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La Izquierda Diario
30 de avril de 2020 Twitter Faceboock

Renationalisons La Poste
Colère à La Poste. « On nous donnait un demi-savon, de l’eau et un sac poubelle ! »
Lucy Red

La crise sanitaire, économique et sociale est exacerbée par le démantèlement des services publics. La population et les travailleurs sont privés d’un maillage essentiel pour y faire face d’un point de vue sanitaire, mais aussi au quotidien. Face à ce constat, renationaliser et se réapproprier ces secteurs apparaît comme une urgence. Exemple avec La Poste, élément clé dans la distribution.

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Depuis plusieurs décennies en France, les gouvernements se succèdent et ne cessent de privatiser, réduire les budgets et supprimer des postes dans de nombreux secteurs du service public, comme la santé, l’Éducation nationale, l’enseignement supérieur ou encore les transports, tandis que le budget pour la répression et l’armée augmente. Le Projet de Loi Finance (PLF) pour 2020 prévoyait par exemple une hausse de 1,7 milliards d’euros pour le seul ministère de la défense, et une hausse de près de 800 millions d’euros pour le ministère de l’Intérieur.

Parmi les premières victimes de cette destruction méthodique du service public, les postières et les postiers se trouvent également en première ligne face à la crise économique et sanitaire en cours. Depuis le début du confinement, les travailleurs de La Poste font face à des injonctions contradictoires et sont accusés dans de nombreux discours médiatiques et politiques de ne pas assurer leur rôle de service public.

Révolution Permanente a relayé un communiqué dans lequel le syndicat SUD PTT Isère exige de « de renationaliser la Poste afin qu’elle redevienne une administration au service des usager(e)s, pour garantir à la population une égalité de traitement en tous points du territoire ». Nous avons contacté François, membre du syndicat et facteur à Grenoble pour en savoir plus sur les raisons qui ont mené à ces revendications.

La Poste était une administration d’État jusqu’à ce qu’elle passe en 1991 au statut d’établissement public à caractère commercial. En 2010, elle devient une Société Anonyme à capitaux publics. Et enfin, depuis le 4 mars 2020, la part de l’État dans le capital de La Poste est passé de 73,8% à 34%. François nous indique à ce sujet que « la privatisation est un processus qui a été entamé sous les socialistes en 1991 au moment où on a arrêté d’être une administration. Aujourd’hui le processus il continue et pendant la crise du Covid, l’État enlève encore plus de ses parts et vu l’état de l’économie, pendant et après la crise, on ne sait pas ce que ça va donner. C’est un processus qui pourrait très bien finir par l’entrée de groupes directement privés dans le capital de La Poste ou par la vente de parties de l’activité de la Poste. »

La direction de la Poste instaure et renforce donc au fil des années une logique de conquête de marché. Tout cela amène à une restructuration de La Poste tous les deux ans, et « quand il y a une restructuration c’est jamais pour créer des emplois, c’est toujours pour en supprimer, tout ça avec une charge de travail qui a explosé ». Ce long processus de privatisation abouti à une précarisation des travailleuses et des travailleurs, avec notamment la création de nombreux statuts au sein de l’entreprise : CDI, CDD, fonctionnaires, intérimaires, contrats Groupements Employeurs Logistique, autoentrepreneurs, sous-traitants, etc. « Aujourd’hui on a des autoentrepreneurs qui distribuent des colis et qui sont payés au colis ! Le but du communiqué de presse c’est de prendre les dirigeants dans leurs contradictions : ‘ah bon, La Poste est un service public ?’, alors pourquoi elle ne redevient pas une administration avec des fonctionnaires ? On renationalise et tout le monde obtient le même statut. »

Dans ce contexte de crise sanitaire, les dirigeants ont joué sur l’ambiguïté du statut de l’entreprise, mais ils ont également mis en danger le personnel au début du confinement : « La direction se moquait de ce qui se passait sur le terrain. La veille, les managers nous disent que La Poste n’est plus un service public, qu’on est dans une logique de concurrence et qu’il n’y a pas d’usagers mais des clients. Combien de fois je l’ai entendu ce discours ! » Tandis que dès que la question du confinement est évoquée et appliquée, les discours changent : « D’un coup les managers nous disent que la poste est un service public et qu’on doit continuer à maintenir ce service sur tout le territoire. Mais on était une des rares entreprise à continuer à tourner normalement ! »

La direction envoie les employés travailler sans protection comme si de rien n’était : « Sur Grenoble, au début du confinement, on donnait aux collègues un demi savon, pas un savon en entier, une bouteille d’eau et un sac poubelle ». Tandis que le groupe disposait de 24 millions de masques, chiffre qu’il ne souhaitait pas communiquer pour ne pas être réquisitionné.
Cette mise en danger du personnel a donc créé une vague massive de droits de retraits : « Ça a fait peur à La Poste car ça montrait à quel point ils maltraitent leurs personnels, et à quel point ils n’en ont rien à faire de la vie des agents. »

