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La Izquierda Diario
23 de mars de 2020 Twitter Faceboock

#EnMarge
« Si nous ne faisons rien les personnes vont mourir dehors dans l’indifférence la plus totale ! »

Dans le cadre de la campagne de témoignage #EnMarge, nous relayons le témoignage d’un travailleur social à Montpellier. Il raconte les difficultés qu’il rencontre depuis le début du confinement pour la prise en charge des personnes sans domiciles, notamment ici des mineurs isolés.

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La situation des domaines médical et médico-social était déjà très difficile avant l’épidémie, à la suite des nombreuses mesures austéritaires de réduction des budgets et des financements. Cette pandémie vient révéler au grand jour la situation dans laquelle se trouvaient ces secteurs à travers une crise sanitaire sans précédent. Alors que l’on s’enthousiasme de la créativité et de l’imagination dont font preuve les travailleurs de ces secteurs, il se retrouvent livrés à eux même pour trouver des solutions et palier au manque de moyens, alors que les sans-abris et les plus précarisés sont les premières victimes d’une logique économique permanente, de l’absurdité des dispositifs pensés uniquement en fonction de leurs coûts, du manque de moyens humains et matériels.

C’est dans l’optique de dénoncer cette situation que nous avons lancé une campagne de témoignages. Nous relayons ici le témoignage d’un correspondant situé à Montpellier.

Au lendemain de l’allocution du Président de la République signifiant le confinement de tout le pays suite à la propagation du Coronavirus qui touche de plus en plus de monde, je commence ma journée de travail. Nous sommes mardi 17 mars, le confinement commence à 12H.

J’apprends que l’équipe d’hier soir a rencontré un Mineur Non-Accompagné, c’est-à-dire un mineur qui n’a pas de représentant légal sur le territoire. Les collègues l’ont accompagné avec son accord à l’hôtel de police, conformément au protocole établi, mais ils ont trouvé porte close. Au vu de la situation sanitaire, les hôtels qui hébergent habituellement les MNA ont décidé de ne plus les accueillir, et tous les services par lesquels ils transitent avant d’être mis à l’abri ont décidé de ne plus les prendre en charge. Étant mineur, le jeune homme ne pourra être mis à l’abri ce soir. Sans aucune solution, il va donc passer la nuit dehors.

Nous retrouvons le jeune le lendemain matin afin de l’accompagner à l’hôtel du département, espérant qu’il soit enfin pris en charge. Nous restons bloqués à l’entrée du parking, car l’hôtel du département n’est déjà plus ouvert au public, et on nous renvoie vers l’hôtel de police. Les deux services se renvoyant la balle, nous accompagnons le jeune homme à nouveau au commissariat qui ne nous ouvre pas les portes et refuse à nouveau la prise en charge. Le gouvernement a décrété le confinement sans anticiper un minimum les besoins des personnes devant être mises à l’abri ou accompagnées..

Nous n’avons aucune solution à proposer au jeune homme qui nous demande quand il pourra être mis à l’abri. Je me sens démuni car je ne peux lui donner une réponse. Il restera dehors pour une durée indéterminée. Il est 10h30 du matin et je suis dégouté.

Hier le président Macron a signifié que personne ne serait laissé de côté. Et pourtant ce jeune va rester dehors sans solution de confinement, sans pouvoir prendre soin de son hygiène durant cette crise sanitaire. Et pourtant les personnes les plus vulnérables face à l’épidémie sont des grands précaires et toute personne n’ayant pas de domicile !

Comment se confiner quand on n’a pas de chez soi ? Cette crise sanitaire place les personnes vivant dans la rue dans une urgence sans précédent. La situation des personnes vivant à la rue est très inquiétante à Montpellier et jusqu’à présent les réponses apportées sont très loin d’etre à la hauteur.

Depuis le 18 mars, la ville de Montpellier a ouvert deux gymnases, soit 50 places pouvant accueillir les personnes sans-abris pour la nuit. Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a plus de 1000 personnes vivant à la rue à Montpellier. Ensuite l’accueil est indigne et inadapté car les sacs des personnes sont fouillés à l’entrée avec interdiction de boire de l’alcool, interdiction de sortir fumer et bien-sûr, les chiens ne sont pas acceptés !

Évidemment ce dispositif est mis en place sans travailleurs sociaux ni aucun personnel de santé pouvant assurer une veille sanitaire et sociale. Après tout pourquoi dépenser de l’argent pour des SDF ? Selon moi, c’est le meilleur moyen pour qu’ils restent mourir dehors !

Cette crise révèle à nouveau comment les personnes en situation de grande précarité, et les migrants sont traités. Ils subissent l’exclusion et le mépris de la part d’un système qui ne les considèrent pas ou plus depuis trop longtemps. Ils subissent toute l’année une mise à distance des relations sociales, l’indifférence, l’impossibilité de vivre à son rythme et la diminution de l’accès aux soins. Nous devons combattre l’indifférence générale. La rue tue toute l’année ! C’est toute l’année que ces personnes ont besoin d’un hébergement !

Nous avons les moyens d’agir différemment avec la réquisition d’hôtels pouvant permettre aux personnes de se mettre à l’abri, ou bien la réquisition des logements vides pouvant permettre de protéger ces personnes qui ont un état de santé extrêmement précaire. Il y a urgence ! Urgence à débloquer des moyens supplémentaires pour les associations, urgence pour permettre aux personnes vivant dans la rue d’accéder à un hébergement digne et adapté. Il y a urgence à permettre aux personnes vivant dehors d’être testées car ce sont les plus susceptibles d’être infectées par le coronavirus. Elles n’ont aucun moyen de se protéger !
Si nous ne faisons rien, les personnes vont mourir dehors dans l’indifférence la plus totale !

 
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