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La Izquierda Diario
4 de mars de 2020 Twitter Faceboock

Meeting féministe à Paris 8
Carla du collectif Du Pain et des Roses : "Nous voulons teindre de violet chaque lutte qui affaiblit le capitalisme"

« Notre objectif, en tant que féministes révolutionnaires, est de teindre de violet chaque lutte qui affaiblit le système capitaliste. » Carla militante de Du Pain et Des Roses revient à l’occasion du meeting à Paris 8, sur la préparation du 8 mars dans un contexte de retour de la lutte de classe.

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Crédit photo : O Phil des Contrastes

A l’approche du 8 mars, Carla, étudiante à Paris 8 et militante de Du Pain et Des Roses intervenait dans un meeting « Femmes en grève : pour un 8 mars contre Macron et son monde ». Nous retranscrivons son intervention ici .

Je voulais commencer par parler de ce qui se passe aujourd’hui dans les universités. Pour réfléchir à notre place dans la lutte en tant qu’étudiantes, notre place aux côtés de ces femmes combatives qui sont près de moi ce soir et qui se battent non seulement pour une question d’embauche directement par les entreprises, contre la sous-traitance, pour une augmentation du panier-repas ou contre la réforme des retraites, mais qui se battent aussi et surtout pour détruire ce système qui nous condamne à la misère.

Ma formation universitaire, à Buenos Aires comme à Paris, a toujours été marquée par des mobilisations étudiantes, des occupations d’universités, des cortèges de jeunesse dans différentes manifestations. Nous vivons dans des situations vraiment déplorables, condamnées à la précarité. Et en plus de cela, les avancées du néolibéralisme continuent de nous attaquer directement et très violemment. Aujourd’hui, la réforme des retraites nous promet un avenir de précarité totale : nous sommes précaires en tant qu’étudiantes, nous le serons encore à la fin de nos études, et nous le serons encore à la fin de notre vie active, à la retraite. Et comme si cela ne suffisait pas, dans notre vie quotidienne, notre formation, nos études, sont aussi constamment attaquées.

Cette année, comme l’a dit Mara, il y a la LPPR- Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche- qui affecte directement l’emploi dans les universités, assurant plus de précarité et plus d’inégalité pour les travailleurs et travailleuses universitaires, alors que nombre de chercheurs et chercheuses sont déjà précaires, et affectant par là directement la qualité de l’éducation.

L’année dernière, le gouvernement a adopté une mesure qui a entraîné une augmentation de plus de 1000 % des inscriptions à l’université pour les étudiants non européens. Alors que nos conditions de vie en tant qu’étudiants étrangers sont déjà assez terribles. Nous sommes obligés de travailler parce que nous n’avons pas accès à des bourses ou à des aides, et nous devons réussir notre année pour pouvoir renouveler notre titre de séjour. Nous devons travailler, mais pas plus de 60 % du temps plein, et nous devons pouvoir en même temps montrer à la préfecture que nous arrivons à vivre sans problème. Nous devons donc prouver que nous pouvons nous débrouiller sans aucun souci, avec 600 euros par mois, tout en démontrant qu’on est des étudiants complètement performants.

Mais ce n’est qu’une très petite partie de toutes les réalités qui sont vécues, et de tout ce qui se profile avec les réformes que le gouvernement Macron veut appliquer. Les gilets jaunes nous ont montré que la vie est devenue impossible, que seuls quelques-uns peuvent vraiment « vivre ». Aujourd’hui les offensives islamophobes se multiplient, les personnes LGBT doivent se cacher pour ne pas se prendre de remarques, quand ils ne sont pas attaqués très violemment. En parallèle le gouvernement et les patrons instrumentalisent la lutte contre l’homophobie pour réprimer les grévistes, comme on l’a vu le mois dernier à la RATP.

Aujourd’hui en France y a un féminicide toutes les 48 heures . Alors que le gouvernement parle au nom du féminisme en appliquant des mesures punitives et superficielles. Les féminicides ne sont pas des cas isolés mais l’expression d’une structure très profonde organisée et légitimée par le système capitaliste et patriarcal. Les féminicides sont l’ultime expression, la plus dramatique, des violences sexistes qui composent ce système. Le système patriarcal est entretenu et aggravé par le système économique dans lequel nous vivons, qui se détériore de plus en plus face à l’avancée des mesures néolibérales. Macron, son gouvernement, sa police et tout son appareil répressif ne peuvent apporter de solutions aux féminicides. C’est pourquoi il nous faut nous organiser indépendamment de l’Etat et de toutes ses institutions.

Mais ces attaques que je viens de nommer ont une réponse, qui est la lutte. Et ce ne sont pas des luttes isolées : nous assistons au retour de la lutte des classes. Et c’est sur ce point que je voudrais me concentrer sur le rôle que nous pouvons jouer en tant qu’étudiantes, dans cette lutte.