Grâce à ce rapport de force conséquent imposé par les travailleuses et les travailleurs, la direction réagit et prend des mesures. Tout d’abord, elle réduit le temps de travail et met en place des horaires décalés : les facteurs passent de six jours de travail à trois jours (depuis le 21 avril, les facteurs sont passés à quatre jours), et les guichetiers à un jour sur deux. Puis, du matériel de protection a commencé à arriver : masques, gants, un peu de gel hydro-alcoolique.

Ce rapport de force a également permis au personnel d’éviter une trop grande pression de la part de la hiérarchie : « Par exemple quand tu es facteur, le problème, c’est qu’on te met la pression pour que tu prennes toute la charge de travail. Si t’as de la chance, on te paye des heures supplémentaires, sinon, on ne te paye rien, tu dois faire ton boulot c’est tout. On a gagné le fait qu’ils ne nous mettent pas trop la pression là-dessus. Même si on pense que ça peut se retendre très rapidement suivant la crise qui est en train de se développer. »

Malgré tout, les agents de la Poste sont épuisés : « Il y a la fatigue due à une explosion de la charge de travail, le trafic colis est équivalent à la période de Noël, mais il y a aussi une tension nerveuse due à la présence de l’épidémie, ce n’est pas anodin de faire des tournées, je parle en tant que facteur, mais un guichetier pourrait dire la même chose. »

Depuis que le confinement a commencé, on reproche à La Poste de fermer des bureaux et de ne pas assurer sa mission en tant que service public, cependant, comme nous le dit François, « ça fait quinze ans qu’ils ferment des bureaux de poste ! C’est sûr que la couverture postale est catastrophique quand on a déjà fermé un nombre important de bureaux de postes et qu’on doit en fermer d’autres pour des raisons sanitaires. Ça fait quinze ans qu’on se bat contre ça ! ça fait quinze ans qu’on se bat pour le service public ! Et là on nous dit que les postiers n’assument pas leurs rôles, mais c’est la direction de la poste qui n’assume pas et c’est une politique. Et cette politique-là, elle est à nue du fait de la crise, comme beaucoup d’éléments du libéralisme ! »

De plus, ce contexte de crise représente une opportunité pour les dirigeants de la Poste d’accéder à d’autres marchés : « Concrètement, ce n’est pas du service public qu’on fait, ils profitent du statut de La Poste dans la situation actuelle pour gagner des parts de marché. Il y a des structures de distribution de colis qui se sont arrêtées et La Poste est toute contente de récupérer des parts de marché dans ce domaine. »

L’importance du service public devient incontestable en période de crise sanitaire quand on pense en premier lieu à l’hôpital et au secteur de la santé : la gravité de la crise sanitaire aujourd’hui est due à la casse du système de santé alors que le personnel de l’hôpital public se bat depuis des années pour plus de moyens mais également à une gestion désastreuse du gouvernement.

C’est pourquoi, face à la crise sanitaire et économique, la renationalisation de la Poste paraît primordiale. Parmi ses revendications, SUD PTT Isère demande :

Une distribution de qualité au quotidien avec des facteur(trice)s qui évaluent eux même la charge de leurs tournées permettant aussi d’assurer des services à la personne gratuits et ainsi de jouer un rôle social auprès des personnes les plus fragiles et isolées.
Un tarif du timbre et du colis unique qui serait décidé par des collectifs d’usagers postiers et élus afin de permettre une accessibilité des services pour tous.
La gratuité des services bancaires de la Poste pour les plus démunis (chômeurs, précaires et bénéficiaires du RSA et minimum vieillesse). Des frais bancaires minimums et plafonnés.
Les 17 000 points de contact doivent redevenir des bureaux de poste de plein exercice.
Un plan de titularisation de tou(te)s les salarié(e)s (CDI, CDD) et intérimaires travaillant à La Poste et l’embauche massive de personnels titulaires.
Pas de salaire pour les postier(e)s en dessous de 2000 euros net par mois

Cependant, François insiste sur le fait que « si la poste redevenait une administration nationalisée, on n’est pas pour le retour du temps d’avant où c’est l’état qui décide de tout, car on ne lui fait pas confiance. On voudrait une nationalisation avec un contrôle ouvrier et un contrôle des usagers pour contrebalancer. L’idée ça serait de nationaliser et avec un très bon rapport de force, amoindrir le contrôle de l’état et aller de plus en plus vers des logiques autogestionnaires. »

 
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