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17 de avril de 2020 Twitter Faceboock

#PasDeRepriseSansTestsEtMasques
Réouverture des écoles : « On n’a pas la certitude que les enfants ne jouent pas de rôle dans l’épidémie ».
Marc Bleuenn

Alors que le Président de la République a annoncé ce lundi la réouverture des crèches et des écoles dès le 11 mai, cette décision est loin de faire consensus dans la communauté scientifique. Si certains spécialistes – et éditorialistes – proches du gouvernement relativisent les risques sanitaires liés à cette décision, d’autres contestent cette réouverture prématurée, qui risque de provoquer une nouvelle explosion des cas de Covid-19.

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Crédit Photo : L’Action Républicaine

Depuis lundi, les prises de paroles de scientifiques et les articles de presse allant dans le sens de la décision du gouvernement, qui souhaite la réouverture des écoles dès les premiers jours du déconfinement, se sont multipliés. Le Pr Jean-François Delfraissy, nommé par le gouvernement président du Conseil scientifique Covid-19, a ainsi déclaré ce mercredi que « la quantité de virus chez l’enfant n’est probablement pas si élevée que ça, moins élevée que chez l’adulte », et qu’on « manque de données » sur la capacité de transmission du virus entre enfants et entre leurs enfants et leurs familles. Des propos largement relayés par la presse, que ce soit par exemple dans le Nouvel Observateur ou par Ouest France, où, dans les mêmes articles, ces déclarations sont appuyées par celles du Pr Odile Launay, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Cochin : "Contrairement à ce qu’on connaît avec la grippe où les enfants sont les principaux transmetteurs, il semble qu’avec le coronavirus ils excrètent moins de virus". De même, dès mardi, France Info titrait : « le rôle des enfants dans la propagation du virus n’est pas celui que l’on attendait au début de l’épidémie », expliquant dans l’article qu’« on n’a pas la certitude que les enfants ne jouent pas de rôle dans l’épidémie, mais il n’est pas celui que l’on attendait au début de l’épidémie » et que les mesures sanitaires telles que les distances et les mesures barrières permettraient de « limiter le risque ».

Des affirmations au conditionnel, donc, qui ont surtout l’avantage d’aller dans le sens de la décision du gouvernement, qui a choisi de rouvrir les établissements d’accueil des enfants le plus rapidement possible. Pourtant, d’autres spécialistes, parmi lesquels le président de l’Ordre des médecins, tirent la sonnette d’alarme et fustigent un choix qui « révèle un manque absolu de logique […] D’une part, parce qu’on sait que les enfants sont des vecteurs potentiels sans développer eux-mêmes l’infection, sauf à de rares exceptions. D’autre part, parce qu’il est très difficile en milieu scolaire de faire respecter les gestes barrières. ». Réagissant au discours d’Emmanuel Macron, Philippe Klein, médecin français qui a exercé à Wuhan, expliquait au micro d’Europe 1 que « dans le cadre d’un déconfinement, la dernière chose que l’on fera c’est de rouvrir les écoles » et décrivait « l’énorme risque » que représentait la réouverture des écoles, les enfants étant « souvent des porteurs asymptomatiques et donc des vecteurs de l’épidémie ». Comme l’indique un article de Libération, nombre de scientifiques considèrent que trop d’informations restent encore inconnues, comme le degré de contagion des personnes asymptomatiques, leur proportion dans la population contaminée, ou encore le « rôle des enfants dans la chaîne de transmission ». Seulement, les réponses à ces questions résident notamment dans la mise en place d’une campagne massive de tests : « concernant les enfants, pour l’instant, on ne sait pas tout. Notamment parce que l’on n’a pas encore réalisé de campagne de tests actifs en population générale, ce qui est la démarche la plus efficace pour obtenir des informations. ». On peut souligner que cela irait à l’encontre de la démarche annoncée lundi par le gouvernement, puisque selon Emmanuel Macron, il serait suffisant de tester seulement les personnes porteuses de symptômes.

La décision du Président de la République, que certains ministres apprenaient en direct, ne s’appuie ainsi que sur des incertitudes et est très loin de faire consensus dans la communauté scientifique, surtout lorsqu’on en exclu les spécialistes proches du gouvernement. Si les scientifiques restent dans l’inconnu au sujet du potentiel de contamination des enfants, les motifs qui ont encouragé le gouvernement à prendre cette décision sont clairs. Le président de la République a répondu à l’appel du pied du Medef, qui souhaite que l’activité économique reprenne à marche forcée, et donc, que les travailleuses et travailleurs soient au plus vite déchargés de la garde de leurs enfants, qui les contraint à rester chez eux. La réouverture prioritaire des écoles – alors que, rappelons-le, les universités, les bars, les restaurants, les cinémas… vont rester fermées pendant encore plusieurs semaines, et que d’autres pays ont optés pour une reprise de l’école en septembre – prend ainsi tout son sens quand on mesure l’intérêt que représente pour le gouvernement et le patronat le fait de renvoyer au travail les parents gardant actuellement leurs enfants.

De fait, la réouverture des écoles apparaît nettement non pas comme une décision scientifique, mais comme un choix politique qui pourrait avoir pour conséquence une accélération de la propagation du virus et une potentielle deuxième vague. Au-delà de la mise en danger des personnels de l’éducation et des élèves, nous devons défendre les intérêts des travailleurs qui sont eux aussi, déjà renvoyés au travail, alors que le virus continue de circuler. Le gouvernement pousse à la reprise forcée du travail à n’importe quel prix, répondant aux exigences des patrons, et soutenu par les médias qui martèlent depuis plusieurs semaines au sujet de la reprise de la production dans des secteurs de plus en plus nombreux, et qui, aujourd’hui, s’appuie sur des données scientifiques controversées pour rassurer les familles. En réalité pour le gouvernement, le risque de contamination ou de nouvelle vague importe peu : c’est le retour au travail qui est central, à n’importe quel prix. Ainsi il est urgent pour notre camp d’exiger non seulement la mise en place de dépistage massif et d’études scientifiques indépendantes, seule à même de déterminer une stratégie de déconfinement qui permettent de préserver nos vies plus que leurs profits.

 
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