D’une part, en tant qu’étudiantes, nous devons être conscientes que l’exploitation capitaliste de millions d’êtres humains par quelques propriétaires, est soutenue par le fouet du chômage, de la misère et de la faim, qui ne nous permettent même pas d’imaginer une autre société. L’exploitation capitaliste existe parce qu’en plus des patrons, la bureaucratie syndicale nous dit que le mieux que l’on puisse espérer est de négocier pour que les chaînes ne soient pas demain plus lourdes qu’aujourd’hui. L’exploitation capitaliste existe parce que les exploités sont empêchés de connaître l’histoire de la lutte de leur classe, empêchés de se reconnaître comme faisant partie de cette histoire, empêchés d’apprendre des luttes que leur propre classe a gagnées et perdues au cours des siècles. L’histoire de leur classe leur est interdite à cause de l’exploitation. Par les 3/8 et les journées de travail épuisantes. Par la fatigue, les maladies professionnelles et l’épuisement extrême. C’est comme ça que chaque lutte doit partir de zéro, il n’y a pas d’histoire.

En ce sens, le fait de faire un meeting de femmes travailleuses en lutte dans une université a une signification très puissante. Il me semble que c’est un moment clé pour comprendre cette importance d’apprendre et de défendre l’héritage de lutte de notre classe. L’importance d’écouter ces femmes combattantes est de pouvoir témoigner du courage, de l’altruisme et de la volonté de lutter que les exploités avaient, ont et auront, tant que l’exploitation existera.

Mais pas seulement pour être des témoins ou des observateurs. Nous devons mettre nos connaissances au service des luttes, pour qu’elles cessent de partir de zéro. Notre travail et notre responsabilité est que la grande leçon que ces femmes nous donnent avec leur lutte ne soit pas perdue. Cet énorme combat que nous vivons depuis le 5 décembre, les luttes d’ONET et de l’Ibis, mais aussi les luttes du passé, doivent être transformées en leçons qui nous permettent d’avancer.

Mais d’un autre côté, et je parle maintenant non seulement en tant qu’étudiante, mais aussi en tant que femme, en tant qu’étrangère, en tant que travailleuse précaire, en m’adressant à celles et ceux qui subissent des oppressions de ce système : nous ne pouvons pas continuer à penser que chaque lutte doit être séparée de toutes les autres, que chacun doit crier les revendications qui le touchent directement. Ce que nous voulons, c’est gagner. Et pour gagner, nous avons besoin d’une stratégie. Pour nous, militantes de Du Pain et Des Roses, ce que nous voulons c’est nous battre aux côtés des travailleuses et des travailleurs. Parce qu’on pense que les personnes qui font tourner le monde et qui sont donc capables de l’arrêter, qui sont en mesure de renverser le système actuel, doivent lutter contre le patriarcat.

C’est pourquoi, en tant que Du Pain et Des Roses, nous étions chaque matin, depuis le 5 décembre, présentes sur les piquets de grève, aux côtés des travailleurs et travailleuses en lutte, écoutant leurs galères, subissant la répression à leurs côtés, manifestant avec elles, militant avec elles la caisse de grève.

Et ici, je voudrais donner un exemple : dans ce quotidien, et en discutant avec les grévistes, mes camarades de Du Pain et des Roses qui intervenaient dans le dépôt de bus à Flandre, ont entendu le nombre d’atrocités et de harcèlements dont les machinistes de bus sont victimes chaque jour et ont décidé de le rendre visible dans une vidéo publiée sur Révolution Permanente. Après cette vidéo, plusieurs de leurs collègues sont venus nous remercier pour avoir rendu visibles ces faits qui, avant cette lutte, se déroulaient en silence, et dont la plupart des conducteurs, avec l’invisibilisation des violences faites aux femmes, la division entre le travail et la vie privée, leur vie précaire et leurs galères quotidiennes, n’avaient pas pris conscience.

C’est dans ce sens que nous rejetons l’idée que si nous participons à des luttes dont les femmes ne sont pas les principales protagonistes ou les seules protagonistes, sans mots d’ordre ou revendications directement féministes, nous diluerions nos revendications ou la lutte féministe. Notre objectif, en tant que féministes révolutionnaires, est de teindre de violet chaque lutte qui affaiblit le système capitaliste. Ce qui est une victoire pour notre classe est une victoire pour les femmes.

Nous ne voulons pas réserver seulement un jour, comme le 8 mars, où nous pourrions dénoncer nos oppressions. Nous voulons montrer que nos oppressions sont intrinsèquement liées à l’exploitation capitaliste, qui les utilise pour approfondir les inégalités et ainsi garantir ses profits. Et que nous n’arrêterons pas tant que nous n’aurons pas détruit ce système qui nous exploite, nous opprime et nous tue.

Et c’est pourquoi nous estimons que dans ce contexte nous ne pouvons pas faire un 8 mars isolé du reste, comme si rien ne s’était passé. Surtout dans le contexte international dans lequel nous vivons, où des femmes du monde entier se sont levées pour tout renverser, à l’image du Chili. Alors le 8 mars nous devons manifester aux côtés de celles qui sont en grève depuis plus de 50 jours, avec des salaires à 0 euros, et qui luttent non seulement contre une réforme, qui par ailleurs va toucher plus fortement les femmes, et qui ont élevé la voix contre ce système, appelant à un changement de société total. Le 8 mars les militantes de Du Pain et Des Roses seront aux côtés des grévistes et on espère que les travailleuses et étudiantes qui sont là aujourdh’ui, dans cet amphi, seront là avec nous

 
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