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La Izquierda Diario
6 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

Excellent début pour une grève générale
5 décembre. Grosse démonstration de force du mouvement ouvrier
Juan Chingo

Comme cela était déjà annoncé, la grève a été énorme à la RATP et à la SNCF. Chez les cheminots, un peu comme dans tout le pays, ce sont tous les métiers qui sont entrés en mouvement.

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Crédits photo : ZAKARIA ABDELKAFI / AFP

Dans ces deux secteurs, on compte ainsi une forte participation des personnels administratifs et des cadres, ce qui montre le niveau de colère existant. Chez Air France et EasyJet, mais également chez d’autres compagnies aériennes, c’est une bonne partie des vols qui ont été annulés. La grosse surprise, pour le gouvernement, est venue du côté de l’Education nationale. Les taux de grévistes au niveau de la maternelle et du primaire ont avoisiné les 55% au niveau national, dépassant les 78% à Paris. Dans la capitale, le « service minimum » que sont censées mettre en place les mairies n’a pu être assuré que dans une poignée des plus de 650 écoles parisiennes.

On retiendra, également, l’ampleur de la mobilisation, à la fois dans les grandes et moyennes agglomérations, mais également dans les petites villes. Difficile, dans ce cadre, de parler de journée de mobilisation corporatiste. Par ailleurs, et en dépit des difficultés, on enregistre également une tendance à la grève embryonnaire dans le secteur privé, avec des débrayages ou des grévistes y compris dans les PME et les TPE, peu habituées aux mouvements sociaux. Dans la plupart des principaux secteurs, la grève est reconduite jusqu’à lundi ou mardi.

Plusieurs éléments ont marqué cette première journée de mobilisation nationale. Malgré le froid et les obstacles de la grève pour les grévistes eux-mêmes, en termes de transport, on retient l’ampleur de la grève et le caractère massif des manifs (avec un peu plus de 800.000 manifestants selon la Place Beauvau et plus d’1,5 million selon la CGT, dans les deux cas un chiffre bien supérieur à la moyenne générale des premières journées d’action), mais également le fait que les actions ont été jusqu’à présent contrôlées par les appareils syndicaux. Tout ceci renforce, aujourd’hui, les directions syndicales. Ce n’est pas un hasard si Edouard Philippe s’est empressé de féliciter les syndicats pour leur « bonne organisation » de la journée d’action. Une façon de mieux marquer la différence avec les samedis de mobilisation des Gilets jaunes.

Dans l’immédiat ce succès relocalise les syndicats comme des acteurs du régime. Cependant, il ne résout en rien, sur le moyen et le long terme, les contradictions de la situation. Cette dernière est, en effet, marquée par un début de « gilet-jaunisation » d’une fraction de la base ouvrière, phénomène de radicalisation perceptible autant à la RATP que chez les enseignants ou d’autres catégories qui ne sont pas coutumières de la grève. La dynamique à la grève reconductible ne peut que renforcer ces tendances, et quand bien même il faut structurer la tendance à la grève générale à un niveau supérieur, à la fois en termes d’organisation et de coordination. En ce sens, le meeting à la Générale des AG Interpro et du Front de lutte, à Paris, qui s’est tenu jeudi 5 au soir, tout comme la réunion du vendredi 6 en vue d’une Rencontre interpro en région parisienne à l’appel des grévistes de la RATP et de la SNCF, ouverte à d’autres secteurs, représentent deux pas en avant dans cette direction.

Mais c’est la semaine prochaine, à partir du lundi 9, qui va être décisive. Face à l’ampleur du coup de semonce des grévistes, le gouvernement a accéléré le calendrier de ses arbitrages qui, jusqu’à présent, restaient secrets. Il est compliqué que le gouvernement renonce à cette réforme. Si Macron venait à opter pour ce choix, cela signifierait la fin de son quinquennat. Pour l’heure, la discussion au sein de l’exécutif porte sur plusieurs points : a) à quels secteurs s’appliquera ou non la réforme ? b) est-il nécessaire, dans l’immédiat, de « combler » les déficits ?

Sur le premier point, il est probable que le gouvernement avance sur le fait que le nouveau système à points pourrait ne pas s’appuyer sur celles et ceux qui sont nés avant 1968, voire avant 1973, voire… après. Sur le second volet de la discussion, des secteurs importants de la majorité présidentielle, y compris certains ministres, demandent le renvoi à plus tard de tout ajustement financier (avec l’augmentation de l’âge de départ pour une retraite à taux plein), de façon à ne pas brouiller le message. Matignon, de son côté, est plus préoccupé par les grands équilibres financiers et s’oppose à cette deuxième hypothèse. Ce faisant, le Premier ministre pourrait contraindre de faire rentrer dans la danse la CFDT, dont la position de défense des principes de la contre-réforme est de plus en plus fragilisée. Plusieurs secteurs cédétistes, à l’instar des cheminots, ont en effet rejoint le mouvement. Certains secteurs des Marcheurs suggèrent de donner du grain à moudre aux syndicats de façon à briser le front d’unité syndicale. La journée d’aujourd’hui pousse en ce sens, mais la crainte de perdre son image de « rénovateur » de même que les divisions réellement existantes au sein de ce gouvernement ne permettent pas, aujourd’hui, de savoir quelle voie sera prise par l’exécutif.

Nous nous approchons d’un moment clef. L’ensemble des directions syndicales doit déserter le terrain des négociations directes ou indirectes avec le pouvoir. C’est aux grévistes de contrôler leur grève, et ce sont à elles et à eux de décider des pas à suivre, en étendant la grève à d’autres secteurs, notamment dans le privé, et en s’adressant également à d’autres secteurs exploités et opprimés comme les Gilets jaunes, la jeunesse ou les quartiers populaires. Comme cela a été souligné et voté en AG, « aucune négociation sur le terrain de la régression sociale », et « la grève aux grévistes ». Les discussions que l’on peut avoir dans les manifestations, au sein du cortège parisien où l’enthousiasme a été à son comble lorsque les pompiers ont réussi à briser la nasse policière qui cadenassait la manif sur la Place de la République, mais également la réalité et la puissance de la grève elle-même, tout démontre qu’il y a bien des forces pour faire plier Macron. Il est plus important que jamais que ces forces s’expriment, et jusqu’au bout.

 
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