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La Izquierda Diario
6 de avril de 2020 Twitter Faceboock

Tournant mondial
Notes sur la situation internationale à l’heure de la pandémie de Coronavirus
Philippe Alcoy

Le Covid-19 est en train de modifier profondément la situation internationale dans un sens pluridimensionnel. Plusieurs dangers menacent la classe ouvrière mais aussi plusieurs opportunités s’ouvrent pour une remise en cause radicale de ce système qui nous amène à la barbarie.

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Nous revenons ci-dessous sur plusieurs aspects de la crise actuelle au niveau international. Il ne s’agit pas d’une analyse exhaustive de la situation mondiale mais de tenter d’avancer quelques éléments qui peuvent nous permettre de prévoir l’évolution de certaines dynamiques de la crise.

La crise sanitaire continue de se répandre

La crise sanitaire continue de se répandre dans le monde. Malgré des signaux d’une certaine maîtrise précaire de la situation en Italie, l’épidémie semble loin d’être sur la fin. Et la mauvaise nouvelle de ces derniers jours c’est que des pays d’Asie, qui apparaissaient comme ayant maîtrisé la propagation du virus, certains apparaissant même comme un « modèle » pour les autres pays, commencent à avoir de nouveaux cas. Ces nouveaux cas semblent être la conséquence du retour de certains citoyens et l’arrivée de visiteurs depuis l’étranger. Singapour est l’un des exemples les plus importants en ce moment. Dans ce pays, les autorités avaient réussi à éviter d’appliquer des mesures de confinement massif et ainsi de mettre à l’arrêt l’économie ; cependant, elles viennent de décréter la fermeture des écoles après un nouveau pic de contaminations.

De ce point de vue, il est très probable que les mesures de confinement se prolongent là où elles sont déjà appliquées. En même temps dans d’autres pays où l’on n’avait jusqu’à présent pas imposé ce type de mesures, on commence à les mettre en place, au moins partiellement. Cela veut dire que le « déconfinement » dans les pays les plus touchés est remis en question, ou tout du moins les perspectives les plus optimistes de déconfinement. Et cela même dans le cas de le faire en appliquant des « politiques agressives », comme les tests massifs, car à moins de fermer complètement les frontières ou d’appliquer des mesures de confinement très strictes à l’égard de toutes les personnes voyageant depuis des régions touchées durement par la le virus, un retour de nouveaux cas semble presque inévitable (comme le cas de l’Asie semble l’indiquer).

Même dans le cas d’une hypothétique accalmie de l’épidémie dans l’hémisphère nord grâce à l’arrivée de l’été, rien ne peut garantir qu’il ne reviendra l’hiver suivant. Parallèlement, le Covid-19 pourrait se propager fortement dans les pays plus pauvres de l’hémisphère sud, ce qui en soit pourrait être une catastrophe (plus que ce que la pandémie est en train de faire encore dans certains pays comme l’Equateur) mais aussi une source d’entretien de la pandémie.

Bouleversements de l’économie

Cette situation va approfondir les bouleversements économiques. Il est complètement illusoire de penser qu’avec la moitié de la population mondiale confinée, avec des entreprises fermées ou tournant au ralenti, avec des récoltes mises en danger par manque de main d’œuvre, entre autres, l’économie sortira indemne de cette crise sanitaire. En réalité, on est juste devant une crise qui va être très dure. Le chômage est en train d’exploser à travers le monde. Cela est en grande partie dû aux mesures prises par les gouvernements, mais après le retour de l’activité il est très probable qu’une grande partie de ces chômeurs ne retrouve plus de travail. Des entreprises et des banques vont sans aucun doute faire faillite (probablement aussi parmi les plus grosses). L’économie mondiale était en effet déjà en train de lutter contre plusieurs problèmes.

Concernant la production, il va être difficile de la relancer très rapidement étant donné que certaines chaînes d’approvisionnement sont interrompues. Par exemple, même pour fabriquer des masques ou des tests il commence à manquer des matières premières, à tel point que les grandes puissances se livrent à des « méthodes de pirates » pour se procurer des masques, des respirateurs et autres produits sanitaires nécessaires à la lutte contre la propagation du Covid-19. En ce sens, l’Allemagne et d’autres pays ont accusé les Etats-Unis de détourner des cargaisons destinées à d’autres pays, soit à travers des formes de réquisition, soit en offrant des sommes plus importantes pour les cargaisons.

A cela il faut ajouter la crise autour de la « guerre du prix du pétrole », qui a commencé indépendamment de la pandémie mais qui aujourd’hui avec les mesures de confinement et une chute de 40% de la demande de pétrole met en danger tous les producteurs. Ainsi, face au risque de « tout perdre », aussi bien l’Arabie Saoudite que la Russie et les Etats-Unis semblent être en train de mettre de l’eau dans leur vin. Cependant, rien ne peut garantir la réussite des tractations en cours.

