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2 de septembre de 2019 Twitter Faceboock

Rentrée universitaire
Toulouse. Au Mirail les chaînes d’inscription servent à traquer les étudiants sans-papiers

Pour faire face à l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, des universités comme celle du Mirail, adeptes de la technique du pansement sur une plaie béante, ont mis en place un système de dérogation pour contourner partiellement la loi. Premier effet de ces mesures, un contrôle renforcé des étudiants sans titre de séjour et des étudiants contractuels.

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Le mois de septembre est consacré aux inscriptions à l’université du Mirail. Des dizaines d’étudiant.es sont employé.es sur les chaînes d’inscription comme contractuel.les pour inscrire les 30.000 étudiant.es pour l’année à venir. Cette année, avant même l’ouverture des chaînes d’inscription, une nouveauté apparaît dans les consignes données par l’université : ces étudiant.es devront classer et faire remonter les dossiers des étudiant.es dont les titres de séjour sont périmés, incomplets ou qui n’en possèdent pas encore à ce jour.

Cette nouvelle scandaleuse s’inscrit dans un contexte bien particulier dans les universités françaises. Dans le cadre de la casse minutieusement organisée du service public d’enseignement (de la maternelle au supérieur), le ministère a lancé une offensive brutale qui, sous le titre particulièrement cynique de « Bienvenue en France », a fait passé les frais d’inscription pour les étudiant.es étrangers.ères hors UE de 170€ en licence et 240€ en master à, respectivement 2770 et 3770€ ! Une mesure qui joue sur une division xénophobe entre les étudiant.es, comme une première marche vers l’abolition de la gratuité de l’enseignement supérieur.

Face à quelques éléments épars de mobilisation dans plusieurs universités, mais surtout pour éviter un scénario de mobilisation comme en 2018, les grands humanistes que sont les président.es d’université sont vite montés au créneau pour dénoncer cette loi... pas toujours pour de bonnes raisons ! A l’image du président de l’université Clermont-Auvergne qui plus que du fond de la mesure, s’effrayait de la précipitation dans sa mise en place. De nombreuses présidences ont également vite fait pression pour atténuer les effets de cette réforme sur les doctorants, illustrant plus précisément la logique derrière celle-ci : passer les étudiant.es étrangers.ères au filtre de l’élitisme (universitaire et financier) pour ne conserver que celles et ceux qui pourront être pourvoyeurs de récompenses internationales et devenir des figures pour le rayonnement des universités françaises à l’international.

Pour l’université du Mirail qui s’inscrit, selon sa page de présentation, « dans une longue tradition d’humanisme », impossible de rester sans bouger face à cet état de fait ! Mais l’humanisme a ses limites, et l’obéissance servile à un gouvernement prime, même s’il est en train d’organiser la destruction de l’université. Frédérique Vidal (ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche – ESR) a bien pris garde de laisser une porte de sortie à ces résistances de façade qui acceptent la réforme, mais décident de l’appliquer avec mesure, d’étaler son application dans le temps. Ainsi, l’université du Mirail a choisi une solution court-termiste pour exonérer partiellement, au cas par cas, les étudiant.es étrangers.ères, dans le cadre permis par la loi, en passant des accords avec leur université d’origine. Un bricolage qui ne fera pas long feu face à la pression budgétaire qui pèse sur les universités depuis déjà de nombreuses années et que cette mesure vient accentuer.

Comme nous l’écrivions en janvier dernier :

« Depuis de nombreuses années, la mise en concurrence des universités entre elles pousse les communautés universitaires à accepter toutes les réformes et restructurations néolibérales par "pragmatisme", réalisme, à l’image de Parcoursup et de la sélection sur dossier. Combien de temps les rares universités qui se sont opposées à la sélection des bacheliers en 2018, alors que la réforme est appliquée partout ailleurs, pourront-elles tenir, voyant le nombre d’étudiants s’y inscrivant exploser tandis que les moyens continuent de manquer cruellement ? Face à l’intransigeance du gouvernement, la seule issue pour faire retirer le projet est la mobilisation nationale, pour l’ouverture des universités, leur gratuité et des moyens à la hauteur des besoins dans les services publics. L’augmentation des frais d’inscription doit être retirée dans son intégralité, car elle n’est ni aménageable localement, ni négociable. »

De la même manière, que feront les universités qui exonèrent aujourd’hui partiellement les étudiants, si l’État continue de faire stagner les dotations au prétexte que certains établissements connaissent des rentrées d’argent plus importantes avec l’inscription des étudiant.es étrangers.ères ? Ou si de nombreux.ses étudiant.es étrangers.ères s’inscrivent dans les facs qui exonèrent, au risque de déborder du cadre légal, bien étroit, d’exonération ? Elles seront obligées de se ranger.

