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La Izquierda Diario
11 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

Il dit ne pas vouloir le rapport de force. C’est le rapport de force qui doit l’emporter
Après le discours de Philippe, les directions syndicales doivent appeler réellement à la grève générale !
Jean-Patrick Clech
Max Demian

Les annonces tant attendues sont donc enfin tombées. Nulle surprise cependant. Cela avait été annoncé, et les déclarations d’Edouard Philippe le confortent : le gouvernement entend bien passer en force. L’optique est donc claire : c’est maintenant qu’il faut construire la grève pour que le rapport de forces soit en mesure de contraindre Macron et son (im)monde au retrait.

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Crédit photo : O’Phil des Contrastes

Souple sur la forme, intransigeant sur le fond : Philippe prêt à la guerre sociale

Philippe y est allé « mezza voce ». Il y a, en effet, sur la forme, y compris dans les références du discours à une « histoire des luttes », au Conseil National de la Résistance, quelque chose d’assez improbable chez un homme de droite. Mais aussi un gros foutage de gueule. Un certain modérantisme apparent, ou à tout le moins la volonté de ne pas brusquer. C’est l’axe central du discours macronien a perdu de sa superbe, depuis un an et le début du mouvement des Gilets jaunes qui lui a porté un coup décisif. Quant à la journée du 5 décembre, de même que les grèves sauvages qui avaient émergé à la RATP, ces premiers faits d’armes ont suscité plus que de l’appréhension au sein des classes dominantes ; une forme de tension comme on n’en avait pas senti depuis longtemps. Dans l’Opinion, journal patronal, on pouvait lire dans un édito soulignant que ce qui se joue, c’était qu’il s’agissait d’une véritable « guerre politique contre le pouvoir ».

En ce sens, Philippe veut éviter une « juppéisation », le rapport de forces ne permettant pas de jouer sur la forme, la partition du « droit dans ses bottes », façon 1995, de l’ancien Premier ministre de Chirac. Sur le fond, néanmoins, c’est une confirmation de déclaration de guerre.

En effet, d’un côté, Philippe souhaite fracturer le front syndical : négociant avec les uns, intégrant les autres, faisant un compromis avec certains, flirtant avec les forces de répression, promettant une application renvoyée à plus tard. Pour l’heure, tous sont sortis déçus des annonces, les syndicats réformistes, la CGT-Cheminots appelant à « renforcer la grève » et l’UNSA déplorant des annonces « pas à la hauteur, cependant que Laurent Berger déclare qu’une « ligne rouge a été franchie. » Mais dans les faits, c’est l’essentiel de la contre-réforme que Philippe dit vouloir maintenir. Il sait qu’il en va de sa permanence, à Matignon. Là encore, les médias dominants font preuve de lucidité : selon l’Opinion, « Edouard Philippe joue ni plus ni moins que "sa peau" avec cette réforme. »

Mais c’est surtout Macron qui a conscience de mettre en jeu sa crédibilité auprès du patronat (le Medef s’étant déclaré « satisfait » des annonces du gouvernement) et de ses partenaires et concurrents au niveau international. Il ne saurait faire marche-arrière, faute d’être considérablement affaibli. Un éventuel recul qui ouvrirait une situation sociale et politique absolument nouvelle en France, et qui aurait des répercussions bien au-delà des frontières hexagonales. C’est la tendance dans le rapport de forces entre les classes qui pourrait être renversée, venant transformer une situation politique plutôt polarisée sur la droite, du moins si l’on s’en tient à l’échelle européenne. Dans un contexte de retour international de la lutte des classes, avec des éléments de soulèvement dans les pays du « Sud », on pourrait assister en effet à un saut qualitatif de la situation mondiale, touchant cette fois un pays impérialiste. C’est la raison pour laquelle l’ensemble de la presse financière et patronale internationale se trouve en ce moment au chevet de Macron, suivant de près l’évolution de la situation.

