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La Izquierda Diario
4 de avril de 2020 Twitter Faceboock

#StopProductionNonEssentielle
Dictature patronale. Ils veulent nous faire reprendre, imposons la fermeture des entreprises non essentielles !
Mahdi Adi

Alors que l’épidémie continue à faire des centaines de morts et que les spécialistes de santé s’accordent sur la nécessité de fermer les entreprises non essentielles pour stopper la propagation de l’épidémie, gouvernement et patronat organisent sans scrupules la reprise du travail.

Link: http://www.revolutionpermanente.fr/Dictature-patronale-Ils-veulent-nous-faire-reprendre-imposons-la-fermeture-des-entreprises-non

La propagation de l’épidémie en France similaire à celle de l’Italie

 
Au moins 4.503 décès dus au coronavirus sont à compter en France, dont 471 ces dernières 24 heures. La courbe d’évolution de l’épidémie suit – avec neuf jours de retard – le chemin de celle du voisin italien qui dépasse aujourd’hui les 13.500 morts, et qui avait déjà atteint presque 1.000 morts par jour lors du pic de l’épidémie la semaine dernière.
 

 
Courbes comparatives par pays de l’évolution du nombre de cas détectés de Covid-19 par jour (en haut), et au total (en bas)
 

 
Courbe comparative par pays de l’évolution du nombre de morts du Covid-19 par jour (en haut), et au total (en bas)
 
En Italie, c’est dans la région la plus industrialisée du pays, la Lombardie, que s’est concentré le principal foyer de contamination, avec plus de la moitié des décès. Un fait qui n’est pas sans rapport avec maintien de l’activité des entreprises non essentielles à la lutte contre l’épidémie pendant toute la période de propagation de l’épidémie. Les usines se sont ainsi transformées en véritables clusters (« foyer de contamination »), à l’instar de la province de Bergame où le patronat a imposé le maintien de la production au frais des travailleurs, puisque c’est une des régions la plus touchée par l’épidémie avec plus de 1.000 morts du coronavirus.
 
Face à la propagation de l’épidémie, le président du Conseil, Giuseppe Conte, avait pourtant promis samedi 21 mars la fermeture des « entreprises non essentielles », à l’exception, donc, de l’agro-alimentaire, de l’énergie, de l’industrie pharmaceutique et des transports, notamment. Mais le patronat italien, en particulier la Confindustria, a maintenu la pression, et en quelques heures seulement, le gouvernement rajoutait plusieurs alinéas au premier article de son décret, prévoyant des dérogations pour « les activités fonctionnelles à la continuité des activités (…) essentielles » ainsi que pour les « secteurs d’importance stratégique pour l’économie ». Une formule quasiment dictée par Vincenzo Boccia, président de la Confindustria, pour ordonner aux salariés de reprendre le travail en pleine pandémie dans les secteurs de l’armement, de l’aéronautique, de l’électroménager, de l’industrie pneumatique, de larges portions du secteur textile, du BTP et une bonne partie du secteur mécanique, métallurgique et sidérurgique. Finalement, c’est la grève débutée le 25 mars, sur fond de colère sociale face à un patronat déterminé à envoyer les travailleurs à l’abattoir, qui a imposé au gouvernement de publier un décret bis《 étendant à nouveau le nombre de secteurs d’activité pouvant s’arrêter jusqu’au 3 avril 》en même temps qu’elle a montré à quel point le gouvernement aux ordres du grand patronat est prêt à envoyerles ouvriers à l’abattoir.
 
En France, tout montre aujourd’hui que la crise sanitaire prend le chemin de celle empruntée en Italie. D’abord la propagation de l’épidémie reste largement sous-estimé dans l’hexagone, et rend probable une explosion de cas dans les jours et semaines à venir. En effet, le décompte du nombre de morts officiellement dus au coronavirus ne prend par exemple en compte que les chiffres remontés par 1.700 EHPAD (au moins 884 morts), alors que l’on compte pas moins de 7.000 établissements de ce type dans toute la France. De plus le nombre de tests de dépistage réalisés reste faible puisque selon BFM TV on n’y teste que 15 personnes sur 10.000 contre 78 en Corée du Sud et 80 en Allemagne.

Ensuite, de même qu’en Italie, les zones les plus touchées par l’épidémie correspondent aux régions avec l’activité économique parmi les plus denses, notamment l’Île-de-France et le Grand Est.

source : https://mapthenews.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/5df19abcf8714bc590a3b143e14a548c 
 

Le patronat peut compter sur le gouvernement pour imposer le maintien et le redémarrage de la production non essentielle

