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La Izquierda Diario
4 de avril de 2020 Twitter Faceboock

#StopProductionNonEssentielle
La production continue chez Safran : « Des moteurs d’avions ne sont pas essentiels en pleine crise sanitaire »
Gabriel Ichenwiyen

Entretien avec Daniel Baqué, délégué syndical central CGT de Safran Helicoptères Engines (SHE), filiale du grand groupe industriel aéronautique Safran. L’entreprise emploie près de 4200 salariés sur différents sites en France. Il revient sur la situation dans son secteur, et sur la production qui continue de tourner malgré la crise sanitaire.

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RP : Quelle est la situation actuelle à Safran ?
 
DB : La boite a été fermée trois jours à partir du 18 mars jusqu’au 21. L’activité a repris progressivement le 23 mars il y avait environ une cinquantaine de personnes sur site. Les trois jours ont seulement servi à désinfecter et nettoyer les sites. La réouverture s’est faite avec un protocole d’entrée sur site assez complet avec prise de température individuelle avant l’entrée sur site, vigilance sur les symptômes etc. Depuis lundi 30 mars, plus de 200 personnes sont sur chaque site. Le protocole qui a été mis en place était à peu près tenable pour 50 personnes même si on constatait déjà des écarts sur ce protocole. Mais là avec 250 personnes c’est totalement intenable et le protocole est difficilement respectable. C’est impossible de continuer à travailler et de respecter les gestes barrières et la distance de sécurité. On est forcément exposés. Surtout quand dans certaines unités on est 7 ou 8 dans des espaces très réduits. On a donc déposé un Danger Grave et Imminent (DGI) qui permet aux salariés d’exercer leur droit de retrait. Le CSE a confirmé le DGI et a invalidé le protocole de sécurité et d’hygiène de la direction (sachant qu’un DGI est propre à chaque site et pas à la société toute entière). On a actuellement entre 20 et 30 personnes qui exercent leur droit de retrait.
 
Pour l’instant Safran ne tourne pas à plein régime bien que tous les sites soient ouverts. L’ensemble de personnel n’est pas sur site. Mais ils nous avaient annoncé qu’ils feraient plutôt des fins de gammes (terminer des pièces importantes en cours de fabrication/en cours ou fin de cycle) mais on se rend compte que c’est pas le cas et qu’on fait quand même de la production de pièces à zéro (pièces qui impliquent de commencer un nouveau cycle de production). Or ces pièces prennent au moins 1,5 mois/2 mois pour les terminer. On est tout simplement en train de redémarrer entièrement la production.
 
Pour l’instant, une partie des salariés est en télétravail, une autre a pu activer le chômage partiel mis en place par l’Etat ; et là Safran souhaite négocier un accord au niveau de tout le groupe comme ça a été fait chez Thalès pour pouvoir mettre en place des congés et faire rattraper à la reprise par des heures supplémentaires mais on connaît pas trop le contenu. Mais on peut regarder ce qui a été fait chez Thalès et c’est surtout récupérer et gratter tout ce qui est RTT pour que une fois la reprise faite et le retour à la normale, pouvoir tourner à plein régime voir en surrégime 5 jours sur 6.
 
RP : Face à cette reprise imposée malgré les risques élevés de contamination, quelles sont vos revendications ?
 
DB : Nous ce qu’on demande c’est une fermeture totale des sites. Parce qu’on fait des moteurs d’avions ou d’hélicoptères qui ne sont pas des pièces essentielles à la résolution de la crise sanitaire. On est en train de produire de nouvelles pièces qui sont pas essentielles du tout. Maintenant, on est prêts à faire des astreintes sur la réparation de moteurs ou de pièces d’hélicoptères sanitaires mais avec le pic qui arrive on refuse de mettre les salariés et leur famille en danger.
Surtout quand on voit la situation grave et tendue dans les hôpitaux qui sont en train d’être saturés, le matériel manque etc. Donc si on veut pouvoir éviter une propagation trop importante du virus il faut fermer les activités non-essentielles. La direction dit qu’on effectue des activités essentielles mais pour nous c’est pas le cas.
 
Au niveau du Covid-19, il y a eu quelques cas suspects. Suspect , c’est-à-dire présentant certains symptômes, car on ne peut pas vraiment savoir étant donné qu’il n’y a pas de tests à moins de présenter une insuffisance respiratoire. Ces cas sont à l’arrêt mais on ne peut jamais savoir avec la période d’incubation avant les premiers symptômes, sans compter les porteurs sains.
Face à tout ça la direction nous dit juste de nous laver les mains et de respecter la distance sociale de sécurité. Alors qu’arrêter la production permettrait de nous assurer d’éviter des cas graves chez les salariés et dans leur famille. Mais pour réussir à arrêter la production il faudrait qu’une majorité de salariés exerce leur droit de retrait.
 
RP : Quelle est la position de la direction ?

DB : Eux ils veulent maintenir la production coûte que coûte. Aucun site n’est fermé même les sites absolument pas essentiels continuent de tourner. Alors d’un côté on nous dit qu’il faut pas sortir, qu’il faut rester confiné, et de l’autre on continue la production dans des secteurs non-essentiels et on met en danger les salariés et leurs familles.
 
RP : Safran est dépendant de ses sous-traitants et de la chaîne d’approvisionnement, comment ça se passe de ce côté ?
 
DB : On a des fournisseurs qui sont fermés. Là on commence à être impacté même si on sait que les directions des sous-traitants et des « gros » (grosses sociétés comme Safran, Airbus etc) mettent la pression pour les réouvertures.
 
RP : Quel est le rapport de force entre les syndicats, les travailleurs et la direction ?
 
DB : Beaucoup ont peur d’aller travailler. Du coup il faut qu’on donne la possibilité aux salariés d’exercer leur droit de retrait. C’est le seul rapport de force qu’on a avec le DGI (danger grave imminent) et le droit de retrait. Pour l’instant on a pas encore décidé d’appel à la grève parce que c’est plus compliqué. On va tous les jours sur les sites entre élus CGT pour constater la situation.
D’un autre côté certains ont peur d’exercer leur droit de retrait pour ne pas être en porte-à-faux vis-à-vis de leurs responsables et de la direction. D’ailleurs la direction et certains responsables jouent la désinformation en disant à certains que le DGI avait été retiré (danger grave et imminent qui aide au rapport de force pour l’exercice du droit de retrait). Il y a de l’intox du côté des managers. Certains sont en colère et font valoir leur droit de retrait.

Pour tout savoir sur le droit de retrait : « Se défendre face à sa direction en temps de crise » et « Pour réussir à faire fermer son usine, le droit de retrait doit être une bataille collective »

Crédits photo : C. Abad -Safran

 
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