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La Izquierda Diario
17 de janvier de 2020 Twitter Faceboock

Réflexions sur le cortège (de tête) dans la capitale
A Paris, le 16, on était (encore) là !
Jean-Patrick Clech

Baisse de régime d’un point de vue numérique dans la capitale ? Sans doute, comme ailleurs en régions. En revanche, ce qui était toujours au rendez-vous, c’était l’ambiance. Là aussi, comme dans les autres villes. Ni drapeau en berne, ni enterrement de première classe pour cette 42ème journée de grève, notamment dans la grosse « tête de cortège » ouvrière.

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C’est peut-être l’un des enseignements à retenir de la manifestation parisienne de ce jeudi. Sur le papier, il y avait l’ordre des ballons et le carré syndical d’ouverture du cortège : mais tout ceci représentait, au grand maximum, la moitié de la mobilisation. Devant en revanche, en ordre de bataille, cette fois-ci, plusieurs dizaines de cortèges spontanés, auto-organisés, par établissements ou par zone, bien déterminés à donner de la voix et à rester, Place de l’Italie, une fois la manif arrivée tellement l’avant-garde, malgré toute les difficultés auxquelles elle doit faire face, attend des perspectives et ne se considère pas comme vaincue. Loin de là.

Un « cortège de tête » de grévistes plus important que le défilé syndical

Derrière un rideau diffus de Gilets jaunes, arrivés peu après 16h à Italie, la « tête de cortège » de grévistes a débarqué vers 17h30. En première ligne, bien entendu, les cheminots et les agents RATP en lutte, avec une présence remarquée de la Coordination RATP-SNCF Île-de-France qui a défilé aux côté des raffineurs de Grandpuits qui ouvraient le cortège, avec leurs jerrycans bleus en guise de grosses-caisses ; mais aussi énormément d’enseignants, derrière leurs banderoles d’établissement, ou alors par arrondissement ou localité ; un cortège jeunes avec, cette fois, de nombreux lycéens, signe que le secondaire pourrait rentrer dans la danse la semaine prochaine ; mais également les AG locale, à l’instar de l’AG Interpro du 92, ainsi que des détachements du privé, à l’instar de cette délégation venue de PSA Poissy ; des secteurs nouvellement mobilisés, ou au contraire dans la bagarre depuis décembre, avec, en seconde partie de manif, les énergéticiens, mais encore les pompiers, la Bibliothèque Nationale ainsi que Radio France en lutte ou les Finances publiques.

Proportionnellement, donc, et avec les ballons se succédant les uns aux autres, le cortège syndical en tant que tel, était bien moins nourri que la tête de cortège. Cette matérialisation de l’irruption de la base doit faire gamberger, à la fois au niveau gouvernemental, mais également au sein du patronat.

Des flics en retrait

En termes de répression, après le tollé (bien tardif, certes) déchaîné par les images de violences policières du jeudi 9 janvier, les flics avaient reçu l’ordre, hier, de raser les trottoirs et de se tenir à distance. Place d’Italie, où le canon à eau avait été sorti pour l’occasion et qui était quadrillée par la gendarmerie, à grands renforts de grilles de sureté, quelques détachements de CRS accompagnés de BAC et de BRAV ont tenu à manœuvrer, pour la forme, mais sans aller au contact ni provoquer le long ruban de manifestants arrivant sur la Place. L’absence de violences de la part des forces de répression n’a cependant pas empêché qu’elles se fassent très copieusement insulter et invectiver au passage des cortèges.

La suite ?

Et maintenant ? Il est certain que dans les AG et sur les piquets, y compris dans les noyaux durs au sein de la SNCF et de la RATP qui tiennent, littéralement, la grève depuis le 5 décembre, on commence à tirer la langue même si tout le monde continue à voir l’enjeu de cette bataille. Si la mobilisation du 16 janvier n’était pas un baroud d’honneur, il n’est pas automatique qu’une seconde phase s’enclenche. Pour cela, il faudrait que la mobilisation connaisse une extension, auprès de secteurs qui redonneraient le moral aux cheminots et aux agents RATP. Les personnels de l’Education de même que la jeunesse scolarisée, pourraient être ce second souffle qui changerait la donne. C’est en ce sens que la semaine prochaine va être décisive.

Macron et son gouvernement n’ont clairement pas gagné la bataille de l’opinion et idéologique, et ce malgré le soutien outrancier de la majorité des grands médias. Ils n’ont pas encore gagné, néanmoins, le rapport de force sur le terrain. Pour qu’il y ait extension, en région parisienne comme ailleurs, cependant, il ne saurait y avoir de faux-semblants avec, d’un côté, des syndicats qui se rendent aux négociations sur tel ou tel dossier périphérique aux retraites, et, de l’autre, des appels à des « temps forts » qui seraient davantage un exutoire (en vue, pour le coup, d’un baroud d’honneur), qu’un réel plan de lutte. Et pourtant le bras-de-fer est loin d’être à l’avantage du gouvernement et rien n’est perdu, pour nous.

Celles et ceux qui sont dans la bagarre doivent prendre les commandes

Dernier enseignement, enfin, de cette manifestation parisienne qui continue à indiquer à quel niveau devrait se hisser l’Intersyndicale pour gagner : au vu de ce qu’a été ce « cortège de base » de début de manif ou de « cortège de tête » de grévistes, il faut plus que jamais un retournement de situation en termes de direction. Face aux vieilles méthodes perdantes, aux programme hésitants et aux calendriers insatisfaisants des directions syndicales, ce sont celles et ceux qui ont tenu la grève jusqu’à présent qui devraient être l’aile marchante, y compris sur le plan de la direction, du mouvement ouvrier organisé. Dans le public comme dans le privé, on aurait tout à y gagner.

 
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