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La Izquierda Diario
7 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

Ce 6 décembre
Rencontre Interpro IDF : s’organiser pour « qu’ils ne puissent pas nous la faire à l’envers »
Paul Morao

Plus de 400 personnes – travailleurs de la RATP, SNCF, Education nationale, Gilets jaunes, etc… - étaient réunies hier au bout du Quai 27 de la Gare Saint-Lazare pour une première Rencontre Interpro IDF, appelée par des grévistes de la RATP et la SNCF. Pendant deux heures les grévistes ont pu échanger sur la nécessité d’élargir le mouvement et la grève, de le contrôler démocratiquement et de le coordonner à la base pour vaincre.

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« Soit on reste comme ça et on rentrera pas tous, soit on fait la rencontre sur le quai dans le froid » explique Rémi, cheminot à Saint-Lazare. Immédiatement, l’ensemble des centaines de personnes rassemblées dans une petite salle qui jouxte la voie 27 de la Gare Saint-Lazare se lève. Initialement prévue à la Bourse du Travail, dont les salariés sont eux aussi en grève, la « Rencontre Interpro IDF des AG et comités » aura finalement lieu au bout du quai.

Initiée par des Collectifs de travailleurs de la SNCF, l’Intergare, et de la RATP, l’Union fait notre force, cette rencontre s’inscrit dans la continuité des « Rencontres RATP-SNCF » organisée depuis un mois avec toujours le même objectif : rassembler et coordonner les secteurs en grève, consolider des liens interprofessionnels, défendre l’auto-organisation du mouvement et viser un retrait total de la réforme.

Pour cette première version « élargie » de la rencontre, il s’agit de nouer des liens par-delà ces secteurs clés, de tirer des premiers bilans de la journée historique du 5 décembre, et de revenir sur la stratégie nécessaire pour permettre au mouvement de vaincre. Après avoir rappelé le caractère historique de la journée du 5 décembre, les interventions commencent. Pendant deux heures vont se succéder au micro des travailleurs de la RATP, de la SNCF, des enseignants, des Gilets jaunes, des étudiants, des postiers, des travailleurs sociaux, et aussi du privé, entre autres, unis autour d’un même objectif : permettre au mouvement de se renforcer, de s’élargir et surtout de vaincre.

Le 5 décembre, un mouvement interprofessionnel historique

Dans leurs interventions, nombreux sont ceux qui tiennent à souligner l’importance du mouvement au regard de la journée du 5 décembre. Taux de grévistes historiques, manifestations record : la réussite du 5 est dans toutes les têtes. Une réussite qui ne vient pas de nulle part comme le rappellent ceux qui, depuis des semaines, préparent la mobilisation.

Farid, de la RATP : « c’est clairement historique ce qui se passe, aujourd’hui on est tous ensemble, RATP, SCNF, l’Education Nationale, et on va tous entrer dedans en même temps ce sera pas la même histoire  »

« C’est une grève qui a été préparée sur le terrain par les salariés, syndiqués ou non syndiqués. On était tous sur le pont pour essayer de construire cette grève qui démarre très très forte », résume Laura, aiguilleuse sur la région de Paris Nord, venue avec le mandat de son assemblée générale du triage SNCF du Bourget. Une préparation qui a permis de mobiliser très fortement à la RATP et à la SNCF notamment, mais aussi dans l’Education nationale. « Les profs je les ai détestés quand j’étais jeune, maintenant je vous kiffe ! » s’amuse Olivier, travailleur de la RATP dans les Hauts-de-Seine.

Une grève qui doit également beaucoup au mouvement des Gilets jaunes comme le rappellent de nombreux intervenants. Ce mouvement, « on le doit à nos camarades de la RATP (…) et aux Gilets jaunes qui nous ont redonné de la force » explique Anasse Kazib, aiguilleur. « Les Gilets jaunes ont réveillé les consciences » affirme un autre intervenant. A chaque fois, l’évocation du mouvement qui a débuté le 17 novembre 2018 suscite une pluie d’applaudissements de la part d’une foule enthousiaste et combative.

A partir du 5, la grève doit s’organiser dans la durée, avec des piquets, des blocages pour aider et soutenir les grévistes. De nombreux gilets jaunes, étudiants, entre autres, se proposent justement de jouer ce rôle d’appoint pour les grévistes, pour contribuer à un véritable blocage de l’économie. A partir de lundi, des actions en ce sens seront organisées dans les différents dépôts et gares, à partir des points de ralliement référencés dans cette carte interactive faite par les grévistes.

