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La Izquierda Diario
10 de avril de 2020 Twitter Faceboock

Deux poids deux mesures
Nouveau cadeau pour les flics : Castaner demande la reconnaissance du Covid comme maladie professionnelle
Joachim Valente

Les flics sont toujours bien soignés par l’Etat. Jeudi, Castaner a demandé que les personnels du ministère de l’Intérieur bénéficient des avantages de la maladie professionnelle en cas d’infection par le coronavirus. Dans l’alimentation, les salariés peuvent encore attendre...

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Jeudi, Christophe Castaner a demandé, devant les députés, que le Covid-19 soit reconnu comme maladie professionnelle pour le personnel du ministère de l’intérieur. Pour ceux qui sont en contact avec le public, le lien doit être présumé selon la demande du ministre, c’est-à-dire que l’enquête doit considérer que la contamination a eu lieu au travail. Pour l’instant, 1400 fonctionnaires de l’intérieur seraient contaminés. Si dans la santé, le ministre a promis, le 23 mars, d’appliquer ce traitement à tous les travailleurs et travailleuses peu importe leur statut (l’application pratique reste encore à concrétiser...), tous les autres secteurs de la prétendue « deuxième ligne » qui sont exposés au quotidien comme dans l’alimentaire ou dans toutes les usines et commerces non-essentiels qui rouvrent (de PSA à la Fnac en passant par Amazon) peuvent encore attendre.

On sait l’Etat plus que disposé à choyer ses forces de répression. Elles sont d’ailleurs particulièrement rentables dans la période puisqu’après la stratégie de l’inaction, le gouvernement a décidé d’agir de la manière forte face... à la population. Le retard pris, non seulement dans les mesures de confinement mais dans tout le reste sauf dans la destruction du système de santé et du Code du travail, a été compensé par un saut dans l’autoritarisme et un confinement qui, s’il est de fait rendu nécessaire, a été appliqué de la manière la plus autoritaire qui soit. Avec les amendes pour commencer, le nombre de verbalisations s’élève autour de 600.000 depuis le début du confinement (pour un tarif de base à 135€ mais qui peut augmenter, cela représente a minima 80 millions d’euros), les mesures de couvre-feu prises dans de nombreuses localités, la criminalisation perpétuelle des quartiers populaires pour justifier le défoulement de violence de la police et de la gendarmerie et même désormais le recours à l’armée notamment dans les colonies.

Car, hors temps de pandémie, et a priori, particulièrement après celle-ci, la police va être la première ligne de la bourgeoisie et de son État face à de possibles explosions de la lutte des classes, y compris venant de ceux qui sont absolument indispensables à la société, premières lignes d’aujourd’hui face au virus et qui en payent le prix, bien qu’ils soient particulièrement mal payés. L’usage de la police pour réprimer les mobilisations est devenu de plus en plus clair pour beaucoup depuis 2016 mais cela est devenu tout simplement indéniable au plus fort du mouvement des Gilets jaunes. La bourgeoisie en a tout à fait conscience et elle ne parvient pas à se sortir de cette défiance et de cette colère qui explose de plus en plus régulièrement, et ce n’est pas leur volonté de faire rouvrir le plus rapidement possible leurs usines qui va arranger les choses. C’est aussi par là qu’il faut comprendre que les stocks de grenades lacrymogènes sont encore pleins quand ceux de masques sont vides depuis des années. Rappelons aussi les manifestations policières aux alentours de l’Elysée (cagoulés et armés !), juste après la mobilisation de la Loi Travail en 2016 suite auxquelles Hollande avait relancé un plan de plusieurs centaines de millions d’euros et accédé aux revendications sur la légitime défense, de même les primes de Noël pour les CRS pendant le mouvement des Gilets jaunes, l’habile écartement des policiers et des matons de la réforme des retraites, les créations de postes quand la santé en perdait et les largesses permises par l’état d’urgence devenu état de fait.

