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La Izquierda Diario
1er de avril de 2020 Twitter Faceboock

#StopProductionNonEssentielle
Le maintien des activités non-essentielles attise la lutte dans les entreprises
Paul Morao

Alors que l’épidémie de Coronavirus continue de s’étendre et de saturer les services de santé des régions qu’elle frappe, le patronat commence à entreprendre la reprise d’activités non-essentielles. Une dynamique qui attise la colère des salariés et fait émerger une conflictualité directement sur le terrain des entreprises.

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Crédit photo : La Voix du Nord

Production non-essentielle : un arrêt massif dans l’industrie, mais de nombreuses activités toujours en cours

Les deux premières semaines de confinement ont été marquées par des mobilisations ouvrières importantes dans des secteurs de l’industrie restés plutôt à l’écart des derniers mouvements sociaux, de la sidérurgie à l’aéronautique en passant par l’automobile ou le transport. Bombardier, Toyota, Chantiers de l’Atlantique, PSA, Airbus et sous-traitants, Alstom, Renault Trucks, … dans de nombreuses usines les travailleurs ont dû imposer à leurs directions l’arrêt de la production, contre les velléités de celles-ci de préserver leurs profits coûte que coûte.

Chaque fois, ce mouvement de fond, que l’on a pu retrouver dans d’autres secteurs tels que la logistique, s’est développé sur des schémas et des dynamiques semblables. Souvent partis de la base, dont l’inquiétude et la détermination à arrêter le travail ont surpris les syndicats, ils ont forcé en quelques jours l’arrêt d’une grande partie des entreprises industrielles. « « Produire des camions est la seule chose qu’ils ont en tête », « On ne veut pas risquer notre peau pour produire des paquebots », « « Les cadres ont le droit à du télétravail et nous on a le droit de crever » : partout c’est le même état d’esprit qui s’est affirmé face à la crise sanitaire, un refus d’être de la « chair à canon » en pleine épidémie pour maintenir les profits des patrons et actionnaires. Un arrêt d’activité massif, dont on peut prendre la mesure en regardant les chiffres de l’activité dans les secteurs de l’industrie ces dernières semaines qui ont fortement chuté.

Pour autant, cet arrêt de nombreuses entreprises et sous-traitants n’a pas empêché certaines boîtes de maintenir coûte que coûte leur production. Ainsi, chez Alstom, si un certain nombre de sites ont fermé, d’autres ont été maintenus en activité en fonction des rapports de force locaux. Chez STMicroelectronics Crolles, l’entreprise continue d’empêcher la fermeture demandée par la CGT, exposant de nombreux salariés souvent précaires à l’épidémie pour produire des microprocesseurs destinés principalement… aux smartphones. Surtout, alors que l’épidémie continue de se développer avec un record de 499 morts en 24h mardi soir, les directions d’entreprises commencent à envisager la reprise.

Avec l’appui du gouvernement, les directions d’entreprises veulent lancer la reprise !

Rappelant les chiffres de l’activité industrielle des dernières semaines, La Tribune rapporte ainsi : « Dans la filière métallurgie/mines qui représente normalement 10% du PIB industriel en valeur, l’activité s’est effondrée. Elle s’est élevée à seulement 2% du PIB lors des deux premières semaines de confinement (semaines 12 et 13). France Industrie prévoit pour cette semaine une hausse permettant d’atteindre une activité comprise entre 3% et 4%. Dans l’électronique/Electricité (7% du PIB industriel), la relance n’est pas programmée. C’est même plutôt l’encéphalogramme plat (2% du PIB sur les trois premières semaines de confinement).

Dans l’aéronautique/ferroviaire/naval (6% du PIB industriel), l’activité a brutalement chuté à 1% lors deux premières semaines de confinement. Il est prévu une très légère reprise cette semaine (1,5%). Dans l’automobile (4,8% du PIB industriel), filière où la production est quasi à l’arrêt (15 et 12 sites fermés respectivement par PSA et Renault, soit 69.000 salariés au total), la relance des usines reste extrêmement progressive : 0,5% du PIB, puis 1%, et enfin une prévision 1,5/2% pour cette semaine. Enfin, le secteur de la mécanique machines (4% du PIB industriel) a plongé à 1% du PIB lors de deux premières semaines du confinement et pourrait se redresser à 1,5% cette semaine. »

