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La Izquierda Diario
8 de avril de 2020 Twitter Faceboock

Confinement autoritaire et raciste
Témoignage d’un étudiant espagnol : « sanctionné pour mon accent »

« Ceci est mon témoignage d’un contrôle policier honteux que j’ai subi, il y a deux semaines à Bordeaux : il révèle le racisme d’État en France, exacerbé par les dérives répressives d’un confinement de plus en plus autoritaire. »

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Pourquoi ai-je été contrôlé ? A première vue, car « le skate n’est pas un sport », mais aussi et surtout, parce que j’avais une « attitude » selon les deux policiers qui m’ont contrôlé. Attitude, qu’ils n’ont pas pu m’expliquer, ou me caractériser, d’ailleurs. A côté de ça, (et ce qui explique, je pense, en partie la deuxième raison de mon amende) le fait d’avoir un accent veut, apparemment, dire pour les policiers, que je ne comprends pas ce qu’ils me disent. Alors que j’ai insisté en disant plusieurs fois que je comprenais tout quand ils me parlaient en français, en expliquant que je le parle couramment et que j’ai une double nationalité (dont la française), l’un des contrôleurs a jugé nécessaire me parler en espagnol. Il a justifié son comportement, irrespectueux et raciste, du fait que je n’avais « pas l’air intéressé ». 

Pour remettre les faits dans le contexte : après une semaine confiné, je suis sorti pour faire un peu d’exercice, à trois minutes de chez moi, le 20 mars à 14h. En sortant, comme je n’ai ni la télé, ni d’imprimante, j’ai suivi les mesures que le gouvernement a annoncé en préparant, sur mon portable, l’attestation sur honneur afin d’être dans les règles. Je vis seul et j’ai suivi les consignes des sites gouvernementaux : avoir, sur soi, son attestation qui, selon moi et beaucoup d’autres je pense, peut être matérielle ou non. De plus, dans la loi, rien n’était indiqué sur l’obligation de l’aspect physique du document. Cependant, en expliquant ceci pendant le contrôle, un des policiers me répétait que ce n’était pas son problème, juste avant de me dire qu’en plus, je sors du « cadre justificatif » car ce que je faisais, selon la policière, n’est pas un sport, alors que le skate est représenté aux JO. 

En parallèle, pour ces deux contrôleurs, poser des questions veut dire, sans doute, avoir une attitude, chose que l’on m’a répété plusieurs fois pendant le contrôle, et qui a, en parti, justifié le fait que l’on me parle dans une autre langue. C’est super de savoir qu’un étudiant de 20 ans en sociologie, en France, pendant une période de crise sanitaire sans précédent, ne puisse pas poser de questions pour comprendre une situation injuste, où il subit un contrôle raciste et répressif.

Être courtois, suivre et respecter les règles officielles, céder à leurs demandes, grosso modo être un bon citoyen, ne m’a pas sauvé de cette injustice. Ils ignoraient constamment mes questions après qu’un des contrôleurs ait noté des informations à mon sujet, alors qu’elles étaient déjà écrites dans mon attestation, qu’ils n’ont regardé qu’après.

 A la fin, après mes multiples excuses à propos de mon « attitude » (qu’ils ne m’ont toujours pas clairement expliquée) et mon manque de connaissance sur la nouvelle modalité de déplacement, le policier me dit, encore une fois, que si je reçois cette amende, c’est plutôt pour sanctionner mon attitude et qu’il m’offrait, de ce fait, une « pédagogie ». 

Je suis encore étonné du manque de diffusion médiatique et de clarté d’informations officielles de la part du gouvernement français, qui applique un confinement autoritaire et déploie les forces de l’ordre dans tout le pays, mais ne précise pas correctement les modalités de déplacements. Toutefois, je comprends clairement que cela n’a pas été la seule raison pour laquelle j’ai été sanctionné, les deux adolescents qui skataient à côté de moi, n’ont rien subi de pareil, leurs attestations n’ont même pas été contrôlées. Le fait que le skate est hors du « cadre justificatif » est un prétexte. Ces deux policiers s’en sont prit à moi en ayant des comportements racistes, car l’institution policière fonctionne comme cela. L’attitude dont ils parlent, en gardant un flou sur sa définition, démontre que c’est un contrôle répressif dû à ma nationalité, à mon accent, et non à mon attestation immatérielle ou à la pratique du skate. 

Pour résumer, selon eux, pratiquer le skate c’est automatiquement sortir du « cadre justificatif », qui s’ajoute, dans mon cas, mais aussi de plusieurs autres, à des stigmates que la police, de toute évidence, cible. Aussi, poser des questions pour comprendre ce qu’il se passe, ça explique, en somme, une amende, puisque ça fait parti du fait d’avoir une attitude, qui est une excuse pour justifier un contrôle infondé. Et enfin, mais le plus important et ce qui explique, presque totalement, mon contrôle : avoir un accent, c’est ne pas comprendre le français et donc ça justifie que l’on me parle dans une autre langue et que je sois victime de racisme de la part des policiers. 

Je dénonce fortement le comportement irrespectueux, injuste mais surtout raciste, de ces contrôles, en espérant que ce témoignage pourra apporter du soutien à ceux qui ont subi des contrôles semblables, mais aussi de la répression policière, en prouvant qu’ils sont loin d’être seuls et qu’une réelle discussion autour des ces questions est possible.

Crédit photo : © ERIC GAILLARD

 
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