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La Izquierda Diario
18 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

Grèves, blocages, ruptures de service
Coupures contre la réforme : les grévistes de la CGT-RTE visent des cibles symboliques, préfectures et multinationales
Claude Manor

La grève et les actions de blocage de l’économie sont, par nature, destinées à produire des impacts. Mais l’un des grands principes du mouvement ouvrier a toujours été de cibler, dans la mesure du possible, les centres névralgiques de l’économie et du pouvoir en laissant à l’abri la population. Il reste bien entendu une gêne, parfois importante, parfois marginale, pour les « usagers ». Le pouvoir et les médias ne manquent pas alors d’en faire leurs choux gras.

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Les grévistes décident de procéder à des coupures ciblées

De même que les cheminots cessent de faire rouler les trains, les agents de la RATP de conduire les métros, les raffineurs de sortir des carburants, les grévistes du secteur de l’énergie interrompent la fourniture d’électricité ou de gaz. De tels actes relèvent tout simplement du droit de grève.

C’est en tout cas le moyen d’action qu’ont adopté les grévistes syndiqués CGT Energie. Selon une source citée par France Info, « Ils revendiquent une quarantaine d’actions similaires depuis le 5 décembre et le début du mouvement. Elles visent des objectifs symboliques comme les préfectures et les permanences d’élus de La République En Marche, mais aussi des centres commerciaux et des multinationales comme Amazon ».

C’est ainsi que, dans la continuité de ces actions, lors du 17 décembre, journée sans précédent depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, des grévistes du secteur Energie ont procédé à de nombreuses coupures dans plusieurs villes. Toujours selon la même source, « cela a commencé peu après minuit en Gironde, la nuit dernière, avec une coupure d’électricité d’une demi-heure. Puis, cela s’est reproduit dans la région lyonnaise (Rhône) et à Nantes (Loire-Atlantique) mardi après-midi ».

Même si le nombre avancé par la CGT-RTE de 90 000 foyers concernés n’est pas négligeable, les coupures sont restées le plus souvent circonscrites à quelques dizaines de minutes, au maximum quelques heures.

A Nantes, des coupures d’électricité et de gaz spectaculaires

A Nantes, l’action a pris une dimension particulière. Vers 13 h, plusieurs personnes qui portaient des chasubles aux couleurs de la CGT et dont les visages étaient dissimulés sont entrées sur le site des Tanneurs, avant de couper l’alimentation d’un poste source. Dans les rangs des milliers de manifestants qui défilaient en ville contre la réforme des retraites au même moment, beaucoup ont salué cette grève de l’électricité. L’action qui visait des bâtiments publics a coupé le courant dans le quartier de la préfecture.

L’électricité a été rétablie en centre-ville après un peu plus d’une heure. Au plus fort, quelque 5 000 clients en auront été privés. Même si cette initiative n’a pas été revendiquée, il est probable qu’elle soit le fait de grévistes plus radicaux, sans doute accompagnés de quelques gilets jaunes, que le fait de s’introduire dans un poste de distribution n’a pas arrêtés. Il semble donc que, moins que les perturbations créées, finalement relativement circonscrites et principalement dirigées vers la préfecture, ce soit surtout l’audace de l’action et son caractère radical qui aient conduit la direction à donner une dimension judiciaire à ces coupures.

Des coupures de gaz ont eu lieu également de façon échelonnée depuis lundi dans plusieurs quartiers de Nantes. GrDF a dû mettre en place un dispositif conséquent, ce mercredi matin, pour rétablir l’alimentation en gaz, partout à Nantes.

Même si les grévistes de la CGT considèrent ces moyens de lutte comme légitimes, les réactions des directions ne se font pas attendre. La direction de GrDF, par exemple, arguant du fait que ces coupures se sont produites « au sein de plusieurs postes sources de distribution publique de gaz naturel «  est montée au créneau en qualifiant ces actions « d’actes inappropriés »et en annonçant qu’elle va déposer plainte.

La polémique enfle autour des coupures et des blocages

En parfaite synchronisation, la ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne a, sur France Inter, condamné « très fermement » non seulement les coupures d’électricité à l’initiative des grévistes de la CGT, mais aussi les blocages routiers - qui sont depuis des mois la marque de la mobilisation des gilets jaunes -, estimant qu’il n’y a pas de droit aux blocages, aux menaces, aux coupures sauvages ».

