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La Izquierda Diario
12 de janvier de 2020 Twitter Faceboock

Après les nouvelles trahisons...
Il y a une brèche, il faut la saisir : généraliser la grève !
Damien Bernard

Pour la première fois, cette journée nationale de manifestation s’est déroulée un samedi, et a réuni 500 000 manifestants dans toute la France selon la CGT, 150 000 à Paris. Pour la première fois, on a vu une jonction massive entre secteurs du public et un de ces secteurs du privé dont on oublie généralement qu’ils en sont : les Gilets jaunes, ou encore les avocats. Cette nouvelle journée de mobilisation, le gouvernement a voulu l’éclipser en proposant son faux « compromis ». Mais au contraire, les trahisons n’ont fait que renforcer la détermination des manifestants. Un gréviste de la RATP y répond : « Ça ne change absolument rien à notre détermination. C’est tout le projet qui doit être retiré ».

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Crédits photos : LIONEL BONAVENTURE

Si le gouvernement a choisi de faire ses annonces un samedi, en pleine journée de mobilisation, c’était bien à dessein. L’objectif ? Focaliser les débats sur son « compromis » pour scénariser le film de l’âge-pivot : les « constructifs » faisaient des « compromis » pendant que les « jusqu’au-boutistes » continuaient à demander le retrait en manifestant ce samedi. Si les grands médias ont évidemment loué la capacité du gouvernement à faire des « compromis », ils en ont profité pour changer de focale, censurant le reste de la journée la mobilisation. Problème : si le gouvernement visait à démoraliser les grévistes et les manifestants, c’est raté.

Un loupé qui montre que le gouvernement ne réussira pas à arrêter le mouvement en raccrochant les traîtres Berger (CFDT) et Escure (UNSA). La pression est telle que l’UNSA-RATP Pôle Traction à condamné à sa manière la trahison de Laurent Escure et de la confédération UNSA en réaffirmant dans un communiqué que "depuis 38 jours, les salariés RATP sont mobilisés pour le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites et que "les annonces faites par le gouvernement via le courrier du premier ministre ce jour, ne répondent pas aux attentes ni des salariés de la RATP, ni de l’UNSA-RATP." Une façon d’affirmer son autonomie par rapport à la trahison de la confédération.

Mais ce qui montre que l’exécutif n’est pas aussi droit dans ses bottes qu’il l’affirme, c’est que pour faire ce faux "compromis", Macron a été forcé, par la situation, à se rabibocher avec Berger qu’il est loin de porter dans son cœur. Plus encore, du point de vue de la méthode, c’est en soit une sacrée reculade pour celui qui avait fait de la dissolution des "corps intermédiaires", de la fin de l’ancien monde, la marque de fabrique de son quinquennat.

Après les nouvelles trahisons, une détermination renforcée : « On ira jusqu’au retrait »

« Et on ira, et on ira, et on ira jusqu’au retrait… », était encore une fois le leitmotiv de la manifestation et prend un sens nouveau après la trahison. Cette détermination est redoublée suite à cette trahison, et surtout son contenu : même pas des miettes, mais la négociation des modalités selon lesquelles amputer 12 milliards d’euros dans les retraites.

Ainsi, la quasi-totalité des manifestants interrogés par certains grands médias comme 20 Minutes montrent que les manœuvres du gouvernement comme les trahisons de la CFDT et de l’UNSA les confortent dans leur détermination :

« Ça ne change absolument rien à notre détermination. C’est tout le projet qui doit être retiré. On ne veut pas de retraite par capitalisation, on ne veut pas de BlackRock chez nous », a lancé Didier, conducteur de bus RATP, en grève depuis déjà 38 jours.

Et les éditorialistes l’ont bien compris, les annonces de Philippe, tout comme le faux « compromis » avec les directions réformistes ne changeront rien : à la base, le mouvement de grève non seulement continue (bien qu’il ne soit pas sans contradictions), mais de nouveaux secteurs commencent à s’agréger et à durcir leur mouvement : les avocats, très massivement mobilisés dans toute la France, mais aussi le regain de mobilisation des Gilets jaunes.

Ainsi, les grévistes et les manifestants qui ont fait grève pour certains 38 jours durant ou battu le pavé à de multiples reprises, ne seront satisfaits que par le retrait total de la réforme des retraites.

« La mobilisation n’est pas finie, loin de là. Cela montre surtout que le gouvernement est en train de perdre pied, le rapport de force a changé. Il faut plus que jamais rester mobilisés pour obtenir le retrait pur et simple de ce projet de loi », a renchéri Joseph, également employé à la RATP, et qui lui aussi a promis de poursuivre la mobilisation la semaine prochaine.

Un samedi pour entraîner les collègues du privé vers la grève

Pour cette nouvelle journée de manifestation, les grévistes de la RATP et de la SNCF qui entament bientôt leur 39ème jour de grève, mais aussi de nombreuses autres professions comme les enseignants massivement en grève, d’importants contingents d’avocats, d’aides-soignants et infirmiers mais aussi un nombre très important de Gilets jaunes, ont donné une teinte des plus déterminées à la manifestation. Ainsi de nombreux manifestants, salariés du privé, venaient manifester pour la première fois.