L’université, annexe de la préfecture ?

Pas besoin d’attendre la rentrée pour voir le fond idéologique de la réforme, même contournée, refaire surface ! Comme l’a dévoilé l’UET (Union des Étudiant.e.s de Toulouse), les vacataires étudiant.es sont tenu.es, soi-disant pour permettre l’application des mesures d’exonération, de vérifier la validité des titres de séjour et, si jamais le titre de séjour n’est pas valide pour « x » raison, de remettre le rendez-vous d’inscription à plus tard. Ceci crée un cercle vicieux, car la préfecture demande une inscription à la fac pour délivrer un titre de séjour, limité aux études. « Un ping-pong incessant qui met la vie des étudiants.es étrangers.ères en danger.Un simple report de rendez-vous pour invalidité du titre de séjour peut alors conduire à une notification d’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), un séjour en CRA (Centre de Rétention Administrative dans lesquels les conditions de vie sont déplorables et les suicides augmentent) » dénonce le syndicat et prévient également qu’une simple erreur humaine, difficilement évitable au vu du nombre d’inscriptions, pourrait également avoir des conséquences.

Quant aux vacataires qui se refusent à jouer les matons d’un système répressif raciste, leur responsabilité peut être tracée, et des sanctions éventuellement prises. On sait à quel point un job étudiant est vital pour la grande majorité d’entre nous, où la rentrée est par ailleurs un moment de dépenses (inscriptions, achats de fournitures, installation dans un nouvel appartement, cautions et loyer) alors que les premières bourses tardent systématiquement à tomber. La perspective de sanctions en découragera plus d’un.e à se rebeller. Cette division idéologique qui mène à monter les étudiant.es les un.es contre les autres se maintient avant tout par la précarité imposée à la jeunesse scolarisée.

En dernière instance, le pouvoir pose un ultimatum à la jeunesse : regarder patiemment la mise en concurrence entre les jeunes pour cause de nationalité sans dire un mot ou au contraire être une résistance à ces politiques xénophobes et à un État, une classe politique, un patronat qui tapent sur les franges les plus exploitées et les plus opprimées de la société pour détourner le regard de leurs propres responsabilités. Car si des populations entières sont obligées de quitter leurs pays d’origine que ce soit pour des raisons politiques, de conflits, de questions climatiques ou économiques, les puissances impérialistes en sont les premières responsables, par le pillage des ressources souterraines, agricoles, et le travail à bas coût de ceux et celles qu’ils emploient, par la déstabilisation politique et les ingérences militaires qu’ils déploient systématiquement quand leur influence et leur contrôle semble menacé.
La jeunesse qui s’est mobilisée tout au long de l’année dernière sur les questions écologiques et climatiques devrait dévoiler systématiquement la responsabilité et les implications de la France et des autres puissances capitalistes dans la bouleversement climatique qui nous guette, comme sur la question de l’Amazonie qui a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Les réfugiés climatiques seront de plus en plus nombreux dans les années à venir, la solidarité internationale est un devoir pour notre génération.

Ainsi, la question que nous devons nous poser est simple : dans quel camp sommes-nous ? Dans celui du gouvernement et de celle et ceux qui nous condamnent à un avenir fait de catastrophes naturelles et de chômage de masse sur fond de montée de l’extrême-droite ? Ou bien dans le camp de celles et ceux, peu importe leur origine ou leurs papiers, qui s’organisent, aux côtés du monde du travail, de celles et ceux qui sont exploité.es et opprimé.Es, qui refusent cet état de fait et se battent pour le changer ?

Le mouvement étudiant a un rôle à jouer dans la situation. Cela commence par refuser la division entre les étudiant.es français.es et étrangers.ères et revendiquer une fac ouverte et le droit d’installation pour toutes et tous.

Crédits photo : © MAXPPP

 
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