Elle rappelle qu’elle a « demandé aux dirigeants de RTE et d’Enedis de déposer plainte systématiquement ». Quant au versant « partenaires sociaux », jouant la carte des interlocuteurs « responsables », elle met en demeure Philippe Martinez « de clarifier sa position sur ce sujet », car « on est très loin des modes d’action normaux, de ce qu’on peut attendre d’un grand syndicat ». Pratiquant, comme à l’habitude, le jeu de la division, elle n’oublie cependant pas de préciser que « c’est une toute petite minorité, je ne confonds pas avec tous les agents qui sont au service du public ».

Francis Casanova, délégué syndical CGT - RTE, gestionnaire du réseau électrique haute tension, a répondu sur Europe 1, en défendant l’action de son syndicat : « Ce n’est pas du sabotage » affirme-t-il. Sébastien Menesplier, secrétaire général de la CGT énergie développe en expliquant : « On ne cible pas du tout les usagers, mais c’est un effet inévitable, parce que le réseau est fait ainsi. On peut avoir du collatéral et se retrouver avec des usagers qui sont privés d’énergie pendant une heure et demie ».
Quant à Philippe Martinez, il a répondu en direct à Elisabeth Borne, à l’occasion d’un échange musclé avec Jean-Jacques Bourdin, mercredi matin sur BFMTV. « Quand vous coupez l’électricité de la préfecture, vous coupez l’électricité à 50 000 foyers si j’ai bien compris ! » lance Bourdin sur le mode provocateur. Martinez répond sur le mode énervé : « C’est le genre de trucs qui m’agace ! (...) Elisabeth Borne est plus prompte à dire ’attention aux coupures’ plutôt que de répondre aux revendications des salariés. On peut flatter les usagers et je vous dis que les coupures sont ciblées mais cracher sur le service public de l’énergie, vous comprenez que ça énerve un petit peu ».

Les grévistes ne se laissent pas intimider, ils sont déterminés à poursuivre la lutte

Mais, en dernière instance, le propos le plus juste de Martinez a bien été cette affirmation :« Il faut cesser les provocations contre les agents de l’énergie, ils savent ce qu’ils ont à faire ! » Et en effet, c’est bien aux grévistes de décider par eux-mêmes de la réponse qu’ils veulent faire à Elisabeth Borne.

La réponse est déjà connue c’est : « on continue ». A Nantes par exemple, ils annoncent, après décision en assemblée générale, que d’autres coupures d’électricité et de gaz sont à prévoir dans les jours à venir. Malgré la menace de plaintes systématiques déposées par RTE à chaque coupure, et le mécontentement des usagers privés de courant savamment orchestré par les médias, les grévistes affirment que d’autres actions du même type auront lieu jusqu’à la fin de l’année. Sébastien Menesplier affirme que, « pendant les fêtes de Noël, on pèsera aussi par des formes de mobilisation et des rassemblements ».

Conscients de l’importance du soutien des usagers et instruits par l’exemple des difficultés que rencontrent les grévistes des transports face à la bataille de l’opinion, les grévistes de l’Energie veulent agir sur deux points : d’une part, être le plus efficaces possible pour ajuster techniquement au mieux le ciblage et préserver la fourniture d’électricité des foyers et, par ailleurs, expliquer clairement à la population leur intention qui est, non pas de viser les particuliers, mais de bloquer l’économie. Ils ne manqueront pas, d’ailleurs, de rappeler que l’une de leurs pratiques de lutte consiste à remettre en service les lignes de ceux qui ont été privés d’électricité, non en raison d’une grève, mais parce qu’ils n’ont plus les moyens de payer.

Mais au-delà de ce nécessaire travail de communication, seul un appel à la grève générale, en masse, tous secteurs confondus, permettrait à ces grévistes déterminés de trouver les meilleures conditions pour être soutenus par la population, gagner sur leurs revendications et s’opposer à Macron et son monde. C’est en ce sens que ceux qui payent tous les jours le prix de la grève doivent imposer à leurs dirigeants d’appeler à la grève générale.

 
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