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4 de mai de 2020 Twitter Faceboock

Déconfinement : transporteurs et gouvernement se renvoient la balle, les salariés et usagers en première ligne
Paul Morao

Dans un courrier à Edouard Philippe dont Le Point révélait hier des extraits, les patrons des entreprises de transport tentent de repousser toute « obligation de résultat » concernant le déconfinement le 11 mai et tente, après avoir exposé depuis des semaines salariés et usagers, de se couvrir face à une situation qui s’annonce encore plus périlleuse.

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Crédit photo : AFP

Courrier au gouvernement : les patrons du transport se couvrent

Deux jours après l’annonce du plan de déconfinement par Edouard Philippe, les patrons de Keolis, Transdev, la RATP et la SNCF exprimaient le 30 avril leur mécontentement dans un courrier adressé au Premier Ministre. Evoquant une éventuelle « obligation de résultat », ils y affirment qu’« il apparaît que les transporteurs ne disposent pas, aujourd’hui, des moyens humains et des matériels de nature à satisfaire à une telle obligation ».

Dans un courrier que Le Point qualifie d’« inhabituellement irrévérencieux », les patrons du transport ont ainsi opposé une véritable fin de non-recevoir aux promesses de Edouard Philippe qui annonçait quelques jours plus tôt que « les opérateurs devront (...) s’organiser pour permettre, même dans le métro, de respecter les gestes barrières ». Une affirmation qui faisait suite aux déclarations contraires de Catherine Guillouard (RATP) et de Jean-Pierre Farandou (SNCF), qui avaient déclaré sans ambages qu’ils assumeraient de ne pas respecter les gestes barrière pour remplir les objectifs de reprise fixés par le gouvernement.

Dans leur réplique cinglante aux annonces de Edouard Philippe, les transporteurs s’opposent donc à toute mesure contraignante sur l’application des gestes barrières. « Si le gouvernement devait néanmoins souhaiter prendre des mesures réglementaires nationales sur la distance physique, elles ne pourraient que relever d’une obligation de moyens. » expliquent-ils, avant de préciser que « la diversité des situations ne se prêt[e] pas à l’édiction d’un cadre réglementaire contraignant, au niveau national ». En définitive, le texte apparaît ainsi comme une volonté d’affirmer que les entreprises de transport ne sauraient être tenues responsables de manquements aux règles sanitaires de base dans les transports à partir du 11 mai. Alors que de nombreux usagers et salariés des transports tels que Transdev, RATP ou SNCF ont pointé depuis le début de l’épidémie les manquements aux règles élémentaires d’hygiène dans les transports, le patronat du transport sait qu’il sera particulièrement sous le feu des projecteurs le 11 mai et s’effraie des risques qu’il pourrait encourir.

De fait, si le texte constitue une attaque en règle contre les annonces du gouvernement, le patronat cherche avant tout à défendre ses intérêts, mais ne semble pas s’émouvoir de la situation des salariés et usagers des transports publics qui seront particulièrement exposés à l’épidémie à partir du 11 mai…

Gouvernement et transporteurs se renvoient la balle, mais ce sont les salariés et usagers qui prendront tous les risques !

Le courrier envoyé au gouvernement est exemplaire du défi impossible que constitue le déconfinement annoncé par le gouvernement. Alors qu’Emmanuel Macron veut relancer l’économie à marche forcée, contre l’avis des personnels de santé et experts qui s’inquiètent d’une deuxième vague épidémique, le gouvernement prétend proposer des solutions pour tenter de limiter le risque épidémique. Mais face à un défi impossible, tout le monde se renvoie la balle pour éviter d’être tenu responsable de l’échec annoncé.

En ce sens, les transports constituent, avec les écoles, un des cœurs de la problématique à laquelle fait face le gouvernement pour tenter de défendre la viabilité de son déconfinement pro-patronal. Or, personne n’a envie d’assumer les responsabilités d’un plan intenable, et surtout pas les patrons du transport. Mais loin de chercher à protéger les usagers et leurs salariés, déjà grandement exposés ces dernières semaines, c’est surtout leurs arrières que les auteurs de la lettre cherchent à assurer ! De fait, face à l’impossible plan du gouvernement, ceux-ci se contentent de réclamer des mesures non-contraignantes ou de renvoyer la responsabilité… aux usagers !

Et outre, les usagers ce sont aussi leurs propres salariés dont les patrons craignent la réaction. « En cas de forte affluence », les patrons du transport évoquent en effet des « risques d’arrêt du service susceptibles de générer des troubles » et « des tensions sociales de la part du personnel ». Une crainte justifiée par la colère déjà latente des travailleurs du transport, qui depuis des semaines ont dû bien souvent imposer des mesures d’hygiène minimales pour tenter de se protéger et de protéger les usagers.

Vers un déconfinement répressif le 11 mai ?

Si les transporteurs s’inquiètent de la faisabilité du déconfinement du 11 mai et du risque que son échec leur retombe dessus, la seule issue qu’ils aient trouvée pour tenter de le maintenir est également scandaleux : la mobilisation des forces de l’ordre ! « La mobilisation des forces de l’ordre, nationales et municipales, sera une condition indispensable à la régulation de ces flux, les transporteurs ne pouvant l’assurer au regard de leurs seuls moyens » expliquent-ils dans leur courrier.

Après les amendes pour non-port de masques à hauteur de 135 euros, faut-il craindre une gestion répressive du chaos du 11 mai ? Au vu des violences policières qui se sont multipliées au cours des dernières semaines, il y a de quoi s’inquiéter de la répression que pourraient subir les voyageurs confrontés à une gestion policière de la cohue dans les transports bondés. Une nouvelle fois, la répression est le revers de l’impréparation du gouvernement, et ce sont les travailleurs et les plus précaires qui la subiront avec l’aval des patrons du transport.

Seuls les travailleurs du transport peuvent proposer une issue

Face aux larmes de crocodiles des patrons du transport qui s’inquiète pour leurs propres intérêts, les salariés du transport seront en première ligne d’un déconfinement qui s’annonce catastrophique. Or, dans une situation qui expose des milliers d’usagers à l’épidémie au nom de la relance de l’activité économique, seuls les travailleurs du transport peuvent offrir une issue.

De fait, le début de l’épidémie, les salariés ont montré qu’ils étaient les mieux à mêmes, depuis le terrain, de déterminer quelles étaient les mesures à mettre en place pour leur protection et celle des usagers. Par leurs droits de retrait, ils ont fréquemment fait bouger les lignes, imposé des mesures d’hygiène supplémentaires ou fait fermer les productions non-essentielles. A la RATP et la SNCF la mobilisation des syndicalistes de terrain sur la base des remarques des salariés en première ligne a joué un rôle central. Une dynamique dont rend compte un élu CSE à la SNCF : « La direction ne sait pas comment faire ! Ils sont dépendants de nous, et ont organisé au moins 4 CSSCT sur chaque service ainsi que des CSE extras ces dernières semaines pour avoir nos remontées de terrain et notre vision. C’est la première fois qu’on a un tel poids et qu’on est aussi écouté, parce qu’ils sont paumés mais aussi qu’ils craignent les mobilisations et droits de retrait. ». De même, à la RATP, les contrôles de bus menés par les syndicats ont permis d’imposer une évolution des process de désinfection.

De même, le 11 mai, si le gouvernement décide de maintenir le déconfinement, ce sont les travailleurs qui pourront s’opposer à un plan qui met en danger les usagers, en exerçant leur droit de retrait et en se mobilisant pour imposer des mesures protectrices pour toutes et tous.

 
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