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La Izquierda Diario
5 de mars de 2020 Twitter Faceboock

L’université s’arrête
Chambéry. Etudiant·e·s et enseignant·e·s en colère contre la LPPR !
Maude Vadot

De mémoire d’étudiants chambériens, ce n’était pas arrivé depuis dix ans : ce jeudi 5 mars, plus d’une centaine d’étudiants et personnels de l’université Savoie Mont Blanc (USMB) ont animé leurs campus et manifesté sous les fenêtres de la présidence. Déterminés à exiger le retrait total du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), ils et elles répondaient à l’appel national à « arrêter l’université » lancé par la coordination des facs et labos en lutte des 1er et 2 février.

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Dans les universités de France, 130 000 vacataires assurent, ensemble, plus du tiers des cours. Au moins 17 000 d’entre elles et eux font plus de 96 heures équivalent TD, soit la moitié du service d’enseignement d’un maître de conférences.
L’université Savoie Mont Blanc ne fait pas exception : 48 % des heures effectuées sont hors service statutaire, c’est-à-dire effectuées par des vacataires ou en heures complémentaires par des enseignants titulaires. Les enseignements d’anglais pour les étudiants non spécialistes, c’est-à-dire inscrit en droit, en sciences ou en lettres et sciences humaines, sont dispensés à 47 % par des vacataires, qui sont près de 4 fois plus nombreux que les enseignants titulaires. Quant au département info-comm, ses membres estiment qu’il faudrait huit postes supplémentaires pour assurer les heures d’enseignement sereinement et sans recours à des personnels précaires.

Sur le campus de Jacob-Bellecombette, la mobilisation du 5 mars avait été soigneusement préparée depuis avant les vacances universitaires. Une trentaine d’étudiants et personnels se sont ainsi réunis plusieurs fois par semaine, se structurant progressivement en comité de mobilisation, et faisant ainsi l’expérience de la mobilisation collective. Le programme élaboré pour la journée du 5 mars, en articulant ateliers débats et manifestation de rue en centre-ville, visait tout autant à ouvrir de nécessaires espaces de discussions politiques sur un campus qui n’en compte que trop peu, qu’à montrer au gouvernement que les étudiants et personnels de l’USMB n’étaient pas prêts à accepter sans réagir une énième attaque brutale contre les conditions de travail des personnels et les conditions d’étude des étudiants.

En ce 5 mars, dès 7h du matin, un groupe d’étudiants et personnels mobilisés s’est retrouvé pour installer affichages et banderole à la pergola, devant l’amphi 11000. A partir de 7h40, rejoints par des renforts, ils ont accueilli avec des tracts les étudiants les plus ponctuels venus suivre les cours dispensés par les enseignants et enseignants-chercheurs qui avaient choisi de ne pas faire grève. A 8h, ce sont deux équipes déterminées et bruyantes qui ont entamé un tour des bâtiments, à grand renfort de casseroles et de cloches, pour informer les non grévistes de la triste nouvelle : en ce 5 mars, du fait de la LPPR, on enterrait l’université et la recherche publiques.

De 9h30 à 12h30, l’amphi 550 a été le théâtre d’une expérience malheureusement trop rare : devant un public d’une petite centaine, au plus fort de la matinée, plusieurs étudiants se sont succédé à l’animation de mini-conférences et d’ateliers, suivis avec attention et suscitant la discussion. L’assemblée a ainsi pu découvrir la révolte de Stonewall et la lutte contre les oppressions subies par les personnes LGBTQIA, réfléchir à l’articulation entre lutte écologiste et lutte contre le capitalisme, et discuter de différentes thématiques dans une perspective féministe. La matinée s’est achevée sur une réflexion sur les évolutions de l’université publique en France depuis 1968, le rôle de l’université dans la société capitaliste, et la revendication d’un pré-salaire d’autonomie pour les jeunes.

A 13h30, bravant la pluie, les étudiants et personnels mobilisés se sont rassemblés devant l’amphi 11000 pour préparer un départ commun vers les bâtiments de la présidence, en centre-ville. Quelques membres de la Cocarde, organisation étudiante d’extrême-droite récemment implantée à l’USMB, sont venus faire du repérage parmi les manifestants, sans réussir cependant à se faire accepter : rappelons ici que la Cocarde, qui compte dans ses rangs de nombreux militants du Rassemblement national mais aussi de l’UPR, réclame une université fondée sur le mérite, s’oppose à toute forme de mobilisation, réclame des sanctions contre les étudiants mobilisés, a affiché son soutien aux profs de droit de l’université de Montpellier qui avaient fait appel à des militants fascisants armés pour vider brutalement un amphi occupé en 2018, et commet régulièrement des agressions contre des militants étudiants. Lorsque ses militants tractent sur le campus, ils y collent les autocollants nauséabonds d’autres groupuscules fascisants tels que Génération Identitaire ou Casapound, qui prônent la fermeture des frontières et l’agression physique des militants avec qui ils sont en désaccord. Les membres de la Cocarde n’ont donc rien à faire dans une mobilisation collective pour la défense d’une université publique ouverte à toutes et tous, sans distinction d’origine sociale ou de nationalité.

A 14h, les étudiants et personnels de Jacob et celles et ceux du Bourget ont convergé rue Marcoz, devant les bâtiments hébergeant les services centraux, pour enterrer l’université et la recherche publiques.

Plusieurs discours ont été prononcés, célébrant l’université tout en soulignant ses faiblesses, et permettant de rêver à un système universitaire ouvert, gratuit, et émancipateur – partout dans le monde. Ces funérailles symboliques se sont achevées par une chanson à donner des frissons, interprétée par une étudiante mobilisée.

L’ensemble des participants est ensuite parti en manifestation dans le centre-ville, jusqu’à envahir la cour de la Préfecture, prenant les policiers par surprise : l’occasion d’interpréter le « chant de la fac », une version remaniée du chant des partisans adaptée à la mobilisation en cours.

La réussite de la journée d’aujourd’hui montre que la colère est bien présente parmi les personnels et les étudiants. Reste à faire cristalliser cette colère en se donnant les perspectives et le plan de bataille qui permettra de gagner, en coordination avec les autres secteurs qui se sont mobilisés notamment contre la réforme des retraites !

 
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