 
Pourtant, à l’instar du patronat italien, le président du MEDEF français, Geoffroy Roux de Bezieux, affirmait dans un courrier adressé aux chefs d’entreprise en date du 19 mars cité par La Tribune que « nous devons assurer la continuité de l’activité dans les domaines vitaux bien sûr, mais aussi dans tous les domaines connexes, puisque notre économie est intégrée et les secteurs interdépendants les uns des autres », exhortant ainsi à la reprise du travail. Une antienne reprise par les fédérations locales de l’organisation patronale, telle que celle du département de La Manche (50) où son président Gildard Beuve appelle à ce que « la machine économique continue à produire […] dans les domaines vitaux (industrie du médicament, énergie, agro-alimentaire, transports, gestion de l’eau et des déchets, maintenance des hôpitaux,…), mais aussi dans tous les domaines connexes (chaîne du froid, logistique, mécanique, emballage). » En menant des opérations communications autour de la fabrication à très petite échelle – bien loin de l’ampleur des besoins – de respirateurs pour soutenir les hôpitaux en pénurie de matériel, ou encore de pièces détachées pour les ambulances, des grands groupes industriels comme PSA tentent ainsi de justifier le redémarrage des usines temporairement fermées et le maintien de l’activité dans celle qui n’ont jamais cessé de produire, comme à Vesoul où au moins 128 salariés présentent aujourd’hui des symptômes du Covid-19, soit 10% des effectifs.
 
Et c’est avec la bénédiction du gouvernement que le patronat met la pression pour imposer le redémarrage des entreprises non essentielles. En effet, La Tribune rapporte que la ministre du Travail Muriel Pénicaud a présenté ce mercredi en Conseil des Ministres une nouvelle série d’ordonnances avec comme mesure phare l’instauration d’une prime défiscalisée de 2.000€ pour les travailleurs qui continuent à pointer en temps de pandémie. Ainsi tout est fait pour imposer la reprise du travail en cherchant à faire porter la responsabilité des futurs contaminés aux médecins du travail en les autorisant à distribuer des arrêts maladies, et en les excluant le plus possible d’un droit de regard sur les décisions prises par l’employeur en permettant aux CSE (Comité Social et Economique, dans les entreprises) de se tenir par visioconférence voir par messagerie instantanée.
 
Pendant ce temps, sur les ondes de France Info, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger a appelé dès le 11 mars à faire « faire confiance » au gouvernement dans la gestion de la crise, et s’est contenté de demander « des garanties » à la ministre du Travail au nom du « dialogue social », concernant les ordonnances sur les 60 heures et les RTT mises en place après le vote de la loi d’urgence sanitaire.

D’autre part, dans la métallurgie les patrons ont pu compter sur la bienveillance de Force Ouvrière pour imposer la reprise du travail. L’organisation syndicale a en effet signé un communiqué commun avec l’UIMM (Union des Industries et des métiers de la métallurgie, organisation patronale membre du MEDEF), la CFDT et la CFE-CGC appelant à restaurer la production dans les usines en pleine pandémie, alors que les ouvriers devraient pouvoir rester confinés plutôt que s’exposer aux risques de contamination en allant produire des pièces de voiture ou d’avion et « sauver l’économie » au profit du patronat.
 

Le patronat et le gouvernement sont déterminés à faire du profit au risque de propager l’épidémie, imposons la fermeture des entreprises non essentielles !

 
Ce jeudi 2 avril, Philippe Martinez (CGT), Eric Beynel (Union Syndicale Solidaires), Aurélie Trouvé (ATTAC), et Nicolas Girod (Confédération Paysanne) ont signé une lettre ouverte adressée à Muriel Pénicaud, aux côtés de responsables associatifs, de chercheurs et d’intellectuels. Ils y pointent la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement, notamment les messages contradictoires envoyée à la population sommée de rester confinée tout en étant obligée d’aller travailler, et appellent à suspendre le travail en demandant au gouvernement de dresser une liste des activités non essentielles , en prenant pour modèle le gouvernement italien.
 
Si en vertu de l’exemple italien on ne peut qu’être d’accord avec la préoccupation de stopper la production non essentielle pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19, la démarche visant à ériger en exemple le gouvernement de Giuseppe Conte qui a continué à envoyer les ouvriers au travail en dépit des risques avérés de contamination interroge. De même, que demander au gouvernement Macron, qui n’a eu de cesse de casser les droits des travailleurs ainsi que le système de santé public, de dresser une liste des activités non essentielles « en concertation avec les syndicats et en respectant la volonté et les droits sociaux des salarié.es », surtout après avoir fait le constat que ce même gouvernement agit main dans la main avec le patronat pour organiser le redémarrage des usines et la reprise du travail dans les entreprises dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, ou encore du BTP, pourtant clairement pas essentiels à lutte contre l’épidémie. Une logique d’interpellation bien loin de s’élever à la hauteur des enjeux pour construire le rapport de force nécessaire pour faire plier Macron et le patronat.

La nécessité de fermer les entreprises non essentielles pour lutter contre la propagation de l’épidémie apparaît pourtant clairement à de nombreux travailleurs, aux soignants, et à la population qui en prend de plus en plus conscience comme l’a montré la réussite de la campagne #StopProductionNonEssentielle initiée par Révolution Permanente, mais aussi les nombreux droits de retrait exercés par les salariés dans l’industrie. C’est à cette colère qui gronde contre les patrons qui veulent imposer la reprise du travail, qu’il faut aujourd’hui proposer un plan d’action collectif pour que les travailleurs puissent décider eux-mêmes, en toute indépendance du patronat et du gouvernement, par la mise en place de comités d’hygiène composés de travailleurs, de spécialistes de santé, et d’usagers, de ce qui est essentiel ou pas, et pour imposer au gouvernement et au patronat de fermer les entreprises non-essentielles.

 
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