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13 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

Open-bar sur le Brexit ?
Élections au Royaume-Uni : Boris Johnson l’emporte à une large majorité
Flo Balletti
Diego Sacchi

Le Parti Conservateur du Premier ministre britannique Boris Johnson obtient la majorité absolue lors des élections générales qui se sont tenues ce jeudi au Royaume-Uni. Les tories remportent 364 sièges sur 650, selon les dernières estimations.

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Les résultats officiels publiés ce vendredi matin confirment la large victoire de Boris Johnson et du Parti conservateur lors des élections législatives britanniques de ce jeudi 12 décembre. Selon les dernières estimations, les tories obtiendraient 364 sièges sur 650, s’adjugeant la majorité absolue au Parlement.

Le parti travailliste de Jeremy Corbyn subit une énorme défaite en passant de 262 à 203 sièges. Il perd près de 60 parlementaires par rapport aux élections de 2017 notamment dans le "Red Wall" ("ceinture rouge"), zone géographique ouvrière historiquement travailliste située au nord-ouest de l’Angleterre. Parmi les autres forces politiques, le Parti Libéral Démocrate obtient seulement 11 sièges, soit moins de 2% des Communes. Le Parti National écossais (indépendantiste) a quant à lui raflé la mise, obtenant 55 des 59 sièges du pays à la Chambre.

Le chef du Parti conservateur obtient donc une grande victoire qui lui ouvre la voie pour avancer dans sa proposition de Brexit. Johnson a basé sa campagne sur la promesse de mettre en place le "Brexit" (ou sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne), fixé selon le calendrier au 31 janvier 2020. Suite à l’annonce de sa victoire, « Bojo » a lancé : « Je vais mettre fin à ces absurdités et nous allons le réaliser à temps d’ici au 31 janvier ». Concernant les résultats du scrutin, ce dernier a estimé qu’il s’agit d’une « décision irréfutable, irrésistible, incontestable » des électeurs en faveur de son « deal » négocié en octobre avec Bruxelles. Il s’agit de la plus large majorité absolue du Parti conservateur depuis 1987, année où Margaret Thatcher avait remporté 376 sièges, le parti enchaînait alors une troisième victoire électorale d’affilée.

De l’autre côté de l’éventail politique, le Parti travailliste est confronté à la pire élection depuis 1935. C’est une défaite majeure pour Jeremy Corbyn, dont la direction à la tête du parti travailliste a récemment été remise en question par la droite du parti. Alors que la formation perd sa quatrième élection générale d’affilée, Corbyn, élu pour la dixième fois dans sa circonscription d’Islington, au nord de Londres, a reconnu la lourde défaite. Il a décidé de prendre très vite ses responsabilités. « Je ne conduirai pas le parti lors d’une quelconque élection », a-t-il déclaré dans la nuit, tout en précisant qu’il quitterait la tête de la formation "après une période de réflexion".

Cependant, le Parti travailliste a réussi à conquérir de nouvelles générations de jeunes qui par milliers se sont lancées dans la campagne dans des zones considérées comme "marginales" (avec peu de différence de votes entre les conservateurs et les travaillistes). Organisée en groupes de discussion sur les réseaux sociaux et affinant les discours de campagne par le biais de forums de formation sur Internet, c’est une véritable armée de jeunes qui est sortie pour tenter de remporter le vote depuis l’annonce des propositions électorales de Corbyn. Un fait atteste de ce soutien depuis quelques années parmi les secteurs de la jeunesse : lors des élections de 2017, 66% des électeurs âgés de 18 et 19 ans et 55% des trentenaires avaient choisi le parti travailliste.

Néanmoins, le système électoral britannique tend à approfondir la différence en faveur des conservateurs avec un type de scrutin qui dégage une majorité nette. Au Royaume-Uni, sont élus les députés qui représenteront au Parlement chacune des 650 zones électorales. Le scrutin est uninominal majoritaire à un tour : chaque zone est une véritable bataille qui est définie par le système qui permet au vainqueur de la zone de prendre le siège. Celui qui perd, même d’une voix, n’a rien.
Dans une campagne polarisée, Johnson s’est centré sur le fait de s’emparer des secteurs de la population qui soutiennent le Brexit, balayant même l’ultranationaliste Parti du Brexit de Nigel Farage (0 siège).

Victoire électorale, certes, mais après ?

Le résultat, bien que large, ne garantit pas un avenir simple pour Boris Johnson. Même avec une victoire confortable pour Johnson, qui lui permettrait d’approuver sans difficulté l’accord du Brexit qu’il a conclu avec Bruxelles, l’inconnue sur ce qui va arriver dans les prochains mois reste ouverte. Le secteur eurosceptique qui a contribué à sa victoire ne manquera pas d’insister contre toute concession faite à Bruxelles lors des négociations du futur accord commercial, augurant une situation difficile.

L’actuel Premier ministre a assuré à plusieurs reprises que face à une rupture difficile avec l’Union européenne, la possibilité d’un accord de libre-échange avec les États-Unis constituerait une solution pour l’économie britannique. Ce qui est certain, c’est qu’au-delà de la sympathie que le président Donald Trump peut avoir pour « Bojo », cette situation inquiète les grands capitalistes britanniques qui entretiennent une relation privilégiée avec le bloc européen, auquel une grande partie de leurs exportations sont destinées, sans parler de la City de Londres qui a officié jusque lors comme principale place financière de l’UE.

L’autre foyer de conflit est l’Écosse. Le Parti national écossais (SNP) est devenu une troisième force puissante à Westminster avec 55 députés. La formation dirigée par Nicola Sturgeon a assuré, peu après que les premiers résultats soient connus, que si le Brexit avance, il nécessiterait un nouveau référendum d’indépendance en Ecosse, où la majorité de la population soutient le maintien dans l’Union européenne. « Il y a maintenant un mandat en vue d’offrir au peuple écossais le choix de son propre avenir », a déclaré Sturgeon sur la chaîne de télévision Sky News. Et d’ajouter : « Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l’Angleterre de l’Union européenne. Il n’a absolument pas le mandat de faire sortir l’Ecosse de l’Union européenne ». La confrontation territoriale va s’intensifier au Royaume-Uni.

La question irlandaise est un autre nuage dans le ciel du gouvernement britannique. La possibilité d’une unité entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord est ouverte, étant donné que l’accord que Johnson veut signer avec l’UE implique que les deux parties de l’île soient soumises au même système réglementaire. Cela a conduit les Irlandais pro-britanniques organisés autour du Parti unioniste démocrate (8 sièges) à dénoncer Johnson pour avoir rompu sa promesse qu’il ne négocierait pas une sortie de l’UE impliquant une frontière entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. En bref, l’intégrité politique du Royaume-Uni se décide aussi lors de ces élections.

En résumé, le pari de Johnson sur la polarisation confirme qu’il s’agit d’une stratégie utile pour gagner des élections. Reste à savoir si le Britannique peut éviter le sort d’autres gouvernants, à l’instar de Trump ou Bolsonaro, qui, en pariant eux aussi sur la polarisation, n’ont pas réussi à assurer une hégémonie suffisante pour faire face aux défis et au mécontentement de vastes secteurs.

 
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