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La Izquierda Diario
12 de février de 2020 Twitter Faceboock

Prolétaires 2.0
Livreurs à vélo : Deliveroo condamné pour travail dissimulé
Nasturtium Renée

Le droit du travail rattrape l’ubérisation. Deliveroo devra verser 30 000 euros à un employé qui a réussi à prouver la violation des dispositions du code du travail de la plateforme britannique. Une victoire qui doit motiver pour une bataille acharnée contre ces nouvelles formes de travail toujours plus aliénantes.

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En septembre dernier, l’entreprise s’était déjà faite remarquer grâce à un reportage de Cash Investigation sur ses pratiques douteuses d’un point de vue du droit des travailleurs et d’atteinte au droit de grève. Peu avant, au cours de l’été 2019, des coursiers de la plateforme s’étaient mis en grève pour lutter contre la fin de la tarification minimale

Mais le combat contre la plateforme de livraison et ses méthodes scandaleuses avait commencé bien plut tôt. Après 3 ans de procédure judiciaire, un travailleur de Deliveroo a gagné contre l’entreprise. C’est une première en France. Le statut d’auto-entrepreneur a été reconnu comme non respecté par la plateforme de livraison. Cet employé a ressemblé les preuves selon lesquelles les coursiers de l’entreprise britannique ne sont pas des indépendants mais bien des salariés, qui sont de fait encore moins protégés que les travailleurs reconnus comme tels par le droit du travail. C’est donc une première : Deliveroo est condamné en France pour « travail dissimulé ».

Effectivement, que ce soit pour les travailleurs des plateformes de livraison à vélo ou en véhicule, on pense souvent à tort qu’il y existe une liberté, notamment sur le choix des horaires. La réalité est toute autre. Les salariés connaissent finalement tous les inconvénients de l’indépendance et tous les inconvénients du salariat. Comme tout indépendants, les coursiers sont propriétaires de leurs outils de travail (sac, vélo ou véhicule, smartphone etc ), n’ont pas de congés payés et ne cotisent pas pour les indemnités chômages. Parallèlement à cela, ils n’ont pas la main sur les profits générés par leurs courses, qui bénéficient aux actionnaires de la plateforme. Nous sommes donc loin d’un travail indépendant. Également, de nombreux témoignages font état d’une subordination à des horaires de travail fixes ; si le coursier ne travaille pas le vendredi, samedi et dimanche jusqu’à 22h il y a une sanction sur l’accès au planning. Il est donc très difficile pour un livreur de prendre des vacances, au risque de n’avoir que très peu d’heures de travail à son retour… Cette pressurisation à travailler à une cadence soutenue est propice aux accidents (les accidents sont 10 fois plus courants chez les livreurs que dans la moyenne des autres salariés selon Cash Investigation, dont plusieurs morts en France notamment chez Deliveroo…). Sur le volet salariat, les livreurs n’ont donc aucune sécurité d’emploi et de sécurité sociale. Là est tout l’enjeu de la définition du statut des travailleurs dans l’entreprise : en « collaborant » avec des indépendants, Deliveroo s’exonère des cotisations sociales… De plus, les salariés peuvent se faire licencier du jour au lendemain et cela sans motif, notamment pour réprimer le droit de grève.

La vie est simple pour les dirigeants de ce type de plateformes. Il suffit donc de dissimuler son comportement de patron-voyou derrière un management par projet qui valorise la « collaboration » et le « partenariat » entre indépendants.

Être son propre patron en donnant les bénéfices à un autre. Voilà le monde qu’aimerait dessiner la bourgeoisie, notamment au regard des différentes réformes qui ont attaqué le droit du travail ces dernières années. Ces techniques d’esclavagisme moderne permises grâce au chômage de masse et la précarisation croissante, notamment dans la jeunesse, est à combattre avec force comme ont commencé à le faire des collectifs de livreurs, comme a commencé à le faire le collectif de livreurs CLAP (collectif des livreurs autonomes de Paris).

Cette victoire juridique n’est que le début d’une lutte contre ce monde ne valorisant que l’intérêt des capitalistes au détriment de nos conditions de travail et de vie. Il est urgent de se battre pour obtenir des protections sociales afin que le travail ne soit plus un instrument de soumission pour survivre et nous battons pour des conditions de travail digne. « Bref, les livreurs veulent un contrat, même s’ils n’idéalisent pas, à juste titre, le salariat », comme l’expliquait à Révolution Permanente un ancien livreur chez Deliveroo.

Le CLAP appelle au boycott de la plateforme par les travailleurs ce vendredi jusqu’à obtention de leurs revendications, notamment sur la tarification. Cette action de grève le jour de la Saint Valentin sera renforcée par un blocage des cuisines de l’entreprise située à Saint Ouen.

Crédit photo : AFP/JACQUES DEMARTHON

 
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