Risques sur l’approvisionnement d’aliments

Une autre question qu’il faut prendre au sérieux c’est l’approvisionnement d’aliments et le risque qui se pose notamment pour les pays dépendants des importations et les pays les plus pauvres. Dans la presse les analyses sur le sujet ont commencé à se multiplier notamment après que l’OMS, la FAO et l’OMC aient publié un communiqué commun alertant sur les dangers qui pesaient sur l’approvisionnement d’aliments au niveau international.

Même si la plupart des analystes estiment que pour le moment il ne semble pas y avoir un risque très grand de pénurie, tous se posent la question de savoir : a) si les mesures de confinement vont se prolonger, b) si les Etats vont appliquer massivement des mesures protectionnistes. Dans ce cas, il est plus que certain que l’on se dirige vers une pénurie d’aliments, à commencer par les pays de la périphérie capitaliste et dépendants des importations de denrées alimentaires, mais le problème pourrait également se poser pour les pays impérialistes. Ces craintes se sont renforcées notamment par le fait que par exemple des pays producteurs de riz on déjà imposé des restrictions aux exportations : Vietnam, Inde, Birmanie (des Etats parmi les six principaux exportateurs de riz mondiaux).

Du fait que le monde est aujourd’hui beaucoup plus urbain qu’il y a 50 ans ou que lors de la seconde guerre mondiale, la question du manque d’aliments pourrait être fatale pour les pays tant du centre que de la périphérie du capitalisme.

En ce sens, pour la classe ouvrière et pour les classes populaires à une échelle planétaire se pose la question de l’expropriation sous contrôle ouvrier des entreprises du secteur agro-industriel pour assurer la production d’aliments pour toute la population. Mais pour éviter que des logiques nationalistes et protectionnistes débouchent sur la faim pour des millions de personnes à travers le monde, la production doit être planifiée, les travailleurs doivent avoir le contrôle sur le commerce extérieur et des comités de travailleurs et de consommateurs doivent contrôler les prix pour éviter la spéculation.

Des puissances impérialistes plus agressives

On voit que toute cette situation est déjà en train d’accentuer l’agressivité de l’impérialisme. Dans un moment où la pandémie Covid-19 exige des formes de coordination globale pour endiguer la propagation du virus mais aussi pour éviter un immense bouleversement du fonctionnement de l’économie mondiale, des chaines d’approvisionnement et même de l’assistance aux pays les plus dévastés et plongés dans la misère, les puissances impérialistes (elles-mêmes engluées dans la crise) vont accentuer la pression sur les pays semi-coloniaux. Cette accentuation de la domination impérialiste sur la périphérie capitaliste répond en partie au besoin de résoudre les crises sociales, économiques et même politiques à l’intérieur de leurs propres frontières. Evidemment, cela va être combiné avec des attaques contre les acquis des classes populaires dans les pays impérialistes, comme on est déjà en train de le voir.

Dans ce contexte il est très probable que l’oppression impérialiste, l’ingérence, et même l’intervention directe dans les pays semi-coloniaux s’accentue. Le cas du Venezuela est le plus clair : les Etats-Unis sont en train de menacer le régime vénézuélien directement avec leur armée en envoyant des navires de guerre et des troupes supplémentaires dans la région des Caraïbes. A cela il faut ajouter qu’il y a quelques jours les Etats-Unis accusaient le président vénézuélien Maduro et de hauts dirigeant du gouvernement de trafic de drogues, offrant une récompense pour toute aide à le capturer. Le tout dans un contexte de blocage et de pression économique qui a forcé l’entreprise russe Rosneft à cesser ses activités dans le pays.

Du côté de l’impérialisme français, le gouvernement a annoncé le redéploiement de navires de guerre dans ses possessions militaro-coloniales dans l’Océan indien et dans la région Caraïbes-Amérique latine. Ce redéploiement militaire, notamment dans les Caraïbes, répond sans doute à ces mouvements de l’armée nord-américaine, il est possible que la France ait eu des informations sur les plans de Washington. Ce qui est certain c’est que dans un contexte international de plus en plus tendu, les puissances impérialistes non seulement vont augmenter leur pression sur les pays dominés mais vont protéger leurs positions contre les ambitions des puissances concurrentes.

Et la concurrence entre les puissances mondiales ?

En effet, si l’on parle d’accentuation de l’agressivité de l’impérialisme, on ne peut pas éluder la question de la concurrence entre les puissances impérialistes et autres puissances mondiales telles que la Chine. Même si tout le monde voit clairement la rivalité et les frictions entre les Etats-Unis et la Chine, ce qui commence à se voir de plus en plus clairement c’est la concurrence acharnée entre les Etats-Unis et l’Allemagne. Si la crise économique, sanitaire et sociale s’accentue au niveau mondial on risque de rentrer dans une période de conflits inter-impérialistes toujours plus forts, ce que l’on n’avait pas vu depuis très longtemps.

