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La Izquierda Diario
26 de mars de 2020 Twitter Faceboock

Solidarité internationaliste
Covid-19. En Afrique, l’impérialisme français mène à la catastrophe
Philippe Alcoy

La domination des puissances impérialistes, dont la France, sur l’Afrique n’a fait que rendre plus vulnérable le continent face aux épidémies et aux crises économiques.

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Le Mali vient d’enregistrer ses deux premiers cas de Covid-19 dans le pays. Les alarmes se sont activées dans le pays immédiatement. Une femme de 49 ans et un homme de 62 ans revenant de France ont été testés positifs. Ils ont été mis à l’isolement. Mais l’inquiétude des habitants et des autorités est palpable. Parallèlement, le Burkina Faso vient de déclarer sa première mort des suites du Coronavirus. Bien que le nombre exact d’infectés soit très difficile à établir sur l’ensemble du continent (on estime le nombre de cas avérés à au moins 720 et à 20 les morts), il est certain que les nombres y sont moins grands qu’en Europe. Cependant, ce qui inquiète le plus c’est la totale impréparation structurelle, due au sous-développement de ces pays, pour faire face à une épidémie de ce type.

Des populations fragilisées par un sous-développement structurel

Au Mali, il y a eu des déclarations contradictoires concernant les infrastructures sanitaires. Ainsi, dans un document on répertoriait seulement un respirateur artificiel dans l’ensemble du pays ; mais le ministre de la santé affirme qu’il y en a 56 et 37 lits de soins intensifs, ce qui contredit les déclarations du premier ministre B. Cissé qui, lui, parle d’à peines une vingtaine de lits. Concernant le gel hydroalcoolique le pays dispose seulement de 500 000 litres, possède 59 thermomètres infrarouges et seulement 2 000 kits de tests.

Comme on voit, les conditions ne sont aucunement réunies pour faire face à une crise sanitaire d’ampleur. Et cette situation est loin de se limiter seulement au Mali. L’ensemble des pays africains sont dans une situation où les systèmes sanitaires ne pourront pas répondre à une urgence comme celle qui s’abat sur l’Europe. Rien que sur le nombre de médecins : alors que l’Italie compte 41 médecins tous les 10 000 habitants (et on voit dans quelle situation dramatique se trouve le pays), en Afrique il faut compter à peine 1 médecin tous les 10 000 habitants.

Parallèlement aux problèmes structurels quant aux infrastructures sanitaires et au manque de personnel et de matériels hospitaliers, il faut mentionner les millions de personnes fragiles face au virus. On compte en effet plus de 24 millions de personnes qui vivent avec le VIH et qui par conséquent ont un système immunologique faible ; des millions de personnes sont atteintes également de tuberculose, sans compter les millions de personnes qui sont mal nourries. Tous ces facteurs les exposent face à une éventuelle épidémie de Covid-19 sur le continent.

Dépendance économique en temps de crise

Mais l’Afrique n’est pas seulement menacée par une possible catastrophe sanitaire ; elle est menacée également par les conséquences économiques catastrophiques liées à la pandémie dont l’épicentre est aujourd’hui l’Europe. Selon la Commission Economique pour l’Afrique de l’ONU, la croissance africaine pour cette année va tomber de 3,2% à 1,8%. En plus, l’arrêt de l’économie dans les principaux pays impérialistes est déjà en train de provoquer la dévaluation de certaines monnaies nationales, ce qui aura des conséquences directes sur le paiement des échéances des dettes nationales. Le ralentissement de l’économie chinoise aura également des conséquences sur la demande des matières premières africaines. Un autre effet du ralentissement de la production dans les pays centraux pour le continent c’est la baisse des montants d’argent transféré par les travailleurs migrants.