Aujourd’hui c’est un nouveau cadeau que le gouvernement veut faire aux forces de répression. Pourtant, les syndicats des secteurs qui sont encore ouverts et même depuis la semaine dernière l’Académie Nationale de médecine revendiquent que les secteurs essentiels (alimentation, transports,...) bénéficient aussi de cette reconnaissance en maladie professionnelle. Celle-ci permet tout d’abord la prise en charge à 100 % par la sécurité sociale de tous les frais de santé, d’indemnités en cas de séquelles et d’une rente couvrant une part importante du salaire pour les ayants droit en cas de décès. De plus, durant la période d’arrêt, les indemnités journalières sont majorées par rapport à un congé maladie, et cette période est comptée dans l’ancienneté et dans l’avancement de carrière

« Dans tous les secteurs, la responsabilité des employeurs est de protéger au mieux la santé de leurs employés » souligne l’Académie nationale de médecine. Ces recommandations font dramatiquement écho à la situation à laquelle sont livrés les conducteurs de bus ou de métro, que ce soit à la RATP ou dans des entreprises locales comme Tisséo à Toulouse, où les consignes sanitaires ne sont absolument pas respectées que ce soit en termes de matériel donné aux salariés ou de nettoyage des postes de travail.

Et que dire de toutes ces entreprises qui obligent leurs salariés à retourner au travail pour des activités loin d’être essentielles pour résoudre la crise (ce qui tend par ailleurs à remplir les transports), les patrons ne voyant pas le nombre de morts quand il s’agit de vies ouvrières, mais voyant ses profits fondre comme neige au soleil lorsque ceux qui produisent les richesses sont confinés à la maison. Reconnaîtra-t-on aussi l’infection comme maladie professionnelle ? Ou alors le patronat s’emploiera-t-il à démontrer, comme il le fait depuis des années pour ne pas reconnaître le burn-out, ou pour se laver les mains du suicide d’un salarié, que cela n’a rien à voir avec le travail et que cela vient sûrement du contexte familial. Maladie patronale, peut-être les familles qui seront contaminées par un membre qui aura dû retourner travailler pour produire des voitures ou pour livrer des colis d’articles de jardin ? Mais qui paiera les pots cassés ? Castaner protège la police mais "face au coronavirus, qui protège les travailleurs ?" comme nous posions la question dans un précédent article ?

Le ministre de l’Intérieur revendique 10 millions de contrôles de police dans le cadre du confinement. Cette politique répressive a sûrement permis au virus de se transmettre d’un policier à un passant ou l’inverse, toute personne contaminée en plus étant potentiellement un lit occupé en plus dans un contexte de risque de saturation qui n’a pas disparu malgré une baisse de tension sur les services de réanimation et les hôpitaux dans les régions les plus touchées. Castaner annonce aussi 40 millions de masques pour la police (l‘équivalent d’une semaine de consommation dans le pays dans la période) qui auraient été plus utiles à soigner des vies qu’à verbaliser les classes populaires. Le gouvernement n’a de cesse de justifier son action répressive par la mauvaise volonté, l’irresponsabilité voire « l’imbécilité » (dixit Castaner) de la population. Peut-être que si le gouvernement n’avait pas été aussi irresponsable par son attente criminelle alors que depuis le mois de décembre, une crise se pressentait, s’il ne maniait pas avec autant d’aisance le deux poids de mesure (le « en même temps ») en faveur du patronat qui rouvre ses entreprises, le confinement aurait-il plus d’efficacité. De ce point de vue lâcher un os de plus à la police est moins coûteux que de se fâcher avec de bons copains comme les dirigeants d’Amazon, Total, Airbus, Renault ou PSA. C’est avant tout un investissement d’avenir car pour faire payer la crise économique aux travailleurs et faire passer les plans de licenciements massifs, les cures d’austérité et les autres attaques anti-sociales, il faudra à nouveau des policiers fidèles pour cogner sur les soignants.

 
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