L’Union Européenne (UE) mérite une mention à part. Elle est en train de montrer ses failles, de voir réapparaitre de façon aiguë les contradictions nationales en son sein. La crise sanitaire est en train d’approfondir les faiblesses économiques des pays du sud du continent, ce qui crispe les tensions entre les différents gouvernements. Il est très probable qu’après la crise du Covid-19 l’UE soit soumise à une forte pression, pouvant aller jusqu’à la remise en cause de ses contours actuels, voire son existence même.

Enfin, une autre caractéristique de la situation internationale actuelle concernant les grandes puissances c’est que la crise du Covid-19 est en train d’exposer devant les yeux de tout le monde l’une des caractéristiques fondamentales de l’impérialisme : la lutte pour les ressources naturelles et les matières premières. Ce n’est pas que cette concurrence avait disparu, mais elle prenait des formes plus « atténuées » (tout du moins sur la forme) et donc n’était pas exposée aussi explicitement auprès du « grand public ». Aujourd’hui, les puissances mondiales sont en train de se disputer des masques, des respirateurs, des matériels sanitaires. Imaginez si ce qui arriverait si on venait vraiment à manquer d’aliments !

De grands évènements de la lutte de classes à venir ?

Dans ce contexte il faut aussi se préparer à de grands évènements de la lutte de classes. Les désastres sanitaires dans les pays impérialistes, conjugués aux désastres économiques, sont en train d’exposer les inégalités, les divisions de classe, mais aussi l’importance des travailleurs précaires pour le fonctionnement de la société. Les effets économiques de la crise et notamment les conséquences des mesures pour lutter contre le virus vont se faire sentir fortement parmi les travailleurs, précisément les plus précaires. A cela il faut ajouter le mécontentement accumulé dans les services hospitaliers et dans tout le secteur sanitaire, dans pratiquement tous les pays. Tout cela laisse présager d’un niveau de lutte de classes très important à l’issue des mesures de confinement.

La France qui a vu de fortes contestations sociales avec les Gilets Jaunes et la lutte contre la réforme des retraites pourrait se trouver parmi les pays impérialistes avec un fort niveau de lutte de classes et de contestation sociale. Le gouvernement de Macron se trouve dans une situation très délicate où de moins en moins de gens lui font confiance pour gérer la crise, sans mentionner les contre-réformes dans le secteur de la santé que son gouvernement a appliquées. L’Italie est l’autre pays européen où l’on peut s’attendre à une très forte contestation sociale, non seulement par l’ampleur de la crise mais aussi par le manque de solidarité dont ses « partenaires » européens ont fait preuve. Mais nous ne pouvons pas oublier que la crise sanitaire et économique est en train de mettre à l’épreuve la principale puissance mondiale, les Etats-Unis. Dans ce pays le Covid-19 est en train d’exposer violemment les inégalités et la pauvreté dans laquelle vivent des millions de ses citoyens. Les capitalistes et le gouvernement nord-américain sont conscients de la possibilité de grands affrontements de classes dans la nation la plus riche au monde. L’autre pays que l’on ne peut pas oublier c’est la Chine qui, malgré une forte propagande autour de sa lutte contre l’épidémie, doit encore montrer comment elle fera face au ralentissement de son économie.

Mais si nous avons évoqué une plus grande agressivité de la part des puissances impérialistes, nous devons pointer que les pays semi-coloniaux et dépendants seront soumis à une forte pression de la lutte de classes. Ces pays ont beaucoup moins de ressources pour contenir la misère et les conséquences économiques et sociales des mesures de confinement. A cela il faut ajouter que les impérialistes vont faire pression sur les gouvernements pour augmenter exploitation mais ils vont également très probablement délocaliser certaines productions et rapatrier des capitaux, ce qui sera dévastateur pour les économies sous-développées.

Un avant et un après le Covid-19

On est au début d’un changement (ou plutôt de plusieurs changements) important dans le monde. Pour le moment on peut faire des pronostiques sur la situation et son évolution en analysant les dynamiques sous-jacentes. Peut-être que la pandémie pourra être maîtrisée dans quelques mois et que la bourgeoisie réussira à éviter que la situation lui échappe complètement des mains, réduisant en même temps les risques les plus importants de grands affrontements. Cependant, ce qui est sûr c’est que le monde d’avant-Covid est fini. On ne peut pas encore s’aventurer et dire dans quelle mesure le monde va changer, mais il va changer ; les rapports de forces internationaux vont se modifier ; les rapports entre les classes aussi. La question sera également de savoir quel sera le degré de violence de tous ces changements, car rien ne se fera de façon pacifique.

C’est pour cela que la classe ouvrière, aux côtés de l’ensemble des classes exploités et des opprimés, doit s’organiser en défendant une politique de classe, non seulement au niveau national mais surtout au niveau international, une organisation, une politique et un programme profondément anti-impérialiste pour renverser tout ce système qui nous mène aujourd’hui plus que jamais à la barbarie. Cela est d’autant plus important pour le mouvement ouvrier dans les pays impérialistes dont les capitalistes seront particulièrement violents et nocifs. La situation de crise globale actuelle montre comme jamais le besoin de construire une organisation internationale, communiste et révolutionnaire, des travailleurs et des opprimés.

 
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