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La Izquierda Diario
25 de mars de 2020 Twitter Faceboock

Coronavirus et crise sanitaire
Transports en commun : des commissions d’hygiène pour la sécurité de travailleurs et usagers
Laura Varlet

Les transports, tout comme un certain nombre d’activités, restent dans une certaine mesure essentiels en cette période de crise sanitaire. Mais les directions des entreprises, à la RATP, la SNCF et dans les entreprises privées de transports nous font travailler sans les mesures d’hygiène et sécurité nécessaires et ne réadaptent pas le travail à la nouvelle situation. Et si c’était à nous, salariés et usagers, c’est-à-dire les premiers concernés, de réfléchir et proposer une organisation et des conditions de travail adaptées ?

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Crédit photo : JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Les salariés des transports : une catégorie très exposée au coronavirus

Bien avant que cette crise sanitaire frappe de plein fouet l’ensemble de la société, on voyait monter l’inquiétude sur les dangers du coronavirus chez les salariés des transports. En effet, du fait de nos conditions de travail, de notre proximité avec les usagers ou avec le matériel roulant utilisé par de millions de personnes chaque jour, nous faisons partie des salariés les plus exposés au virus.

L’inquiétude et les alertes de la part des représentants du personnel, que ce soit à la RATP, la SNCF ou dans les entreprises des transports privés ne se sont pas fait attendre. Il suffit de songer aux droits de retrait début mars dans une entreprise comme Keolis, où les salariés ont obtenu un certain nombre de garanties de la part de la direction, comme du gel hydroalcoolique, des gants et la suspension de la vente des tickets à bord des bus, par le rapport de forces. Nous pourrions également penser aux premiers cas d’agents infectés par le Coronavirus à la RATP, connus dès début mars, sans que pour autant la direction de l’entreprise ne prenne les mesures nécessaires pour protéger salariés et usagers. Encore aujourd’hui, le nombre de salariés infectés par le virus dans une entreprise comme la SNCF est proportionnellement presque 9 fois supérieur au ratio existant dans l’ensemble de la population en France.

Une peur bien réelle face à des directions d’entreprise irresponsables

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la peur qui existe chez un certain nombre de collègues. Après avoir mené pendant des années des politiques de démantèlement des services publics de transports, après nous avoir méprisé pendant plusieurs mois au moment de la grève contre la réforme des retraites, aujourd’hui le gouvernement et les directions de nos entreprises ont l’air de découvrir que nous sommes un service essentiel pour la population... Nous le savons déjà et nous en sommes fiers. Mais que faire lorsqu’on nous envoie au front de la lutte contre la pandémie mais sans armes ni protection ? Devons-nous obéir et accepter, en augmentant les risques de contagion non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour nos familles ?

C’est ainsi qu’une discussion se pose pour de nombreux collègues : que faire ? Surtout lorsque nous savons que face à nous il y a une direction souvent autiste, qui ne pense qu’à l’après-crise sanitaire et non pas à comment protéger ici et maintenant les salariés et les usagers que nous avons le devoir de transporter chaque jour. C’est ce que nous répondent par exemple certains dirigeants lorsque, sur le triage de fret du Bourget, nous proposons de limiter au maximum l’activité des trains de marchandises et que l’on nous répond qu’il s’agit de maintenir l’activité pour ne pas avoir à établir des limitations de vitesse sur les voies qui auront été peu utilisées, lorsque l’activité économique reprendra son cours normal dans quelque temps... Comme si cela était notre priorité aujourd’hui.

Pour protéger les salariés et les usagers : des solutions individuelles ou collectives ?

Face à cette situation d’incertitude et détresse, de nombreux salariés cherchent à se protéger et à protéger leurs familles et finissent par opter parfois pour des solutions individuelles pour ne pas se mettre en danger, faute de solutions et de réponses de la part de la direction. Mais la réalité est que pour faire face à des directions irresponsables qui n’ont rien à faire de notre santé et nos vies, ainsi que pour penser dans quelle mesure les transports publics pourraient être mis au service d’aider l’ensemble de la population dans cette crise sanitaire d’ampleur, il n’y a pas mieux que les salariés eux-mêmes pour réfléchir et décider collectivement des mesures nécessaires à prendre. C’est nous qui sommes au front chaque jour et qui nous mettons en danger, pourquoi ne serait-ce pas à nous de décider ?

Tous les transports ne sont pas essentiels, arrêtons de mettre salariés et usagers en danger !

Il faudrait commencer par se poser la question de savoir quels sont les services réellement essentiels au sein des entreprises des transports. Car toutes les activités ne se valent pas, et il n’y a aucun intérêt à faire prendre des risques aux salariés, à leurs familles et aux usagers si ce n’est pas indispensable. En effet, il faudrait commencer par faire la différence entre d’un côté les transports de proximité, potentiellement utiles pour le personnel soignant et les travailleurs des secteurs essentiels qui sont obligés de se déplacer ; et de l’autre le fret, dont il faudrait limiter l’utilisation au transport du matériel médical nécessaire aux hôpitaux ou de la nourriture ; mais aussi les transports de longues distances, qui s’avèrent dans la majorité des cas totalement inutiles dans la période, alors que la direction de la SNCF force les salariés des ateliers de maintenance des TGV à travailler.

