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La Izquierda Diario
31 de décembre de 2019 Twitter Faceboock

RATP : les machinistes en droit de retrait pour dénoncer la répression policière des grévistes ce matin
Paul Morao

Ce matin, l’opération piquets tournants prenait place sur les dépôts de Ivry et Pavillons-sous-Bois. Dans les deux cas, les grévistes et leurs soutiens ont subi des agressions policières qui n’ont pas eu l’effet escompté : la répression a en effet entraîné une vague de retraits annulant le service du jour et accroissant même le nombre de grévistes.

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Ce matin, de nombreux grévistes et soutiens étaient présents sur les dépôts de Ivry-sur-Seine et Pavillons-sous-Bois dans le cadre de l’opération « piquets tournants » appelée par la Coordination francilienne des grévistes de la RATP-SNCF. Après la réussite de la première action hier, les soutiens étaient présents encore plus nombreux pour assurer une présence sur les piquets et bloquer les dépôts de bus.
 
Pour l’occasion de nombreux grévistes de différents dépôts avaient choisi de converger au même endroit. A Ivry-sur-Seine les dépôts de Vitry, Montrouge ou encore Lagny étaient ainsi présents, tandis que dans le Nord de Paris, à Pavillons-sous-Bois, les grévistes d’Aubervilliers, de Flandre, de Saint-Denis ou de Belliard étaient notamment mobilisés.
 
En dépit de la forte présence, la police n’a pas hésité à intervenir violemment pour déloger le piquet, blessant des grévistes et des soutiens sur les deux dépôts, sans que cette intervention n’ait l’effet escompté.
 

Une répression violente : matraques, gaz et charges policières

 
A Pavillons-sous-Bois, la BAC et la police sont intervenues très rapidement, alors que les soutiens et grévistes étaient encore entrain d’arriver et que le blocage n’était pas encore mis en place, plusieurs bus étant déjà sortis du dépôt. Alors que quelques palettes commençaient à brûler, grévistes et soutiens ont fait face à une très violente charge policière qui a ouvert le crâne d’un gréviste.
 
Alors que tout le monde s’était réfugié dans le dépôt afin d’éviter la police et de panser les plaies du machiniste blessé, un chauffeur non-gréviste a décidé immédiatement d’exercer son droit de retrait. « Un collègue était à la sortie du dépôt, face à l’agression du collègue gréviste il a pris son bus, a fait demi-tour et a indiqué qu’il faisait usage de son droit de retrait suite à la violence qu’il avait vu. » raconte Karim, agent RATP au dépôt Pavillons-sous-Bois. Un droit de retrait qui a entraîné de nombreux autres, au point d’entraîner un sous-effectif qui a obligé la direction à annuler le service pour des raisons de sécurité.
 

 
Une Assemblée Générale a ensuite pu avoir lieu réunissant grévistes, agents en droit de retrait et soutiens. Pour Karim, celle-ci a permis d’ouvrir de nombreuses discussions : « Beaucoup ont été réceptifs et vont se déclarer grévistes dans les 48h, car ils trouvent que cette violence est inacceptable, ils voient qu’on se bat pour l’ensemble des français, et le fait qu’il y ait eu cette violence envers leurs collègues ça les a éveillé. »
 
A Ivry-sur-Seine, le blocage du dépôt s’est maintenu jusqu’à 6h30 avec plus d’une centaine de grévistes et soutiens présents sur place, dans une ambiance calme mais combative. Entre 6h30 et 7h les policiers sont intervenus violemment sur le dépôt. Après avoir été repoussés une première fois par les grévistes et leurs soutiens, des grenades lacrymogènes ont été envoyés sur la foule puis plusieurs charges policières se sont succédé avec de nombreux coups de matraque. Un gréviste a notamment été blessé à l’œil et un journaliste de Révolution Permanente renversé au sol.
 

 
Pour mettre la pression contre ceux qui tenaient le piquet, et en décalage total avec l’attitude pacifique des grévistes présents, les policiers n’ont par ailleurs pas hésité à enfoncer la grille du dépôt et à pointer leurs LBD sur les grévistes et leurs soutiens. Une opération menée avec l’aval et en présence, aux côtés des policiers, de la directrice du dépôt, démontrant de façon explicite les liens entretenus entre la direction de la RATP et les forces de police pour tenter de briser le mouvement.
 
Pourtant, là encore l’effet des violences s’est retourné contre la RATP. Suite à cette matinée, 62 chauffeurs ont exercé leurs droits de retrait - « parce que leur sécurité n’est pas assurée mais aussi en solidarité avec les grévistes » comme le résume Kamel, agent RATP au dépôt d’Ivry -, avant de rejoindre l’Assemblée Générale des grévistes et, pour certains, de se mettre eux-mêmes en grève.

Une répression inacceptable, couverte par la direction et dénoncée par les grévistes

 
Sur les dépôts, la répression a été couverte par la direction de la RATP, que les grévistes accusent d’avoir appelé et cautionné les interventions policières pour intimider les grévistes. Face à cette situation, une alarme sociale avait été déposée par des élus CGT qui se sont rendus à 11h au siège de la RATP pour rencontrer le DRH de l’entreprise, Jean Agulhon.
 
« On a interpellé le DRH » racontait ainsi Cemil, agent RATP de Croix-Nivert, à Révolution Permanente cet après-midi. « Il se décharge en disant qu’ils n’ont pas donné cet ordre-là. Nous on dément : pour nous c’est eux qui donnent ces ordres. Ce n’est pas possible que la direction n’ait pas fait un démenti ou un communiqué pour dire d’arrêter de tabasser les ouvriers sur leurs piquets de grève. » précise Ahmed, agent RATP au dépôt de Flandre, présent lors de l’entretien.
 
Des déclarations en contradiction totale avec les scènes de ce matin qui ont permis de montrer, notamment à Ivry, les liens entre la direction et la police. Une direction qui n’hésite d’ailleurs pas à mettre la pression aux non-grévistes pour tenter d’empêcher les droits de retrait. « La direction est venue voir les gars un par un en leur demandant si ils étaient sûrs d’eux et en agitant la menace de pointer leur journée en code d’absence injustifiée, donc de ne pas être rémunérés. » raconte ainsi un agent RATP syndiqué à Ivry-sur-Seine.
 
Une intimidation policière qui se double donc d’intimidations de la direction, qui utilise y compris l’outil disciplinaire comme la semaine dernière, avec le cas de Yassine, agent du dépôt de Vitry menacé de révocation et convoqué pour un entretien disciplinaire le 13 janvier à 14h.
 
Face à cette situation, les grévistes restent déterminés et soulignent la contradiction de la politique répressive qui conduit de nombreux non-grévistes à se montrer solidaires du mouvement, contre les violences policières. Dans les AGs de ce matin, grévistes et non-grévistes ont ainsi pu échanger sur l’importance de reprendre une grève massive à la rentrée afin de gagner le bras de fer entamé avec le gouvernement, et ce malgré les tentatives d’intimidations qui se multiplient. Un discours entendus par de nombreux non-grévistes que le choc des violences policières pourrait bien faire sortir de leur passivité.

 
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