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4 de avril de 2020 Twitter Faceboock

Témoignage
Bouches-du-Rhône : l’appel à l’aide d’une auxiliaire de vie privée de masques

Emilie Gayet est auxiliaire de vie à Marseille. Depuis jeudi, les AVS ont été retirées de la liste des professions autorisées à se procurer des masques en pharmacie. Une décision incompréhensible qui met en péril les AVS et surtout leurs patients à risque. Nous publions sa lettre d’appel à l’aide.

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Crédit photo : Photo Nacho Doce. Reuters

Je m’appelle Emilie Gayet, je suis auxiliaire de vie à Marseille auprès des personnes âgées de plus de 80 ans et handicapées. Je travaille par le mode de gré à gré, c’est-à-dire que je suis employée directement par les gens dont je m’occupe, le Césu étant l’intermédaire. Je ne dépends donc pas d’une association.

Ce que je vous décris ici est certainement partagé par des milliers d’autres AVS qui sont dans la même situation que moi. Depuis l’arrivée du virus sur notre territoire, je suis confrontée, au même titre que de nombreux autres professionnels de la santé et du social, à une pénurie évidente de masques. J’ai joint à plusieurs reprise l’ARS (Agence Régionale de la Santé) pour chercher un moyen d’en obtenir... Au début on me répondait qu’on ne pouvait rien faire pour moi. Il faut savoir qu’on est référencées auprès des ARS lorsque l’on passe notre diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale.

Le vendredi 27 mars enfin une réponse positive de leur part. J’allais pouvoir obtenir quelques masques au compte-gouttes en pharmacie. Nous étions enfin, nous, AVS indépendantes aide à domicile, etc. sur la fameuse liste reçue par les pharmacies. Cette liste étant envoyée par l’ARS, on y trouve les métiers qui ont droit aux masques (médecins, infirmiers, pharmaciens). J’ai donc eu droit à 6 masques pour la semaine. Ce n’est certes pas suffisant mais c’est un bon début. Sachant que je travaille chez cinq personnes différentes du lundi au samedi, je vais devoir composer. Je me rassure en me disant que les masques vont arriver et que la situation va s’améliorer.

Aujourd’hui jeudi 2 avril, je recommence à faire mon habituel tour des pharmacies et on me dit que je n’y ai plus droit. Les directives ont changé, il semblerait que nous ayons été retiré(e)s de cette fameuse liste. Très surprise et dubitative j’appelle l’ARS qui me dit que je dois à présent appeler le Département pour en avoir. Ce que j’ai fait... J’ai même appelé la Région. Malheureusement, suite à la pandémie toutes les administrations sont fermées, il faut donc envoyer un email. Le système administratif français dans toute sa splendeur. Pour la communication descendante, là on sait faire. Celle ascendante par contre c’est moins sûr. Je ne suis même pas certaine d’avoir une réponse comme cela avait été le cas lors de mon premier email à l’ARS, car nous avions du mal à les joindre par téléphone. Donc pas de réponse, nous sommes laissé(e)s de côté sans pouvoir se référer à quelqu’un. Je cherche à comprendre et je n’ai aucun retour de qui que ce soit. Pour quelle raison sommes-nous supprimé(e)s des listes ?

J’en ai marre de devoir en permanence me battre pour protéger les gens chez qui j’interviens. Tout est beaucoup trop compliqué pour nous auxiliaires de vie indépendant(e)s. Je rappelle que nous sommes au plus près d’un public très fragile et donc à risque. Nous les manipulons, nous leur donnons à manger, nous les aidons à se nettoyer, nous les aidons à se déplacer, nous leur faisons leurs courses.... Nous sommes en permanence proches d’eux, dans mon métier, le geste barrière d’un mètre n’est pas applicable. Surtout pour les personnes atteintes de grande sénilité, de la maladie d’alzheimer, avec une motricité très réduite, des fonctions cognitives altérées. Mais bien sûr nous ne sommes pas prioritaires... alors pourquoi cette mise à l’écart ? Pouvons-nous être remis sur la liste des personnes ayant droit aux masques ?

Que dois-je faire ? Eh bien je continue de travailler sans masques, collée à eux et sans pouvoir les protéger et me protéger... je suis désespérée ! Mes patients ont peur et je ne peux pas les rassurer. Je ne peux pas non plus leur dire que je ne viendrai plus leur donner à manger ou les aider à se lever parce que je n’ai plus de masques.

Aidez-nous, aidez-les.

 
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