Nous voyons que le sous-développement de l’Afrique expose des millions de vies face à l’urgence sanitaire que traverse la planète. Mais ce sous-développement africain n’est pas le fruit du « hasard » ou de « lois naturelles ». C’est le résultat d’années, de siècles, de domination coloniale et impérialiste, dont la France a été, et est toujours, l’un des principaux acteurs. La poignée de puissances impérialistes qui domine la planète a maintenu le continent africain dans un sous-développement complet à travers la spoliation systématique de ses ressources naturelles, à travers l’exploitation de la main d’œuvre de ses populations, à travers le partenariat avec des classes dominantes locales réactionnaires complètement à la merci des intérêts des capitalistes étrangers, tout en maintenant un contrôle féroce sur les exploités dans leurs pays.

Une crise sanitaire aggravée par la présence impérialiste

Nous disions que la France a joué et joue un rôle très particulier pour maintenir cette situation néfaste pour les travailleurs, les paysans et l’ensemble des opprimés africains. Non content avec la spoliation des ressources naturelles africaines, l’impérialisme français maintient une présence militaire permanente dans plusieurs pays du continent justement pour assurer le contrôle des matières premières nécessaires pour les multinationales hexagonales mais aussi pour s’assurer la domination de régions géopolitiquement stratégiques face aux autres puissances. Ainsi, entre la présence permanente dans des bases officielles et celle des missions comme « Barkhane » au Sahel, la France déploie plus de 9000 soldats en Afrique, spécialement dans le territoire de ses ex colonies.

Les indépendances africaines, quand elles n’ont pas été sabotées depuis l’intérieur par des agents de l’impérialisme français, n’ont pas du tout remis en cause la domination économique, politique et militaire de l’ancienne puissance coloniale. Au contraire, la politique coloniale visait, entre autres, à empêcher que les territoires colonisés puissent devenir autonomes économiquement et se développer. De cette façon, les indépendances n’ont signifié que la « liberté de l’esclave à mourir de faim », et les nations indépendantes sont restées totalement dépendantes vis-à-vis de la France.

L’un des mécanismes de cette soumission ont été les dettes auprès des institutions internationales comme la Banque Mondiale ou le FMI ou directement avec l’ex pays colonisateur. Dans le cas de la France nous pouvons mentionner le « système Franc CFA » qui permet à Paris d’avoir le contrôle direct sur les monnaies nationales de ses ex colonies.

De cette manière, face à l’épidémie qui menace l’Afrique, nous voyons que l’impérialisme français n’est nullement part de la solution mais au contraire partie intégrale du problème. Ce sont les années de domination et de soumission des pays africains qui les rend plus vulnérables face aux crises qui les menacent.

La présence militaire française et celle des autres puissances impérialistes dans le continent mérite une mention à part. Non seulement cette présence militaire permanente est source d’arbitraire, de crimes, de violences, de violences sexistes et sexuelles, d’humiliations ; mais en plus, dans le contexte actuel, elle peut même devenir source de contamination des populations locales. En effet, le Djibouti a confirmé la semaine dernière son premier cas de Covid-19 qui n’était autre qu’un Espagnol membre d’une mission militaire. Combien de temps encore pour que des militaires déployés en France arrivent infectés dans l’une de leurs missions à l’étranger, contaminant la population locale ?

C’est pour cette raison qu’il faut exiger plus que jamais le retrait de toutes les troupes françaises d’Afrique et de tous les territoires où elles se trouvent déployées pour protéger les intérêts des grandes fortunes, les mêmes qui sont responsables de la destruction de l’hôpital en France et qui exposent des millions de personnes aux dangers de l’épidémie.

Le mouvement ouvrier français doit également exiger l’annulation de la dette des pays africains. Ces dettes ont déjà assez provoqué la mort de personnes sur le continent.

En France même nous sommes face à une crise de la gestion de l’épidémie très importante. Alors que des millions de personnes sont confinées, d’autres sont obligées d’aller travailler pour produire des biens aucunement prioritaires en ce moment. Et cela alors que les hôpitaux manquent de masques, de gel, de respirateurs, de lits, de personnels. Si le contrôle ouvrier pourrait imposer des conditions d’hygiène pour protéger la santé des travailleurs ainsi que la transformation de la production pour répondre à la crise sanitaire, il pourrait également être un premier pas pour construire la solidarité internationale et qu’aucun pays ne manque du matériel nécessaire pour faire face à l’épidémie.

 
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