Dans la plupart des secteurs de l’industrie, c’est une dynamique de reprise qu’entendent amorcer les directions. Et si celle-ci est pour l’instant limitée, c’est moins par la volonté des patrons de restreindre l’activité qu’en raison de contraintes objectives : baisse des commandes, rupture des approvisionnements, salariés en arrêt maladie, salariés fragiles en chômage partiel, voire tout simplement refus des travailleurs de reprendre. En effet, la reprise se heurte souvent à l’opposition des travailleurs, comme cela a été le cas la semaine dernière à PSA Valenciennes qui a dû renoncer à rouvrir ou dans l’aéronautique, où les syndicats d’Airbus et de ses sous-traitants commencent à se coordonner pour s’opposer au retour de l’activité.

Pour lancer la reprise, les directions bénéficient cependant d’un soutien de poids : celui du gouvernement qui maintient volontairement l’ambiguïté sur la nature des activités qui doivent être maintenues dans la période quand il n’appelle pas carrément à relancer des activités aussi peu essentielles que le bâtiment. De Bruno Le Maire à Christophe Castaner en passant évidemment par Emmanuel Macron, célébrant la « deuxième ligne », tout le gouvernement fait des pieds et des mains pour soutenir la nécessité de continuer à produire, amalgamant volontairement secteurs « essentiels » et secteurs « stratégiques » pour l’économie. Et face aux doutes des salariés qui conduit à l’absentéisme et aux droits de retrait en cascade, Muriel Pénicaud se contente d’agiter la perspective de « fiches pratiques » non-contraignantes pour ne surtout pas brusquer le patronat…

Gouvernement et patronat main dans la main pour faire primer les profits sur nos vies : une démonstration implacable

Pourtant, la limite de cette stratégie commune du gouvernement et du patronat, c’est que l’alignement de leurs intérêts pour faire primer l’économie sur la lutte contre la pandémie apparaît de façon plus claire que jamais. Si les mouvements récents s’étaient centrés sur une opposition au gouvernement – éventuellement perçus comme « au service des riches » - la conflictualité tend cette fois à se déplacer sur le terrain des entreprises.

Alors que les patrons avaient été les grands épargnés du mouvement des Gilets jaunes, en lien avec la composition sociale du mouvement comprenant une minorité d’artisans et de petits patrons, les directions de nombreuses entreprises apparaissent ici plus soucieuses de leurs intérêts que de ceux de leurs salariés. « Cette épidémie elle a réveillé les gens ! Beaucoup de salariés sont naïfs, et là les masques sont tombés. D’habitude, la direction arrive à les calmer, mais aujourd’hui ils voient que face à une histoire de vie ou de mort elle n’a aucune considération. Même les salariés les plus dociles se rendent compte qu’il n’y a aucune considération de la direction. » note ainsi un travailleur d’Idex, société de climatisation. Un discours entendu dans de très nombreuses entreprises.

Un clivage redoublé par la différence nette de situation entre les travailleurs en première ligne, caissiers, postiers, soignants, machinistes, ouvriers, livreurs, et l’ensemble de leurs cadres, cadres supérieurs ou patrons qui bénéficient du télétravail. Au point de faire craindre à Stanislas Guérini de LREM que l’antagonisme entre deux France se révèle : « celle des deux-pièces et celle des maisons de vacances, celle des travailleurs sur le terrain et celle du télétravail » ou, pour reprendre les termes de Jérôme Sainte-Marie, que la situation ne creuse « un peu plus le clivage entre, d’une part, le bloc élitaire constitué autour du macronisme et, d’autre part, un bloc populaire en gestation. »

Une dynamique riche en potentialités pour les révolutionnaires et pour l’ensemble des opprimés et exploités qui devront batailler au cours et à l’issue de la pandémie pour refuser qu’on ne leur fasse payer la crise, et pour commencer à poser les jalons d’une autre société dirigée par celles et ceux qui ont été au cœur de la lutte contre l’épidémie.

Pour appuyer celles et ceux qui se battent pour la fermeture de leur entreprise, non essentielle, rejoins la grande campagne pour imposer le #StopProductionNonEssentielle parmi les principales tendances sur Twitter et les autres réseaux sociaux. Cette action massive aura lieu le jeudi 2 avril à 18h : chaque personne compte !

 
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