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La Izquierda Diario
7 de novembre de 2019 Twitter Faceboock

Victoire au Technicentre Atlantique
La grève de Châtillon ou quand les cheminots font plier la direction SNCF
Carlos Alonso

Débutée le 21 octobre au soir, une grève locale au Technicentre Atlantique de Châtillon contre une réorganisation a fait plier la direction de la SNCF, et a même mis le feu aux poudres à la colère des travailleurs invisibles des ateliers de maintenances des trains.

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Une grève surprise, offensive, massive et spontanée

Tout commence avec une attaque de la direction sur les roulements de travail de l’atelier de maintenance TGV de Châtillon-Bas. 12 repos en moins, avec des horaires pas loin de l’enfer pour les cheminots, et une direction qui arrive a faire exploser les scores de productivité sous couvert de ce qu’on appelle "Qualité et Vie au Travail". Voilà ce qui était initialement prévu. Mais les cheminots de Châtillon en ont décidé autrement.

Suite à une Demande de Concertation Immédiate (DCI) posée conjointement par Sud Rail et la CGT, une délégation a été reçue par la direction, qui a continué à faire la sourde oreille avec mépris, refusant catégoriquement de revenir sur le sujet qui fâche. Plusieurs assemblées générales ont eu lieu, et finalement, le soir du lundi 21 Octobre, le mouvement de grève a débuté, d’abord avec l’équipe de nuit, puis celle de la matinée a suivi, puis celle de la soirée, et ainsi de suite, jusqu’au retrait du projet de la direction le jeudi après midi. Et tout cela avec 100% de grévistes dans tous les services de Châtillon-Bas, les dépanneurs du Service Court, plus les jockeys du Produit Train.

Mardi, la direction avait déjà fait un pas en arrière, et annonçait le maintien des 144 repos de manière non-pérenne, c’est-à-dire que les nouveaux embauchés ne pourraient plus bénéficier des 144 repos, qui allaient être éliminés progressivement. Mais les grévistes ne sont pas tombés dans les manoeuvres de la direction ; mercredi, ils lui ont remis leurs revendications, qui incluaient notamment l’extension des 144 repos pour tous les cheminots qui travaillent le weekend comme le prévoit l’accord local. Quelque chose de fort était en train de se passer à Châtillon, une révolte qui émanait de la base et qui exprimait un mal-être profond au matériel.

La direction a fini par faire marche arrière jeudi dans l’après-midi face à la détermination des grévistes. L’impact de la grève était fort, avec une circulation qui se réduisait de jour en jour. Tout le monde a été pris de court, à commencer par la direction, mais également la plupart des organisations syndicales, ce qui confirme la tendance à la « giletjaunisation » de certains secteurs du mouvement ouvrier, avec une spontanéité et une radicalité très avancées. Pas de bannières syndicales, même si les militants syndicaux et les syndiqués sont les bienvenus et participent activement à la mobilisation. Un tous ensemble déclenché suite à un ras-le-bol général, après avoir été poussés à bout et méprisés par la direction, mais aussi dû au pacte ferroviaire, dont la réorganisation initialement prévue par la direction était la conséquence directe.

Tous ces détails ont poussé ces 220 cheminots à s’auto-organiser entre eux en assemblées générales, à voter la reconduction du mouvement à la main levée et à prendre des décisions ensemble, à débattre collectivement, et à nouer des liens très fort à travers la lutte de classes. Et finalement, le premier enseignement et la première victoire est ici ; pendant des années, la direction a cherché à découper tous les secteurs et à les monter les un contre les autres, afin d’affaiblir le secteur et asseoir une domination. Les grévistes ont démêlé les malentendus et ont brisé les murs montés entre eux par la direction. Aujourd’hui, ils ne forment qu’un bloc uni et soudé, ce qui a donné une force gigantesque à ce mouvement.

