louche. Toujours suspects. Force à ces jeunes qui trouvent les moyens d’en rire, jusqu’au jour où la roue tournera... »

Photo d’illustration : AFP

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