Un mouvement qui dépasse les cadres imposés et qui refuse toute négociation avec le gouvernement

Si le mouvement est historique, c’est aussi que, nourris des dynamiques citées plus haut, il dépasse aux yeux des intervenants les cadres trop étroits qu’on voudrait lui imposer. Le cadre catégoriel d’une défense des régimes spéciaux en premier lieu, comme tiennent à le rappeler cheminots et enseignants, contre le discours propagé par le gouvernement visant à assimiler la mobilisation à une réaction corporatiste. Une accusation à laquelle de nombreux grévistes, comme Clément, cheminot au Technicentre de Châtillon, ou Marion, professeur dans le 93, répondent par un mot d’ordre simple : « retrait total de la réforme ». Mais aussi le cadre de la lutte contre la réforme du gouvernement que semblent tendre à dépasser les grévistes dans leurs discours. « Le but ce n’est pas juste de faire tomber la réforme, ça va beaucoup plus loin aujourd’hui » note Olivier de la RATP, qui met en avant la nécessité de « combiner les actions et les revendications » de tous les secteurs a qui l’on a « fait du mal » depuis tant d’années.

Cette aspiration interprofessionnelle s’entrevoit dans les interventions. En dehors de la SNCF, de la RATP et des enseignants, plusieurs travailleurs sociaux prennent la parole expliquant les transformations et les difficultés qu’ils rencontrent dans leurs métiers. Des étudiants rappellent quant à eux la situation dans la jeunesse où l’angoisse de l’avenir mêle de façon indissociable peur de la précarité, conscience de la gravité de la crise écologique. Une salariée de la BPI, un assistant pédagogique, une indépendante interviendront également, tandis que plusieurs Gilets jaunes rappellent que leur combat continue et espèrent que le mouvement permette de le mener jusqu’à son terme.

Cette volonté de convergence n’est pas qu’une aspiration, et de nombreuses expériences concrètes sont évoquées par les grévistes. Dans le 93, les professeurs ont participé à des actions de blocage du dépôt de bus de Pleyel en soutien à la RATP. Au dépôt RATP de Lagny, les travailleurs de la RATP tiennent à tenir leur AG sur la voie publique pour s’ouvrir aux autres secteurs, faire venir enseignants, étudiants, lycéens et toucher le privé.

Pourtant, cette volonté de dépasser les barrières que les directions syndicales imposent au mouvement ne suffira pas à éviter les pièges tendus à la mobilisation, au premier rang desquels on trouve l’éclatement corporatiste de la mobilisation par un gouvernement qui entend jouer sur les négociations bilatérales pour diviser le mouvement. Dès lors, « comment on va faire pour qu’ils ne puissent pas nous la faire à l’envers » interroge Anasse Kazib évoquant la perspective des négociations corporatistes entre les directions syndicales et le gouvernement. A l’unanimité, les présents se prononcent frontalement contre toute forme de négociation : « il n’y a rien à négocier avec ce gouvernement ! ». C’est l’une des décisions prises par cette rencontre, le refus des négociations. L’assemblée a également voté la participation aux manifestations du week-end, ainsi que l’idée d’occuper un lieu pour en faire un QG du mouvement, une maison de la grève, qui devrait être mise en œuvre dans les jours à venir.

L’auto-organisation et la coordination : une nécessité pour que la grève appartienne aux grévistes

A cette question centrale, différents intervenants répondent en mettant l’accent sur le contrôle que doivent exercer les grévistes sur leur mouvement. « On veut pas qu’il y en ait qui décident à notre place » résume Laura. Aux pratiques démocratiques d’auto-organisation, visant à maintenir un contrôle des grévistes sur leur mouvement et à préserver le « Tous ensemble », les grévistes ajoutent la nécessité de se coordonner entre secteurs en grève.

Pour Anasse et Laura, c’est une véritable coordination qu’il convient de commencer à bâtir avec des mandats issus des Assemblées générales des grévistes. « Si les secteurs qui sont en grève majoritaire n’ont pas des espaces qui leur permet de se coordonner en tant que secteurs en grève on va se faire avoir comme d’habitude par les directions syndicales » note Gaël Quirante, postier dans le 92, en ce sens. Une coordination qui a vocation à s’élargir, pour intégrer le maximum de secteurs mais aussi pour s’étendre géographiquement et ainsi viser à devenir un véritable cadre national d’organisation de la grève. C’est l’autre décision importante de cette première rencontre : une nouvelle réunion de coordination mercredi prochain, avec l’objectif qu’un maximum de dépôts, gares, écoles, et secteurs en grève viennent avec un mandat de leurs Assemblées Générales afin de coordonner la grève à la base.

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