Une grève surprise qui s’étend dans le secteur de la maintenance et pointe le mal-être à la SNCF

Ce mouvement de grève a eu une particularité : les cheminots de Châtillon ont cessé le travail sans DII (Déclaration Individuelle d’Intention de faire grève), c’est-à-dire sans respecter le délai de prévenance de 48 heures. Cet acte conscient et réfléchi est expliqué dans le premier communiqué des grévistes : « Nous respecterons les délais de prévenance le jour où la direction respectera les cheminots ».

La direction a voulu intimider les grévistes en les menaçant, avec 200 demandes d’explication, c’est-à-dire en engageant des procédures disciplinaires à leur encontre, qu’elle a été contrainte de retirer immédiatement. En effet, la détermination des grévistes a été plus forte et a créé ce qu’on appellera désormais la "jurisprudence Châtillon", qui a montré que l’on peut cesser le travail sans DII et s’en sortir sans la moindre sanction, ce qui est un coup politique important donné à la direction. À la veille du mouvement contre la réforme des retraites, cette détermination et cette radicalité représentent la deuxième victoire de ce mouvement. Tous les cheminots ont été témoins que c’était possible, que l’impact était bien plus fort sans l’entrave de la DII.

La question de la souffrance au travail a également été dévoilés aux yeux de tous : les plus bas salaires de la SNCF, les invisibles, celles et ceux qui font en sorte que les usagers voyagent en toute sécurité et dans le confort, sont en souffrance dans la SNCF d’aujourd’hui. Ce secteur est des plus précaires et aujourd’hui il a relevé la tête et redonné de l’espoir aux cheminots, en faisant une démonstration de force à l’aube d’une bataille des retraites qui promet d’être une bataille historique. Si la direction de la SNCF redoutait le 5 décembre, désormais elle le craint plus que tout car l’incendie s’est étendu à d’autres Technicentres TGV comme au Landy (Axe Nord) ou au TSEE (Technicentre Sud Est Européen, Axe Sud Est), où des débrayages ont également eu lieu et se poursuivent à l’heure actuelle, pour ce qui est du Landy. Tout ça dans la foulée du droit de retrait sur l’EAS (équipement agent seul), qui a posé la question des conditions de travail au sein de la SNCF, un "France Télécom puissance 10" ; cette mobilisation laisse entrevoir la possibilité de stopper la broyeuse.

Victoire éclatante pour les prémisses du 5 Décembre

En l’espace de 10 jours, les grévistes ont obtenu :

- Le maintien des 144 Repos, et leur extension à tous les agents qui travaillent le week-end, comme le prévoit l’accord local.
- Un roulement 3X8 7/7j 144 Repos et un roulement Jour/Nuit 7/7j 144 Repos.
- Un roulement Jour/Nuit 5/7j 132 Repos sans week-ends travaillés.
- Le maintien des équipes de réserve et le traitement des cas particuliers qui ne peuvent plus effectuer de travail de nuit chez les jockeys.
- L’extension de la majoration de la 9ème heure de nuit à tout le Technicentre.
- La revalorisation de la prime de dépannage province de 50 à 150€.
- La revalorisation de la prime de choc de 90 à 150€.
- L’élargissement de l’astreinte à l’ensemble de Châtillon-Bas.
- La garantie qu’aucune sanction ne sera prononcée contre les grévistes.
- La reconnaissance des journées de débrayage comme étant des journées de grève.
- L’ouverture d’une table ronde avec les organisations syndicale sur le secteur du matériel Voyages (avec les débrayages du Landy et de TSEE).

La confiance gagnée aujourd’hui par les cheminots du Technicentre de Châtillon, mais aussi la démonstration qu’ils ont réussi à faire pour l’ensemble des cheminots, est une victoire précieuse pour préparer la suite. Cela donne une motivation indéniable pour entamer la grève à partir du 5 Décembre, et construire une mobilisation d’ampleur contre la réforme des retraites de Macron et de son monde ! Une chose est sûre : la RATP a fait beaucoup de bruit le 13 Septembre, mais la SNCF sera aussi de la partie dans la bataille des retraites, et ce duo pourrait donner confiance aux salariés d’autres secteurs, et donner du fil à retordre au gouvernement pour entériner sa réforme des retraites.

 
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