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28 de mars de 2020 Twitter Faceboock

Contrôle ouvrier et coronavirus
Argentine. Une usine sous contrôle ouvrier reconvertit sa production pour fabriquer des masques et du gel hydroalcoolique
Homa de la Bahía

L’usine d’imprimerie argentine Madygraf, sous gestion ouvrière depuis cinq ans, s’est lancée cette semaine dans la production de masques et de gel hydroalcoolique, pour les mettre au service de la population et permettre la résolution de la crise sanitaire en cours. Les étudiants et professeurs de l’université voisine ont également participé à la production. Une initiative sur laquelle prendre exemple dans le reste des pays affectés par le coronavirus.

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Crédits photos : La Izquierda Diario Argentina

Madygraf, une usine sous gestion ouvrière : un exemple de lutte victorieuse des travailleurs

Il y a cinq ans, l’entreprise d’imprimerie industrielle Donnelley, d’origine américaine et située en banlieue de la ville de Buenos Aires, fermait ses portes, en laissant 400 travailleurs et leurs familles sur le carreau. Les travailleurs, qui avaient déjà des années d’expérience de lutte et d’auto-organisation contre le gouvernement et les bureaucraties syndicales, décident d’occuper l’usine et de relancer la production, cette fois-ci, sans patron. Suite à une bataille dure et déterminée, où ils ont du faire face à une violence féroce de la part des forces répressives du gouvernement, l’usine est depuis, gérée sous contrôle ouvrier direct et lutte encore pour son expropriation.

Madygraf incarne aussi un exemple d’auto-organisation des femmes. Celles-ci ont commencé à se mobiliser aux côtés de leurs camarades hommes et ont fini par être en première ligne de la bataille. La commission de femmes de Madygraf, qui réunit les travailleuses de l’usine, incorporées suite à la récupération, ainsi que les femmes des familles des travailleurs, a été indispensable pour permettre la récupération de l’usine et est aujourd’hui une référence pour les travailleuses du pays et pour beaucoup de femmes pour qui l’auto-organisation est indispensable pour lutter pour leurs droits et ceux de leurs classe. En guise d’exemple, la commission a été à l’initiative de la création d’une crèche dans l’usine, pour permettre aux pères et mères de famille de travailler et s’organiser plus facilement.

Madygraf incarne aussi l’union entre travailleurs et étudiants. Ces derniers ont participé activement à la récupération de l’usine. Pour donner un exemple, au moment où l’usine est occupée, l’entreprise américaine bloque les machines depuis Chicago et c’est grâce aux étudiants en ingénierie que les machines ont pu être débloquées et remises au service de la production gérée par les travailleurs. Aujourd’hui, cette union reste toujours vivante et se met au service de la résolution de la crise du coronavirus.

Madygraf est synonyme de lutte, d’organisation et de solidarité entre travailleurs. Pour eux, la gestion ouvrière n’est pas une fin en soi, beaucoup d’entre eux se battent aujourd’hui pour le socialisme et c’est pour cette raison que l’usine sert aujourd’hui d’espace d’organisation des luttes des travailleurs, des femmes et de la jeunesse. Cette semaine, les travailleurs ont reconverti la production de l’usine pour la mettre au service de la résolution de la crise sanitaire.

La classe ouvrière doit être à la tête de la résolution de la crise

Madygraf se définit depuis qu’elle est sous contrôle ouvrier, comme une usine au service des travailleurs et de la population. L’année dernière, par exemple, ils avaient produit 150 000 cahiers pour les distribuer aux écoles du quartier. Aujourd’hui, face au coronavirus, ils montrent l’exemple, en produisant, aux côtés des étudiants et professeurs de Sciences et Technologie de l’USAM principalement, des gels hydroalcoolique et des masques pour les mettre au service des hôpitaux et de la population, notamment dans les quartiers les plus pauvres.

Les travailleurs de Madygraf, aux côtés de professeurs et étudiants des centres universitaires voisins, produisent du matériel de protection sanitaire

Cette reconversion de la production a été décidée lors d’une assemblée générale d’urgence des travailleurs de l’usine. Lors de cette dernière ils ont également décidé de mettre en place une commission de santé et d’hygiène pour garantir la protection de l’ensemble du personnel. Les travailleurs ayant une santé fragile ou qui étaient obligés de garder leurs enfants ont été mis en congés. Puisque leur salaire dépend directement de leur production, l’usine a exigé de l’État de leur donner des fonds extraordinaires pour la période, en échange, de la production des tracts d’information sanitaire.

Laura Arévalo, ouvrière à Madygraf

Pour Laura Arévalo, également ouvrière à Madygraf, c’est un acte “exemplaire de mettre l’usine au service des besoins sanitaires de la population”. Pour elle, leur usine montre que “tout espace productif doit être aujourd’hui mis sous contrôle ouvrier et être au service de la population et pas à celui du patronat”.

Jorge Medina, ouvrier à Madygraf, a déclaré : “Aujourd’hui, il est nécessaire de reconvertir la production pour fabriquer des produits d’hygiène et de sécurité”. Martin, étudiant en ingénierie environnementale, participe à la reconversion, et soutient que “les connaissances de l’université, les étudiants, chercheurs et professeurs peuvent aujourd’hui être utilisées pour sauver des milliers de vies”, selon lui les directions universitaires ont une attitude irresponsable, il déclare “qu’il ne faut rien attendre dans cette situation". Dans les prochains jours, des milliers de litres de gel vont être distribués et chaque jour, 200 masques vont être produits.

Gel hydro-alcoolique produit dans l’usine Madygraf

Face à la catastrophe sanitaire, ne laissons pas la résolution de la crise du coronavirus dans les mains des grandes capitalistes et de leurs gouvernements : Madygraf montre la voie vers une reconversion sous contrôle ouvrier de la production des usines pour les mettre au service du personnel sanitaire et de la population. L’exemple de Madygraf montre, depuis cinq ans, que soit ce sont les grands capitalistes et leurs gouvernements qui gagnent en nous faisant payer les crises que eux mêmes ont engendré, soit ce sont les travailleurs et la jeunesse organisée auprès de la classe ouvrière qui résoudront la crise sanitaire et commenceront à poser le chemin vers une nouvelle société.

 
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