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La Izquierda Diario
3 de janvier de 2020 Twitter Faceboock

Etat espagnol
Accord PSOE-Podemos : un recueil de déclarations creuses et un affront à l’indépendantisme catalan

Pedro Sánchez et Pablo Iglesias ont présenté ensemble l’accord programmatique qui devrait être porté par le « gouvernement progressiste » formé par la coalition. Un programme ambigu, qui fait apparaître plus clairement le rôle de caution progressiste que joue Podemos pour le gouvernement libéral du PSOE.

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Une coalition bancale

Ce jeudi 2 janvier, en vue d’un débat d’investiture de la coalition réunissant le PSOE et Podemos, le programme devrait être présenté au Parlement Espagnol. Même si Pedro Sanchez a peu de chances de réunir une majorité absolue à l’issue du débat du 4 et 5 janvier, il pourrait disposer d’une majorité simple qui lui permettrait de gouverner, et ce en fonction de l’appui qu’il recevra des indépendantistes de l’ECR. C’est l’aboutissement de discussions et négociations, notamment avec des partis minoritaires du parlement, que mènent Podemos et le PSOE depuis la déclaration de coalition du 12 novembre dernier, lorsque ces derniers n’étaient pas parvenus à obtenir . Une investiture incertaine donc couplée, même dans le cas où celle-ci aurait lieu, d’une difficulté à mettre en place un gouvernement stable étant donné la faible majorité donc celui-ci disposerait.

Un programme ambigu et très modéré

“Nous sommes parvenus à un accord historique qui inaugure une nouvelle étape pour notre pays. Nous présentons un programme de Gouvernement pour défendre et élargir les droits sociaux et les services publics, développer des politiques féministes et préserver l’environnement” assurait déjà Pablo Iglesias lors d’une conférence de presse organisée ce 30 décembre durant laquelle il affirmait “historique la possibilité de construire le premier réel gouvernement de coalition depuis la récupération de la démocratie”. De vieux ennemis devenus nouveaux amis, Unidas Podemos concrétise jusqu’au bout son alliance avec le PSOE et son tournant vers l’intégration au régime espagnole en proposant avec le parti socialiste un programme plein de bonnes intentions et pourtant très minimal.

La précarité de l’emploi, le chômage et le logement sont de réels fléaux en Espagne, et ce en particulier pour la jeunesse. Le programme propose tout d’abord une première dérogation faite sur la réforme du travail votée en 2012 imposée par le gouvernement de Rajoy et venue compléter la première réforme austéritaire de 2010 de Zapatero (PSOE) qui elle n’est en aucun cas mentionnée, alors qu’elle est en grande partie responsable des conditions de travail actuelles des travailleurs espagnoles. De plus, le système accessible au patronat dans les entreprises de dérogation au code du travail pour des raisons de « conditions économiques particulière de l’entreprise » et qui a avant tout pour un impact un droit direct à la baisse légale des salaires des employés dus à des conditions économiques particulières, tout comme les licenciements collectifs basés sur les mêmes critères ne sont en aucun cas mentionnés par le programme.

De nombreux points de programme sont quant à eux évasifs ou directement absents. Côté logement, la PAH, Plateforme des Affectés par l’Hypothèque, organisme indépendant d’initiative né après la crise de la dette souveraine espagnole aux conséquences désastreuses sur le logement de millions de familles espagnoles, signale quant à elle un programme qui n’est pas plus qu’une « déclaration de bonnes intentions ».

Sur le plan international, la rupture avec les accords de migration avec le Maroc, de l’Union Européenne avec la Lybie ou la Turquie, la fin du soutien aux interventions militaires impérialistes de l’Otan par l’Etat Espagnol, sont un ensemble de points totalement absents du programme du gouvernement de coalition. De plus, l’existence des Centre d’Internements pour Étrangers, véritables prisons pour migrants en Espagne reste intouchée.

Une accumulation d’absents qui ne fait pas perdre de vue que ce gouvernement possède avant tout un regard très modéré et très ambigu sur des questions urgentes, et font oublier un des points centraux du programme : l’arrivée de Nadia Calviño (PSOE) à la vice-présidence et l’article 10.7 du programme sont un message clair pour les marchés, Bruxelles et les grandes entreprises du IBEX35 : « Respect des mécanismes de discipline budgétaire pour assurer la viabilité des comptes publics. Pour une politique budgétaire responsable qui garantit la stabilité budgétaire et la réduction du déficit et de la dette publique, sur une voie compatible avec la croissance économique et la création d’emplois ». En d’autres termes, respecter strictement les accords et les limites budgétaires établis par l’UE qui ont impliqué une décennie d’austérité et de réductions budgétaires.

Enfin, un des points centraux et constitutifs de la crise organique du régime de l’Etat Espagnol que cherchent à fermer le PSOE et Unidas Podemos n’est autre que la situation en Catalogne. Derrière des airs démocratiques voulant aborder « le conflit politique catalan, en promouvant la voie politique par le dialogue... », la déclaration officielle arrive quelques paragraphes plus tard : « se conformer aux décisions de la Cour constitutionnelle ». En d’autres termes, le déni du droit à l’autodétermination, la persécution et la criminalisation du mouvement indépendantiste catalan et des prisonniers politiques, tel est le « dialogue » proposé par le PSOE et Unidas Podemos avec le mouvement indépendantiste catalan qui s’est encore exprimé toute cette année dans les rues. C’est d’autant plus un pari risqué que la stabilité ou non du gouvernement dépendra du soutien de l’ECR Catalan.

L’accord a fait l’objet de virulentes attaques par l’opposition de droite (VOX, Cs, PP) et les médias qui lui sont liés. Le journal El Mundo, par exemple, par d’un programme de « vente aux enchères de l’État », puisqu’il inclut tous « les tics de la gauche radicale ». Cependant, si l’on regarde de près, derrière toute la rhétorique enflammée de la droite et la présentation « épique » qu’auront donné les alliés progressistes à leur propre programme, la réalité est beaucoup plus limitée et modérée. Un programme qui, à bien des égards, n’est qu’un recueil de déclarations creuses qui, bien que constitué de mesures minimales comme une augmentation des salaires les plus bas, ne sont pas accompagnées de mesures fondamentales pour résoudre les grands problèmes sociaux tels que la question du logement, du chômage, de la précarité ou de l’inégalité, ou encore de la dette externe de l’Etat Espagnol et du droit à l’autodétermination catalane.

Un programme se mesure non seulement par ce qu’il dit, mais aussi par ce qu’il omet. Et dans ce domaine, il y a de nombreuses concessions faites par Unidas Podemos. Aucune intention de créer une banque publique, ni de former une entreprise publique d’énergie, encore moins de référence à la nationalisation de la banque, à la cessation du paiement de la dette ou à la réduction de la journée de travail sans réduction du salaire. En bref, un programme cosmétique pour un régime à bout de souffle depuis la crise de 2010 puis la crise du mouvement catalan et dont les grands entrepreneurs du IBEX35 n’ont pas grand-chose à craindre. Une tentative pour Podemos de jouer son rôle de prédilection, fermer avec le PSOE, parti direct du régime de 78, la crise politique qui travers le pays, et ce en jouant un rôle de garant de gauche du gouvernement, et qui risque de montrer très vite ses limites.

Crédit photo : La Vanguardia

 
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