Radicaliser le mouvement pour défaire Macron : c’est maintenant que ça se joue, et dans la rue et dans les grèves que ça se passe

C’est pour toutes ces raisons qu’on ne saurait déposer les armes, et qu’il faut radicaliser le mouvement. Car la situation est propice à un basculement et présente des éléments qui pourraient transformer qualitativement le rapport de forces entre les classes. L’heure n’est plus aux énièmes journées saute-moutons ou à la fragmentation des dates. Repousser cette bataille décisive à « après les fêtes » risque bien de nous faire manquer le coche au moment où le temps devient une ressource précieuse.

Qui plus est, on ne saurait se contenter de simples déclarations des directions confédérales qui ont eu le culot d’envoyer des « négociateurs » se rendre chez Delevoye et Buzyn, lundi, d’appeler à une journée de grève nationale cinq jours après la première, et d’annoncer, mardi soir, en Intersyndicale, que la prochaine serait… dans une semaine. On ne saurait se contenter de paroles, d’appel à « renforcer la grève », lancé par la CGT cheminots, après le discours de Philippe, Martinez disant que « le compte n’y est pas », ou la FSU affirmant que « le mécontentement et la détermination restent entiers ». Merci ! On s’en était rendus compte. Ce qu’il faut, ce ne sont pas des paroles, mais des actes, radicalisant complètement le calendrier proposé par l’Intersyndicale et se fixant résolument pour objectif le retrait. Pour cela, il faut s’en donner les moyens.

D’un côté, les directions syndicales doivent entendre le mandat de la rue et des grévistes, et la fin de non-recevoir de Philippe. Il ne saurait y avoir de dialogue et de négociations. Le ministre l’a annoncé une nouvelle fois et a manifesté son refus de retirer le projet et de revoir sa copie. En ce sens, l’Intersyndicale doit revoir la sienne face à la radicalité qui s’exprime à la base, et répondre aux exigences des débrayages, des grèves, des AG et des piquets en proclamant la grève au niveau national et jusqu’au retrait, et ce sans patienter jusqu’au mardi 17 décembre, « nouveau temps fort » qui nous a été présenté hier soir. Dans les moments chauds de la bataille, une journée peut compter pour des mois.

L’importance de l’auto-organisation pour décider nous-mêmes et avoir la main sur la grève et imposer son extension

De l’autre côté, les travailleuses et les travailleurs qui sont en grève et les jeunes qui sont à leurs côtés, qui commencent à faire l’expérience des AG, parfois même des comités de grève, des AG interpro et des coordinations, doivent poursuivre sur cette voie et développer ces instruments de combat. C’est uniquement en devenant maîtres de notre mouvement que nous aurons toutes les garanties pour le consolider, le massifier, imposer nos exigences à nos organisations, et exiger que tout le mouvement ouvrier organisé et les organisations de jeunesse jettent résolument leurs forces dans la bataille, sans atermoiements ni hésitations.

L’heure est grave et c’est notre avenir qui est en jeu ; quelles que soient les générations concernées, avant et après 1975 ; quels que soient nos statuts, dans le public comme dans le privé, quels que soient nos contrats, en CDI, en CDD ou précaires. C’est l’avenir de nos enfants et des générations à venir qui est en jeu. Notre capacité à pouvoir garder la tête haute face à la morgue du patronat et à l’arrogance du pouvoir.

Il est encore possible de gagner si nous nous en donnons les moyens et si nous réussissons à imposer notre volonté à nos organisations en construisant un rapport de force à la base pour les contraindre. Les AG locales de grévistes, par entreprises, dépôts, établissements, les comités de grève, les AG locales, de branches ou interpros doivent se développer et se coordonner dans les tous prochains jours pour faire valoir notre programme, garantir la reconduction et imposer le retrait. Il y a une fenêtre de tir pour pouvoir réellement l’emporter, faire ravaler sa réforme au gouvernement, et en finir les contre-réformes néolibérales. Le gouvernement est déterminé à mener sa guerre sociale : montrons-lui que nous le sommes aussi. Et que l’on va gagner !

 
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