Si nous prenons l’exemple des transports de proximité, et en particulier le service des bus, il y a énormément d’éléments qui nous sont remontés du terrain. Les conditions de travail, d’hygiène et sécurité sont par exemple loin d’être au point à la RATP. La vente de ticket à bord des bus n’a été arrêtée que très tardivement tout en mettant en place la vente par SMS pour ne perdre aucun centime, les bus ne sont pas désinfectés régulièrement et correctement, certaines lignes tournent avec des bus qui sont vides, tandis que d’autres roulent en surcharge des passagers. Les machinistes et les usagers ne sont pas dûment protégés, ni masques, ni gel, ni gants.

En somme, et au-delà de quelques annonces de certains services spéciaux mis en place par la direction de la RATP cette semaine, aucune réorganisation sérieuse du réseau des transports n’a été pensée jusqu’au bout par la direction, et souvent les cris d’alerte de la part des représentants du personnel ou des salariés ne sont pas entendus. La direction fait ainsi le choix de mettre en danger non seulement les salariés et leurs familles, mais aussi de nombreux usagers qui sont encore aujourd’hui contraints de prendre les transports en commun.

Pour des commissions d’hygiène et sécurité décisionnaires avec des salariés des transports et des professionnels de santé

Cela devient de plus en plus évident pour tout le monde que nous ne pouvons pas nous contenter d’attendre que nos directions d’entreprises prennent la mesure de la situation et des décisions en conséquence. Malgré le travail remarquable de certains représentants du personnel pour mettre la direction face à ses responsabilités et certaines avancées qui peuvent être obtenues à travers le rapport de force et le travail de ces élus, les CSSCT actuelles sont, en dernière instance, une sorte de "chambre d’enregistrement" des décisions de la direction, car les salariés ne peuvent pas faire opposition par un vote aux décisions de la direction qui, elle, met souvent en danger le personnel et usagers. Il devient donc indispensable que les salariés eux-mêmes, en lien avec les professionnels de santé qui se trouvent au front de la lutte contre l’épidémie, prennent à bras le corps ces questions, discutent et décident des mesures à prendre. Ces mesures devraient à la fois permettre à tous ceux qui continuent de travailler de le faire en toute sécurité, et à la fois réorganiser l’ensemble du réseau des transports en fonction de l’aide qui peut être apportée dans cette crise.

Une commission d’hygiène et sécurité, réellement décisionnaire, composée majoritairement de salariés, syndiqués ou non-syndiqués ayant envie de s’impliquer dans la réflexion sur l’utilité des transports en temps de crise, ainsi que de professionnels de santé qui puissent apporter un regard scientifique sur les mesures qui sont prises et appliquées, serait en effet la solution la plus adaptée à la situation actuelle.

Cette commission pourrait par exemple discuter des mesures concrètes à mettre en place, à commencer par la protection des salariés et usagers, avec le port de masques, gants, l’utilisation de gel hydroalcoolique. Elle pourrait décider de limiter le nombre de personnes à bord de chaque bus ou train, selon des calculs en fonction des distances de sécurité à respecter, ainsi qu’obliger la direction à opérer la désinfection des bus et du matériel roulant à chaque tournée, avec des produits de nettoyage de qualité et des outils technologiques performants, en embauchant le personnel nécessaire, afin d’accomplir ces tâches indispensables pour que les conditions d’hygiène minimales soient respectées.

Elle pourrait également réfléchir à réduire ou adapter les horaires de travail selon les besoins de service, en recrutant du personnel si nécessaire. Nous devrions réfléchir à une réorganisation de l’ensemble du réseau à partir d’établir des lignes qui seraient essentielles et utiles pour transporter par exemple les travailleurs qui doivent assurer les services essentiels dans cette crise, les hospitaliers, les agents de la propreté et de l’énergie, ceux qui travaillent dans les commerces de bouches et le domaine de l’agro-alimentaire, ou encore assurer des services spéciaux qui fassent des sortes de navettes entre certaines gares et des commerces pour que les travailleurs les plus précaires, n’ayant pas de voiture, puissent aller faire les courses. Ce type de commission pourrait même évaluer la nécessité ou non du maintien des transports en commun si la crise venait encore à s’aggraver, à travers une étude des besoins et de l’utilisation réels des transports par la population qui est encore obligée de se déplacer.

En somme, il s’agit de mettre tous les moyens financiers et matériels nécessaires au service de l’objectif d’assurer la protection et la sécurité des usagers et salariés, pour que ce service essentiel à la vie de la population en cette période de crise sanitaire puisse être adapté aux besoins. Ce n’est pas la direction de la RATP ou la SNCF qui va le faire, c’est à nous de prendre nos affaires en main !

 
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