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2 de avril de 2020 Twitter Faceboock

Coronavirus
USA. Des entreprises suspendent les cotisations patronales pour les retraites de leurs employés
Boris Lefebvre

Les effets économiques de la crise sanitaire commencent à se faire sentir aux États-Unis et, comme partout ailleurs, ce sont les travailleurs qui en font les frais. Plusieurs grandes entreprises américaines ont décidé de suspendre les cotisations patronales pour la retraite de leurs employés afin de limiter la perte de profit causée par le ralentissement de l’économie.

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Crédit photo : DR

Toute notre vie passe après leurs profits ! Voilà comment on pourrait résumer la situation aux États-Unis où certaines grandes entreprises commencent à suspendre les « cotisations employeurs » pour les retraites de leurs employés. Non content de faire prendre des risques aux travailleurs qui ne peuvent pas télétravailler, c’est aussi sur le dos des retraites qu’on veut leur faire payer les effets économiques de la crise sanitaire générée par l’épidémie de Covid-19. Le Krach boursier consécutif au ralentissement économique mondial a eu des effets dévastateurs sur plans de retraite d’entreprises : 619 milliards de dollars de perte à la mi-mars. Le taux de couverture des engagements des entreprises tombe ainsi en dessous du point critique atteint lors de la baisse de 2008 au début de la crise de Lehman Brothers.

Amtrak, l’entreprise ferroviaire publique aux États-Unis, Sabre, le fabriquant de logiciels ou encore Mattress Firm, spécialisé dans la literie, ont décidé de couper les cotisations patronales pour leurs employés alors même que ces cotisations sont très faibles du côté employeur (35% pour l’employeur, le reste à la charge du salarié). Le porte-parole d’Amtrak ne fait pas dans la dentelle quand il affirme que le groupe a « pris des mesures agressives afin de couper les coûts » dans le but de « minimiser l’impact pour le service et pour nos employés ». On pourrait ajouter que c’est surtout pour le service qu’ils ont pris ces mesures. En effet, le chantage à l’emploi fonctionne à plein ici aussi : si l’entreprise va mal alors les employés vont en subir les conséquences. La réduction des rémunérations des principaux dirigeants du groupe n’est qu’une mesure cosmétique qui masque la profonde inégalité entre le sort des salariés de base et celui des dirigeants qui ne souffriront pas vraiment de ce serrage de ceinture conjoncturel.

D’autres entreprises, telles que les grands magasins Macy’s ou la chaîne d’hôtel Marriott, ont décidé pour l’instant de reporter le paiement de ces cotisations. Mais pour combien de temps ? Tout laisse à croire que la situation empirant, les mesures se feront plus fermes et que les grandes entreprises ne pourront pas temporiser davantage pour conserver leurs profits. Mais la loi du capital est de leur côté et c’est donc avec la bénédiction du gouvernement qu’elles se livrent à ces premières mesures de restriction sur les retraites des travailleurs.

Plus généralement, ces mesures de suspension des cotisations patronales sont un mauvais présage pour les classes laborieuses car elles rappellent les mesures prises en 2008 lors de la crise économique. À l’époque, près de 20% des entreprises américaines avaient recours à ce type de suspension pour faire face aux effets de la crise économique. Avec la montée en flèche du chômage aux États-Unis en raison du confinement, le marché du travail, déjà très concurrentiel, pourrait en ressortir appauvri en terme de condition de travail pour les salariés. En effet, les taux de cotisations employeurs à la retraite étaient un argument d’embauche lorsque le chômage était bas. À présent, les entreprises impactées par la récession pourraient ne plus offrir les mêmes garanties, pourtant déjà bien basses. En somme, l’ensemble du marché du travail aux États-Unis en sortirait encore plus précarisé.

Pour les travailleurs, ces suspensions de cotisation sont une véritable catastrophe. Les conditions de départ à la retraites sont déjà très précaires pour nombres de salariés. Avec ces mesures, les travailleurs devront pendre leur retraite encore plus vieux et travailler encore plus longtemps pour les mêmes retraites de misère. Si ces mesures venaient à durer, des salariés pourraient en venir à abandonner leur plan retraite, les précarisant encore plus et renforçant encore plus la crise en favorisant l’épargne individuelle dans une période où l’économie capitaliste aurait besoin de relancer la consommation. En somme, les entreprises américaines jouent le tout pour le tout et sont prêtes à la politique du pire pour sauver leurs profits avant tout.

Un scénario qui peut provoquer des soubresauts dans la lutte des classes aux USA. D’après Paul Krugman, prix Nobel d’économie, il y aurait « Dix millions de chômeurs de plus en deux semaines, c’est 20 fois le taux normal, et ce chiffre est sous-évalué. En comparaison, 9 millions d’emplois avaient été perdus lors de la Grande Récession ».

Dans la réalité, cela ferait entre 13 et 15 millions de chômeurs en plus à cause de la crise du Coronavirus, si on ajoute à cela une remise en cause des retraites des travailleurs, et le nombre de morts qui pourrait atteindre les 200 000 selon l’un des conseillers de Trump, les capitalistes états-uniens devront faire face à une forte colère des masses laborieuses.

 
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