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La Izquierda Diario
24 de février de 2020 Twitter Faceboock

Après Valls, bientôt Macron ?
Le gouvernement fait planer l’arme du 49.3 : une démonstration de faiblesse
Ariane Serge

Après avoir nié toute aspiration à user du 49-3, le gouvernement a changé de discours et commence à faire planer la menace d’un passage en force pour imposer sa réforme des retraites majoritairement rejetée par la population, sans vote. En faisant planer cette menace dans une Assemblée où il a la majorité, le gouvernement démontre que, même sur son terrain, celui des institutions parlementaires, il est en position de faiblesse. Une démonstration, s’il en fallait, qu’il est encore possible que le monde du travail et la jeunesse puisse s’engouffrer dans une brèche pour en finir avec sa réforme.

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Crédits photos : REUTERS/Charles Platiau

Une aspiration du gouvernement à redevenir le maitre de la maison

Un nouveau bras de fer dont le gouvernement aurait pu se passer volontiers. Avec une pleine majorité à l’Assemblée nationale, l’opération 49-3 pourrait sembler à première vue plutôt insensée, à la rigueur narcissique. En réalité, l’opération témoigne d’une situation chaotique pour le gouvernement.
Après deux mois de dur conflit contre les retraites qui l’a conséquemment affaibli, le gouvernement a besoin de se refaire une prestance. Passer en force, et montrer qu’il redevient maitre de la maison, qu’il reprend le contrôle sur la politique et qu’il impose le rythme.

User de l’arme constitutionnelle des plus anti-démocratiques de la V° République contre le Parlement, une prise de position qui aspire à restaurer l’auto-perception que la majorité LREM avait d’elle-même. Après s’être coupée de toutes les forces politiques parlementaires pendant des semaines de mouvement de grève, il s’agit désormais de s’assumer comme majorité victorieuse, y compris contre la "guérilla parlementaire".

Restaurer l’image jupitérienne de Macron auprès de la population est un autre aspect de la politique du 49-3. Une prise de confiance de l’exécutif qui doit être le signe qu’aucun "dérapage" ne sera plus admis. La phrase méprisante lancée à un étudiant précaire, sont des exemples récents qui visent à démontrer que Macron reprend du poil de la bête.

Cela étant dit, la victoire n’est pas si simple à obtenir pour un gouvernement largement désabusé. Le pari est grand, l’échec serait douloureux.

Le passage en force ou l’impuissance gouvernementale

Ce que cela exprime en profondeur, c’est en définitive l’impuissance gouvernemental à imposer sa réforme des retraites sur son propre terrain, celui des institutions parlementaires où il dispose pourtant de la majorité et ce en dépit du reflux de la mobilisation qui pour l’heure, du fait de la stratégie des directions syndicales, ne s’est pas dotée d’une stratégie pour s’affronter réellement au pouvoir. Il est plus aussi plus en général, l’expression de la difficulté pour ce dernier de sortir par en haut de la crise du capitalisme dont il est l’incarnation politique depuis son élection en 2017.

Le 49-3 marque ainsi l’arrivée au Parlement de la politique coercitive du gouvernement, ou la continuité de l’autoritarisme de la rue à l’hémicycle. Après la répression des mouvements sociaux, la répression du débat parlementaire, pourtant point d’honneur de la « République ».

Un choix que le gouvernement voudrait justifier par la politique d’obstruction parlementaire de La France Insoumise et du Parti communiste. Le droit « absolu » d’amendement ne semble pas être à l’ordre du jour du gouvernement, qui cherche depuis le début du projet à passer le plus rapidement possible la réforme, quitte à envoyer prématurément le dossier au Conseil d’Etat ou à expédier les débats parlementaires.

Et si les figures de la majorité justifient cette politique par les trop nombreux amendements de l’opposition, leur conception du débat parlementaire révèle en réalité aux yeux de la population la démocratie de façade que brandit LREM, ce fameux « nouveau monde » qui ressemble en réalité beaucoup à l’ancien. La soit-disant indépendance des pouvoirs, autrement dit l’ingérence du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif vole en éclat dès lors que c’est au gouvernement de caractériser une situation d’obstruction parlementaire puis d’outrepasser les droits du Parlement pour y mettre fin.

Pourtant, si l’Elysée pousse en ce sens Matignon, la majorité semble osciller entre réticence à se jeter dans l’eau bouillante, et jusqu’au boutisme décomplexé. « Ca craint, mais on va être obligé de se taper un 49.3 » lance un député, tandis que Gilles Legendre, président du groupe En Marche à l’Assemblée nationale, souhaite que les amendements de la majorité soit quant à eux directement intégrés au texte adopté par la force. Un signe que l’homogénéité n’est jamais assurée au sein de la majorité, surtout quand celle-ci a conscience de marcher sur des œufs à quelques semaines du scrutin des municipales.

Le spectre de la débâcle aux municipales de LREM mais aussi les présidentielles !

Au-delà de la difficulté de Macron à reconquérir son statut jupitérien depuis l’hiver 2018, ce ne sont plus seulement les municipales qui hantent le parti présidentiel, mais aussi les prochaines présidentielles. Après la débâcle de Griveaux à Paris, le tacle du Conseil d’Etat à propos de l’insécurité juridique du projet de loi et de la circulaire Castaner, l’isolement politique de la majorité au Parlement, la colère latente de secteurs de sa base sociale initiale (professeurs, avocats), les stratèges de l’exécutif s’inquiètent pour la présidentielle comme l’affirme Le Monde : tout peut « arriver », y compris une élimination de Macron au premier tour de l’élection présidentielle de 2022.

Ce qu’il reste donc, pour se donner toutes les chances, et passer à une autre séquence, est l’alignement (forcé) des planètes pour imposer au plus vite la réforme des retraites. Pour cela, il faut que le calendrier parlementaire et celui des élections municipales ne se chevauchent pas. L’enjeu semble plus grand qu’on ne le pense si on en croit la précipitation de l’exécutif pour en finir avec cette loi avant que les isoloirs soient occupés par des potentiels électeurs. Et après avoir été tiraillé entre sa droite - Les Républicains allant même jusqu’à appeler au renoncement de la réforme - et sa gauche - les secteurs en grève - l’heure est désormais à la sentence.
Rien de pire pour sortir d’un mouvement qu’une débâcle dans les urnes. Rien de pire pour attaquer les présidentielles qu’une débâcle dans les urnes. Le 49-3 ressemblerait donc davantage à un cri plaintif qu’à un cri de victoire.

Il est toujours possible de gagner : ce sera dans la rue et par la grève !

Le signe que si le gouvernement bénéficie bel et bien d’un appel d’air depuis quelques semaines, c’est surtout l’opposition de la rue, celle qui a lutté deux mois durant et est à l’origine de tant de fragilité, qui guette l’exécutif à chaque pas qu’il réalise. Si la menace d’un 49.3 en venait à s’exécuter, c’est bien le risque d’ouvrir une nouvelle brèche dans laquelle le mouvement historique contre la réforme des retraites reprenne avec cette fois-ci l’expérience que ce sera bien « tous ensemble » par la grève reconductible majoritaire qu’on pourra faire reculer Macron et sa réforme.

 
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