« C’est la première fois que je ressens le besoin de me mobiliser, de montrer mon désaccord. Je me sens très concernée par tout ce qui se passe », explique Virginia, 25 ans, interrogée par 20 minutes, venue manifester avec sa collègue Alexandra, qui elle aussi, a décidé pour la toute première fois de se mobiliser. « Ça ne fait pas très longtemps que je suis dans la vie active, mais je me pose déjà énormément de questions sur mon avenir », ajoute la jeune femme qui travaille dans le secteur du handicap et de la dépendance. »

Interrogé par le NouvelObs, Guillaume, avocat au barreau de Paris, explique aussi manifester « pour la première fois à l’appel de l’intersyndicale ». Il affirme que c’est parce que « le samedi c’est plus simple pour s’organiser ». La veille, il a participé au « happening pour la rentrée de la Cour de Cassation » en enlevant sa robe noire.

« Notre profession est mise en danger par cette réforme. Nous, on veut la sauver. Notre robe d’avocat, c’est notre protection. Avec cette réforme, on se sent démuni, on n’est plus protégé », explique Guillaume, interrogé par Le NouvelObs

Ces nouveaux manifestants expliquent aussi les difficultés à se mobiliser dans le privé. Interrogé par Médiapart, Marie-Laure, À 57 ans, infirmière dans une clinique privée, syndiquée à SUD-Santé, Nantaise, explique :

« Si on perd aujourd’hui, demain, c’est tout le reste de la protection sociale qui va y passer. Les gens sont d’accord avec nous, mais pas encore prêts à se battre, ils n’ont pas assez perdu. » Sur un effectif de 1 200 salariés, elle est souvent la seule gréviste dans son établissement de santé. Même chose pour Nathalie*, assistante sociale dans le privé. « C’est hyper dur de faire bouger les collègues, même si le mouvement est plutôt populaire. Moi, je les préviens : pas la peine ensuite de venir pleurer dans mon bureau parce que vous n’en pouvez plus de votre boulot ! »

La manifestation parisienne contre la réforme des retraites à l’appel d’une intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires, Unef et UNL ainsi que la CFE-CGC a rassemblé samedi 150 000 personnes, selon la CGT. Au niveau national, le syndicat affirme qu’ « au moins 163 manifestations ont rassemblé près d’un demi-million de manifestants ».

Pour gagner, le privé doit rentrer massivement dans le mouvement !

Si les nouvelles trahisons ont renforcé la détermination des grévistes et des manifestants, une détermination déjà à toute épreuve, il est tout de même nécessaire de regarder en face les contradictions du mouvement. Si l’on voit de nombreuses personnes qui manifestent pour la première fois ce samedi, il est plus que nécessaire que cette disposition à lutter se transforme par un soutien actif par la grève, tout en entraînant des bataillons larges de secteurs stratégiques du privé.

Seule la mise en mouvement massive par la grève, et en premier lieu la grève reconductible dans des secteurs privé clés, comme les raffineurs dont la grève se doit de se durcir, mais aussi dans le public, l’Education notamment, permettra de faire faire un saut au rapport de force.

En ce sens, si le dernier communiqué de l’intersyndicale se réaffirme pour le « retrait du projet » et appelle « l’ensemble du monde du travail et la jeunesse à poursuivre et renforcer la grève y compris reconductible là où les salarié-es le décident », ces appels resteront vains en l’absence d’une politique beaucoup plus déterminée et active sur le terrain. Pourquoi ne voit-on pas une généralisation de cortèges de salariés du privé avec leurs banderoles ? Des Assemblées Générales sont-elles organisées dans l’ensemble des entreprises du privé où est implantée la CGT, deuxième syndicat dans le privé ? Pourquoi l’intersyndicale, et au premier titre la CGT ne dépose-t-elle pas un préavis de grève reconductible à l’échelle nationale pour donner un signal clair à l’ensemble des travailleurs ? Autant de questions qui se posent surtout lorsque l’on voit Philippe Martinez déclarer être prêt à participer à cette « conférence de financement », dont on voit ce samedi le débouché…

Pour la suite, l’intersyndicale avait d’ores et déjà programmé, les journées du 14, 15 et 16 janvier. Suite à la mobilisation de ce samedi 11 janvier, les organisations de l’intersyndicale appellent « à organiser des actions de grève, de convergences interprofessionnelles sur tout le territoire, en rejoignant massivement par la grève le mouvement le 14 janvier. Elles appellent à poursuivre les actions et la mobilisation le 15 et à faire du 16 une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle massive de grèves et de manifestations ». C’est ainsi une nouvelle séquence de 3 jours qui s’annonce avec un nouveau « temps fort » le 16 janvier dont n’est pas explicitement précisé le caractère national. Les directions syndicales se revoient en « intersyndicale dès le mercredi 15 janvier 2020 au soir » pour en préciser le contenu.

