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La Izquierda Diario
29 de janvier de 2020 Twitter Faceboock

Pas de négociation
La CGT n’a rien à faire à la « conférence de financement » !
Paul Morao

Mardi, Philippe Martinez réaffirmait sur France Info la participation de la CGT à la conférence de financement, afin d’« expliquer comment améliorer le système actuel ». Pourtant, les objectifs de cette conférence sont on ne peut plus clairs : trouver 12 milliards d’euros sans baisse des pensions ni augmentation du coût du travail. Une équation, qui comme l’exige le MEDEF, se résoudra surement par une « formule » impliquant de travailler plus longtemps d’ici à 2027.

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Crédit photo : POOL / Etienne Laurent

Conférence de financement : un terrain miné

« C’est très compliqué de savoir comment ça va se passer, j’ai rencontré l’animateur de cette conférence qui n’en sait pas plus que moi. On a juste rendez-vous jeudi au CESE : comment ça va se passer, qui sera là, on n’en sait rien. » Philippe Martinez n’a pas peur de l’inconnu et pour cause, le secrétaire général a réaffirmé mardi sur France Info qu’il serait bien présent à la conférence de financement qui débutera demain.

Cette conférence, lancée le 7 janvier dernier par Edouard Philippe quelques jours avant l’annonce du retrait provisoire de l’âge-pivot, est sensée constituer un geste d’ouverture du gouvernement, permettant aux « partenaires sociaux » de discuter des modalités de remise à l’équilibre financier du système de retraite avant le passage au système par point. Evidemment, derrière cette apparente ouverture, c’est un cadre totalement miné et contraint qui attend les syndicats.

D’abord, une chose est claire : la conférence de financement devra permettre de trouver comment réaliser 12 milliards d’économies sur le système de retraites avant la mise en place du nouveau système par point. Un chiffre basé sur les évaluations du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites, et qui, évidemment, ne fera pas l’objet de discussion. Comme pour la réforme de l’assurance-chômage l’année dernière, le gouvernement fixe le cap des coupes budgétaires à opérer, ouvre des négociations avec les partenaires sociaux – ou laisse les partenaires sociaux négocier dans le cas de l’assurance-chômage – le tout le couteau sous la gorge : en cas de non-accord, il reprendra la main pour imposer ses mesures, si nécessaire par ordonnance.

C’est ainsi qu’en l’absence de solution issue de la conférence de financement, l’âge-pivot provisoirement retiré par le gouvernement sera remis en place. Une issue d’autant plus probable que le gouvernement a laissé entendre que le recours aux autres leviers était inenvisageable. La hausse des cotisations patronales constitue ainsi une ligne rouge pour le MEDEF, qui avait d’ailleurs réagi à l’annonce dans un communiqué presque provocant, expliquant qu’il s’engagerait « pleinement dans la conférence de financement afin de trouver les mesures d’âge justes assurant l’équilibre financier du système de retraites à court, moyen et long terme ». Dans une interview sur France Bleu, Geoffroy Roux de Bézieux insiste même en affirmant que « boucler le financement sans mesure d’âge serait une erreur. Peut-on moduler un peu ? Oui mais 90 % du financement seront assurés par la mesure d’âge ». Une manière de montrer la fermeté de l’organisation patronale à imposer une mesure d’âge, encouragée par la confiance en un gouvernement qui a d’ores et déjà exclu de toucher à ce levier.

Dès lors, la réforme étant menée à enveloppe constante, les deux leviers restants sont le montant des pensions et l’âge de départ. Ainsi, c’est bien ce dernier levier qui devrait s’imposer de lui-même, comme le souhaite le gouvernement. Une situation qu’a d’ailleurs dénoncé Laurent Berger, en demandant un « examen critique de tous les chiffres qui sont sur la table », et notamment des 12 milliards d’euros à trouver d’ici à 2027, et en expliquant que la CFDT n’accepterait pas « que l’âge pivot revienne par la fenêtre ».

