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La Izquierda Diario
10 de octobre de 2019 Twitter Faceboock

Ecologie
Extinction Rebellion installe son occupation au cœur de Paris et défie le gouvernement
Georges Camac
Philomène Rozan

Depuis lundi dans le cadre de la semaine de rébellion d’octobre qu’ils ont lancé, les militant·e·s d’Extinction Rebellion occupent le pont du change en plein cœur de Paris. Une action d’ampleur qui suscite le débat.

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Crédit photo : AFP

Une occupation en plein cœur de Paris

Extinction Rébellion est né il y a un an en Grande Bretagne, après les premières grèves pour le climat. Ce mouvement de désobéissance civile revendique le fait de mettre la question climatique au cœur des débats politiques à travers des actions souvent spectaculaires.

Le groupe existe désormais dans 56 pays et a lancé la « semaine de rébellion d’octobre » du 5 au 12 octobre, qui a lieu dans différentes villes du monde et prend des formes variées allant de la mise en place de manifestations, blocages et occupations jusqu’à l’organisation de spectacles et cours de yoga. En France, à Paris, la semaine s’est ouverte sur l’occupation du centre commercial Italie II, qui a été organisé en convergence avec d’autres collectifs, notamment de Gilets Jaunes, de Gilets Noirs et de membres du comité Adama.

Depuis lundi après-midi, les militants occupent le Pont du Change et la Place du Châtelet, en plein cœur de Paris. A l’aide de mottes de foin et de palettes ils ont bloqué la circulation, et après avoir installé pancartes et drapeaux, ce sont leurs tentes qu’ils ont plantées. Depuis plusieurs centaines de personnes sont présentes sur le lieu et environ 300 l’occupent de nuit. Au sein de l’occupation plusieurs Assemblées Générales ont lieu chaque jour, pour gérer les questions logistiques et maintenir le blocage. D’autres événements sont par ailleurs organisés dans le cadre de l’action, formations, discussions autour du rapport du GIEC, et des conséquences du réchauffement climatique, mais aussi moments festifs de danses et spectacles en tous genres. De même, une « cabane de Gilets jaunes » a été installée sur le camp mercredi soir.

Dans le cadre de cette occupation, les militants d’XR ont montré leur savoir-faire en matière d’organisation. Ceux-ci disposent par exemple face au risque d’interpellations d’une technique qui consiste à se lier entre eux avec une installation faite de tubes de PVC et de harnais qui rend quasiment impossible l’interpellation individuelle. En outre, la police est pour l’instant contrainte de temporiser, le gouvernement semblant craindre les répercussions que pourrait susciter la répression de militants pacifiques en plein cœur de Paris, en particulier sur la question de l’écologie qui a particulièrement animé la jeunesse ces derniers temps et que le gouvernement tente de coopter pour se reconstruire une base électorale.

Une action et une stratégie qui soulève des débats

Les deux occupations dans Paris ont attiré les feux des projecteurs mais également soulevé de nombreuses interrogations et polémiques en dehors et au sein même du mouvement. La nature de l’organisation et la source de ses financements ont ainsi été pointées du doigt. Une interrogation liée notamment au fait qu’une partie du groupe à l’internationale est financée par le CEF (Climate Emergency Found), alimenté entre autres par une fille de l’ancien sénateur Robert Kennedy, et Aileen Getty, une des héritières de l’empire pétrolier américain. Certains sont même allés jusqu’à avancer que cela pourrait expliquer l’absence de répression du mouvement…

Des critiques auxquelles le groupe français a répondu dans un post Facebook, expliquant les spécificités de son financement par rapport au groupe américain (« nous ne dépendons d’aucun groupe de financement extérieur, nous avons refusé les propositions qui nous ont été faites plus tôt cette année, notamment les fonds du Climate Emergency Fund (CEF) porté par des philanthropes américains. » et réitérant son soutien aux victimes de violences policières, en expliquant l’absence de répression par la pression médiatique qui pèse sur le gouvernement et les forces de l’ordre.

Surtout, c’est la publication du « consensus d’action », les règles instaurées dans le cadre de l’occupation, qui a cristallisé les critiques. Celui-ci appelle à « faire preuve de respect […] envers toute personne, y compris les membres du gouvernement et des forces de l’ordre ».

Si le mouvement s’est toujours revendiqué de la non-violence, cette position en faveur des forces de répression est un saut qualitatif par rapport aux positions exprimées jusqu’ici par Extinction Rebellion qui avançait par exemple la perspective de « créer les structures nécessaires pour défier le pouvoir » (point 10 des « principes » sur leur site internet).

Cette prise de position désarme le mouvement car elle légitime la répression que subissent les mouvements sociaux et dont les occupants de la place du Châtelet pourrait faire les frais si le gouvernement changeait de braquet, et ce indépendamment des méthodes « pacifistes » ou non des militants présents. Une erreur au moment où il s’agirait au contraire de dénoncer la politique liberticide et répressive du gouvernement et de renforcer le lien avec les autres secteurs qui se sont mobilisés, à commencer par les Gilets Jaunes qui sont dans leur grande majorité préoccupés par les questions climatiques.

Cette conciliation avec les forces de répression est cependant logique. Elle est caractéristique du fait que de nombreux militants participent pour la première fois de leur vie à un mouvement. Les Gilets Jaunes eux-mêmes –qui s’indignent parfois de ces prises de position- n’avait-il pas pour cri de ralliement « la police avec nous » avant le déclenchement du soulèvement au début du mois de décembre ?

En outre, elle est aussi héritière d’une certaine conception de la désobéissance civile non-violente portée par les fondateurs de l’organisation. Dès lors, si ce communiqué a suscité à juste titre l’incompréhension et la colère de nombreux militants écologistes, il interroge sur les modalités de prise de décision au sein de l’organisation et leur capacité à traduire la volonté de ses militants, certains membres d’Extinction Rebellion estimant ne pas avoir été consultés.

Pour amplifier le mouvement, l’auto-organisation sera centrale

Les débats sur la stratégie à tenir sont le lot de tout mouvement de contestation. Ils n’ont pour le moment pas empêché l’occupation de se maintenir et de devenir un beau pied de nez au gouvernement et à sa soi-disant politique verte, dont beaucoup comprennent qu’elle n’est que de la poudre aux yeux. En ce sens, elle constitue un premier pas vers l’affrontement avec le gouvernement et le système capitaliste de production à l’origine de la crise climatique.

Pour aller plus loin, il faudra cependant amplifier le mouvement et renforcer les structures d’auto-organisation qui permettent l’expression de l’ensemble des positions des participants et leur résolution démocratique. C’est à cette condition que le mouvement pourra s’affronter aux ennemis de l’écologie –politiciens et capitalistes de tout poil- qui voient d’un très mauvais œil la démonstration réalisée par Extinction Rebellion en plein cœur de Paris.

 
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