Si sur le papier, le programme reste un point d’appui, il n’apparait toujours pas de plan de bataille permettant de construire concrètement l’extension de la grève, et sa généralisation. Ne jamais mentionner ou décliner concrètement quel plan permettrait de non seulement soutenir et entourer les grévistes de la RATP et de la SNCF de solidarité financière, mais aussi de commencer à offrir un plan sérieux de mise en bataille du privé, permet de rester dans une forme de communiqué vague, qui ne permet en rien d’orienter le monde du travail pour trouver la voie vers la généralisation de la grève. En ce sens, le fait de ne jamais nommer les grévistes de la RATP et de la SNCF comme les seuls secteurs réellement moteurs de cette grève reconductible et de faire primer les seules journées d’action devient un problème important.

Si l’Intersyndicale, et au premier titre la CGT, offre un plan pour la semaine d’après, le fait d’appeler continuellement à l’extension de la grève sans ne jamais tirer le bilan de sa politique tend à instituer une logique selon laquelle ce serait la base qui ne répondrait pas aux appels à « amplifier le mouvement ». Ainsi, lorsque Philippe Martinez affirme dans une interview au journal La Provence que « La mobilisation n’est pas encore suffisante » : à qui la faute ? Est-ce de la faute des travailleurs qui pour l’heure ne font pas le pas d’entrer dans la lutte pour de multiples raisons (précarité, dictature patronale, ne pas se sentir concerné) ? Où est-ce à cause, précisément, de la politique de Martinez ? Par exemple, quel est l’impact chez les travailleurs lorsqu’ils voient le principal opposant à la réforme discuter à Matignon pour s’affirmer d’accord avec le cadre de la « conférence de financement » ? Tout cette logique institue une petite musique selon laquelle ce serait de la faute de la base qui ne répondrait pas aux appels à « amplifier le mouvement ». Et c’est d’autant plus grave que la vapeur et la détermination sont bien là. C’est ce dont témoigne le sursaut de grévistes le 9 janvier ou la mobilisation, même minoritaire, de nouveaux secteurs ce 11 janvier. Non, on ne peut pas rejeter la faute sur la base des travailleurs.

Quel plan pour gagner ? Quel programme pour entraîner le privé dans la grève ?

Avec quelle stratégie de lutte peut-on gagner ? Est-ce en traversant les salons de Matignon tous les quatre matins ? Non, de même, la participation à la « conférence de financement » qui vise à couper 12 milliards d’euros dans les retraites sera un outil de destruction massive pour la détermination à la base. Est-ce en ressuscitant le « dialogue social » qui a servi aux gouvernements de gauche comme de droite de ces 30 dernières années à accompagner l’ensemble des contre-réformes ? Non plus. Ce qu’il faut exiger en premier lieu c’est que Philippe Martinez quitte tout cadre de « conférence de financement » ! Il ne peut pas s’asseoir à côté de Berger et Escure qui ont trahi ouvertement et comptent couper 12 milliards dans nos retraites en partenariat avec le MEDEF ! Il n’y a rien à négocier !

Et ce n’est pas non plus en maintenant la lutte sur un plan strictement défensif sur la question des retraites que l’on pourra étendre la grève à des secteurs qui ne se sentent pas forcément concernés de prime abord. La précarité et le pouvoir d’achat sont par exemple des problèmes centraux. Les travailleurs du privé pourraient se sentir plus concernés si la CGT dénonçait en premier lieu la dictature patronale - par exemple les raffineurs, contre qui Total exerce une pression quotidienne sur les emplois. La direction de la CGT se devrait d’élargir son programme de lutte en intégrant des revendications qui pourraient être reprises par les couches les plus modestes du prolétariat, à l’instar de la question des allocations chômage, de la privatisation des services publics, de la crise terminale de l’hôpital public, de l’augmentation nécessaire, immédiate et généralisée des salaires, des pensions et des minimas sociaux, de même que la thématique de la lutte contre toute forme de précarité au travail.

Pour entraîner le privé dans la grève, c’est bien un programme à la hauteur de la lutte acharnée qu’il y a à mener contre Macron - qui compte imposer sa contre-révolution sociale, comme il le montre en ne lâchant quasiment rien sur le fond de sa réforme - qu’il faut construire. Face aux trahisons de ceux qui disent représenter le monde du travail, comme Berger (CFDT) et Escure (UNSA), c’est la seule façon de construire l’unité de notre classe, en s’inspirant de la détermination qui s’exprime depuis 38 jours par les grévistes de la RATP et de la SNCF ; en s’inspirant de la radicalité et de la force morale qu’évoquent les Gilets jaunes depuis plus d’un an, eux qui étaient massivement présents ce samedi. Il reste encore une brèche, il faut la saisir.

 
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