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La Izquierda Diario
17 de mars de 2020 Twitter Faceboock

Nos vies valent plus que leurs profits
Témoignage Covid-19 : Intérimaire, je dois aller travailler sans gants, sans gel, sans masque

Marcel nous a écrit pour témoigner de sa situation avant de répondre à nos questions. Intérimaire, il est forcé de continuer le travail malgré la pandémie.

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Révolution permanente : Tu nous as contacté pour raconter la situation difficile dans laquelle tu te trouvais. Peux-tu nous expliquer quelle est ta situation ?

Marcel* : Je suis travailleur en intérim dans une usine. Mon contrat se termine le 27 mars, je devais signer un nouveau contrat de 6 mois, mais avec la crise sanitaire, les fermetures d’usines se multiplient et je vais me retrouver à pôle emploi. Il me reste une vingtaine de jours d’indemnisation à toucher, ensuite, je vais me retrouver avec zéro euro. Avec la nouvelle loi passée en novembre dernier (loi de l’assurance-chômage), les 5 mois que j’ai passé dans mon entreprise ne suffisent plus à recharger mes droits. La loi Pénicaud sur le chômage impose 960 heures de travail pour toucher le chômage. Je ne les ai pas, j’ai un filet de sécurité de 20-30 jours d’indemnités et après je n’ai plus rien. J’ai appelé le pôle emploi pour leur demander ce que je pouvais faire, si une aide était mise en place pour les précaires comme nous, pour nous éviter de finir à la rue. J’ai un enfant en bas âge, une femme enceinte, je ne peux pas me retrouver avec zéro euro pour commencer le mois. Pôle Emploi m’a expliqué que rien n’avait été mis en place. Encore pire, j’ai appelé ma boîte intérimaire qui m’a expliqué que même si je re-signais un nouveau contrat, à partir du moment où l’Etat déciderait d’arrêter toutes les entreprises, elles auraient le droit de casser les contrats intérimaires. Je suis donc dans une situation extrêmement précaire, sans aucun filet de sécurité. De nombreux travailleurs se retrouvent dans une telle situation, et beaucoup n’ont même pas ce filet de 20-30 jours.

RP : Tu continues donc à travailler. Quelle position la direction de ton entreprise a adopté par rapport au coronavirus ?

Marcel : Je travaille parce que je n’ai pas le choix. Même avec une pandémie je suis obligé d’aller travailler. Sinon je n’ai pas un euro, et avec une femme enceinte et un enfant en bas âge, c’est impossible. Dans mon entreprise, on fait du textile médical. On est considérés comme du textile, mais ils essayent de se faire passer pour du médical pour que l’usine ne ferme pas, pour continuer leurs profits. Depuis peu, on entre au compte-gouttes pour se « préserver » du coronavirus et rien d’autre n’a été mis en place, pas de gel, pas de gants, pas de masques. Avec des collègues on a interpellé le directeur pour lui demander des comptes. Il nous a répondu que même s’il y avait un cas de déclaré dans l’usine, il ne fermerait pas. Et on sait très bien que ça ne les arrêtera pas. Dans ma région, dans de nombreuses entreprises des travailleurs ont contracté le virus, et pourtant elles ne sont pas à l’arrêt. Quand j’ai appelé ma boîte d’intérim, ils m’ont dit qu’ils avaient beaucoup de propositions d’emplois à pourvoir. Les entreprises, pour continuer à faire du profit, cherchent des intérimaires pour remplacer les salariés, parce qu’elles savent très bien que nous on ne pourra pas exercer notre droit de retrait.

RP : Est-ce que tu as l’impression que les mesures annoncées par le gouvernement vont améliorer ta situation ?

Marcel :On a tous peur de se retrouver avec zéro euro et on ne voit rien venir du gouvernement. La seule ridicule annonce, celle de Pénicaud, c’est qu’elle a reculé la baisse des allocations chômages, initialement prévue pour avril, à septembre. Ce qui ne résout rien. Ce gouvernement a toujours le mot solidarité à la bouche mais on a l’impression que c’est toujours solidarité pour les mêmes, les puissants, les grosses entreprises. Pour eux ils sortent des millions, des milliards. On entend que les salariés vont bénéficier d’une aide, tant mieux, mais rien n’est fait pour les précaires, pour les intérimaires, les CDD. La situation est grave, et l’argent ne nous est pas distribué. J’ai l’impression que l’Etat ne se rend pas compte, qu’ils ne savent pas ce que c’est de vivre avec la peur d’avoir zéro avant la fin du mois. Ils auront toujours leur salaire de ministre, de préfet. Pour eux la vie ne s’arrête pas. Et encore une fois on ne parle pas de nous, jamais. J’ai voulu faire ce témoignage parce que je n’ai pas entendu une annonce pour nous, les précaires. J’espère que le coronavirus va se terminer le plus rapidement possible, qu’on va s’en sortir le mieux possible. Et puis on reprend la lutte dès que le covid-19 c’est fini, on va dans la rue, en nombre, contre ce système qui précarise toujours plus les travailleurs, qui favorise toujours plus les riches.

*le prénom a été modifié

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