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La Izquierda Diario
7 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

Le 5 au soir
Balance ton post : Djebbari renvoyé dans les cordes par Anasse (SNCF) et Irène (RATP)

Le 5 décembre au soir, après la démonstration de force du mouvement ouvrier, Jean-Baptiste Djebbari était sur le plateau de Balance ton post, pour défendre le projet de réforme du gouvernement. Pari raté, le secrétaire d’Etat chargé des transports a été renvoyé dans les cordes, notamment par Irène, conductrice de métro à la RATP et Anasse, aiguilleur de la SNCF.

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Il faut reconnaître qu’après une mobilisation d’1,5 millions de personnes, et un soutien massif à la grève à hauteur de 69%, la tâche consistant à venir le 5 décembre au soir sur un plateau TV défendre bec et ongle la réforme des retraites n’était pas aisée. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat chargé des transports, était pourtant sur le plateau de Balance ton post, avec une série d’invité, composé d’éditorialiste d’une part, de gréviste de l’autre.

Quand l’expression de la rue et des grévistes s’invite sur les plateaux tv, et fracasse le discours du gouvernement

Point d’une preuve de courage, toutefois, tant Djebbari est venu déballer le discours du gouvernement. Si le secrétaire d’Etat chargé des transports n’a pas poussé le vice jusqu’au numéro d’illusionniste, en faisant croire par exemple que la mobilisation du 5 décembre était celle des « régimes spéciaux », le discours consistait, quel que soit les interventions des invités, à répéter jusqu’à plus soif que le projet des retraites du gouvernement était comparable à une avancée sociale.

On nous demande de travailler plus, alors qu’on est déjà brisé

Irène, conductrice de métro à la RATP

C’est Irène, conductrice de métro à la RATP, qui a ouvert le bal. Elle a illustré que malgré la rhétorique du gouvernement quant au corporatisme, c’est finalement « plus d’un million de travailleurs dehors », et pas seulement « les 3% de régimes spéciaux qui étaient dans la rue ».
Irène est revenue sur ses conditions de vie et de travail, notamment en tant que mère célibataire. Alors que Djebbari, bredouillant sur la hausse de salaire de 12,5% généreusement octroyé à la PDG de la RATP, a eu l’audace d’affirmer que « la RATP est plutôt une bonne boîte pour les mères isolés », Irène répond du tac au tac : « Moi je dois ouvrir mon métro à 5h du matin, à 3h30 j’ai pas de crèche, j’ai pas de centre. Je réveille ma maman de 70 ans qui doit venir à la maison ».

Plus largement, Djebbari a ensuite essayé de défendre la réforme du gouvernement comme luttant contre les inégalités homme / femme, notamment sur la question des 1 000€ minimum et de la prise en compte des questions de maternité dans le calcul des points. Une litanie qu’Irène, mais aussi Rachel Guarrido, ont littéralement démonté, mettant en avant les inégalités salariales initiales, le fait de l’énorme part de femme embauché en contrat précaire ou bien, encore, le fait que la retraite sera désormais calculée sur les 25 dernières années de salaires. Pour conclure, Irène a réussi à arracher une vérité au secrétaire d’Etat. A la question « vous vous engagez devant tous les français ne perdront pas un euro de retraite ?, Djebbari a répondu « non, je ne m’engage pas ».

Vous nous parlez d’équité et vous êtes en train de nous dire que c’est normal que Delevoye cumule quatre retraite et un salaire de ministre

Anasse, aiguilleur à la SNCF

C’est ensuite Anasse, cheminot bien connu de la SNCF, qui a pris la parole. Face à un Djebbari qui affirmé que le texte était encore à rédiger, regrettant par exemple qu’il y ait « déjà des tracts syndicaux alors qu’on a pas encore le texte », Anasse a dénoncé les fake news du secrétaire d’Etat. Texte imprimé à la main, le cheminot a annoncé la couleur, interpellant directement Djebbari : « Vous êtes en train de nous dire la même chose pour le rapport Delevoye que pour le rapport Spinetta, qui est passé à la virgule près » affirmant qu’il s’agissait d’une « insulte de faire croire que ce rapport n’est pas un projet » après 300 réunions et 18 mois de concertation.

Retrait pur et simple de la réforme ; Retraite à 60 ans et 55 ans pour les métiers pénibles

Irène et Anasse l’ont affimés : « On veut le retrait total de cette réforme », par le biais d’une grève dure s’il le faut. Cyril Hannouna, présentateur de l’émission, a aussi interrogé Anasse, sur la question d’une retraite à 60ans.

60 ans à taux plein et à 55 ans pour les métiers, c’est possible, comme le disait Anasse dans une tribune publié sur Révolution Permanente en avril dernier. Gaugenard, Djebbari demande alors, pour le financement d’une telle retraite : « Comment on augmente la part du PIB à 4% ? ». Et Anasse de répondre du tac au tac : « Je sais où les chercher. Lorsqu’on donne 40 milliards de CICE et qu’on a des Whirlpool... »

Poussé dans ses retranchements, Djebbari se rabat alors sur une formule de rhétorique usée jusqu’à la corde.« Soit on parle de la SNCF et des cheminots, soit on fait de la politique... » dit-il, comme si les travailleurs eux-mêmes ne pouvaient pas parler de politique. Une technique classique, qui n’a pas eu l’effet escompté sur Anasse qui, droit dans ses bottes, a rétorqué « je fais de la politique d’en bas, de la politique des travailleurs ». Et Djebbari de s’enfoncer dans le silence.

La grève aux grévistes ! Pas de négociation et auto-organisation à la base !

L’un des autres temps fort d’échange entre Anasse et Djebbari était sur la question des négociations. Mis sur la défensive par le débat et le contexte social, le secrétaire d’Etat a tiré sa dernière carte, aux couleurs orange de la CFDT, et exhortant Sud Rail à venir négocier. Si Anasse a rappelé que la CFDT Cheminots, et d’autres branches, ont appelé à la mobilisation, c’est avant tout sur l’auto-organisation que le cheminot a tapé fort.

On est en train de s’organiser à la base. Il est hors de question qu’il y ai des trahisons et des négociations. Je suis délégué Sud Rail, vous pouvez recevoir Pierre, Paul, Jacques, Philippe Martinez ou qui vous voulez, c’est la base qui tient le mouvement. On va tenir le mouvement jusqu’au retrait total de cette réforme. Il n’y aura ni clause grand père, ni clause grand-mère ni d’aucun membre de famille

Anasse

KO et fin du match. La question clef est bien ici. Alors que le 5 décembre et le soutien populaire aux grévistes démontre la fronde contre la réforme, l’heure n’est absolument pas à la négociation, mais à la construction d’un rapport de force conséquent pour faire reculer le gouvernement.

La question du contrôle de la grève par les grévistes est en ce sens le combat urgent à mener ! C’est par le biais d’assemblées générales décisionnaires et par la convergence dans la rue et dans de grande coordination interprofessionnelle qu’il sera possible, pour les secteurs d’avant-garde comme la SNCF, la RATP ou encore l’Education Nationale, d’entraîner le plus de secteurs possibles, mobilisés le 5 décembre mais qui, pour l’heure, ne sont pas encore dans la reconductible.

 
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