La CGT n’a rien à faire dans cette conférence de financement !

Malgré ces contraintes que la CGT avait elle-même dénoncée dans un premier temps, la CGT sera donc présente à la conférence jeudi. Une décision actée sur la base d’une consultation des organisations du Comité Confédéral National (CCN) qui réunit les dirigeants des fédérations professionnelles et des unions départementales, comme le précise Lucas Battin dans un article. Ceux-ci auraient en effet approuvé à une écrasante majorité la décision de participer à la mascarade de la conférence de financement.

« Tous les endroits où on peut dire comment améliorer notre système actuel, on y est. » a justifié en ce sens Martinez sur l’antenne de France Info. Un propos qui semble pour le moins décalé à la lumière du cadre que constitue réellement cette conférence. « Le premier ministre avait dit lorsqu’on l’a vu en bilatéral : tout sera mis sur la table, vous pourrez-dire ce que vous voudrez » a ensuite complété le secrétaire général de la CGT, oubliant de préciser ce qui se cache derrière ce « tout ».

Une participation à la conférence de financement de la CGT qui conduit à cautionner, en définitive, le cadre de « négociation » issu du « compromis » entre le gouvernement et la CFDT. Qu’importe les immenses contraintes qui pèsent sur la discussion, Philippe Martinez n’hésite pas à présenter la Conférence de Financement comme un cadre de discussion neutre, où les travailleurs et la CGT pourraient être entendus. « On va aller à cette conférence pour dire ce qu’on a à dire : hausse des salaires, plus de cotisations, personne ne nous empêchera de dire comment améliorer le système actuel, puisqu’on voit bien que la réforme du gouvernement n’est ni simple ni juste. » a ainsi expliqué le dirigeant syndical. Un nouvel exemple flagrant de l’attitude conciliatrice de la direction de la CGT qui s’engouffre dans tous les cadres factices ouverts par le gouvernement, tout en n’offrant aucune perspective que des journées d’actions isolées aux grévistes.

Contre la volonté de résurrection du « dialogue social » de la CGT, la base doit réagir

Alors que des dizaines de milliers de personnes manifestaient à nouveau hier, la décision de la direction de la CGT maintient les illusions qu’il est possible de « négocier » avec ce gouvernement qui a pourtant montré qu’il était prêt à passer en force. Une « négociation » qui est à dix mille lieux du mandat donné par tous ceux qui sont en lutte depuis bientôt deux mois. Alors que la base reste déterminée mais reprend son souffle en cette fin de première phase du mouvement - qui n’a pas pu vaincre faute d’un plan de bataille à la hauteur -, la direction confédérale de la CGT accepte une nouvelle invitation de Edouard Philippe. Le mot d’ordre des grévistes n’a pourtant pas changé : retrait total, sans négociations.

Alors que le vote du CCN témoigne que ce choix de la participation est non seulement partagée par le bureau confédéral de la CGT mais aussi avalisée par les directions des fédérations professionnelles et des unions départementales, la base de la CGT devrait dénoncer la participation de la CGT et travailler à la préparation d’une stratégie à la hauteur pour les contraindre à cesser toute négociation et préparer le rebond du mouvement. Comme le résume Juan Chingo en ce sens, « les secteurs les plus avancés de la classe, les meilleurs activistes du mouvement, qu’ils soient toujours en grève reconductible minoritaire ou qu’ils aient repris le travail, devraient profiter des temps forts non seulement pour se mobiliser mais aussi tenir de grandes assemblées générales de secteurs qui se coordonnent à leur tour, comme l’a montré l’exemple de la Coordination RATP/SNCF, dénonçant la radicalité de façade des directions syndicales et exigeant à leur égard que celles-ci cessent de se cacher derrière leur petit doigt et se mettent enfin à la hauteur du combat en adoptant une plateforme de revendications qui embrasse l’entièreté du mouvement ouvrier et représente un plan de bataille en conséquence. »

 
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