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La Izquierda Diario
5 de mai de 2020 Twitter Faceboock

Réouverture des écoles, un protocole sanitaire impossible !
Correspondant-e Toulouse

Louise est une étudiante toulousaine qui travaille dans l’animation périscolaire à côté de ses études. Elle témoigne de l’irresponsabilité et de l’incohérence de la réouverture des écoles le 11 mai.

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La réouverture des écoles se fera à partir du 11 mai pour les enseignants, du 12 mai pour les enfants . Ce délai d’un jour ne permet absolument pas de préparer les locaux pour accueillir les enfants comme les conditions sanitaires l’exigent.

Voici quelques éléments d’un protocole sanitaire de 62 pages à mettre en place pour le retour à l’éducation à la Blanquer. Cette liste ne reprend pas tous les éléments (notamment les consignes techniques de nettoyage des surfaces par exemple) mais c’est un avant-goût aux conditions dans lequel seront plongés les enfants et les travailleurs de l’éducation.

Le secteur de l’animation est un secteur particulièrement précaire (par les heures hachées, les bas salaires). C’est l’un des métiers où l’on peut encore être payé par des forfaits journaliers sans compter nos heures . Il y a différentes luttes qui émergent dans l’animation mais c’est un des métiers « invisibles » qui nécessite pour la plupart du temps un diplôme que nous devons payer à l’état (le BAFA).

La distanciation

« Le maintien de la distanciation physique (1 mètre) doit être respecté dans tous les contextes et tous les espaces (arrivée et abords de l’école, récréation, couloirs, préau, restauration scolaire, sanitaires … ) »

Sans parler du caractère ridicule de ce protocole (vu la taille des locaux par exemple, ou du fait que les enfants surtout les plus jeunes soient particulièrement proches physiquement) ,les enfants des êtres humains, des êtres sociaux en plein éveil et en cours de socialisation primaire, c’est-à-dire que c’est à ce moment qu’ils apprennent à vivre et à s’intégrer dans la société. La question que je me pose c’est, en instaurant ces règles , si courtes dans le temps soit-elles (je rappelle que la notion de temps et de souvenir est subjective notamment pour les enfants), dans quelle société voulons-nous que les enfants grandissent ? Dans une société hyper aseptisée ? Où nous nous méfions de nos camarades par crainte d’une maladie ? Où le mot d’ordre est distanciation physique et donc sociale ? Cette nouvelle norme est un apprentissage à la peur de l’autre et un déclin pour l’apprentissage de la solidarité. La distanciation est évidemment essentielle pour des raisons sanitaires, mais rouvrir les écoles maintenant vient mettre en concurrence le sanitaire et le pédagogique. Cela n’était absolument pas essentiel !

Le matériel de protection sanitaire

« L’Etat met à disposition ( pour le personnel ) des masques de catégorie 1 ( grand public) »

Ces masques protègent les enfants de nos projections mais ne nous protègent pas des projections des enfants .

Les travailleurs en contact permanent avec les enfants, sachant qu’il est impossible pour les « adultes » (qui, au passage sont censés faire figure d’exemple face aux règles que l’on demande aux enfants de respecter ) de respecter les gestes barrières avec les enfants.

Concernant les masques pour les enfants il appartient aux parents de fournir leurs enfants. On leur demande de retourner « étudier », éventuellement sans protection et c’est aux parents de payer pour des masques ! Alors que le scandale des masques accaparés par la grande distribution enfle, ce n’est pas aux parents de payer, ni 5 ni 50 euros pour la protection de leurs enfants !

Les temps de pause

« Réorganisation des récréations : par petit groupe en respectant les gestes barrières. Si difficulté à faire respecter, possibilité de faire la récréation dans la classe »

Les enfants pourront possiblement ne pas prendre l’air de la journée sur le bon vouloir des enseignants et des animateurs. Cela va à l’encontre des règles d’aération (ci-dessous) et de plus il me semble inhumain de demander à un enfant de rester une journée entière dans la même salle, en particulier avec l’arrivée de la chaleur. Il sera difficile de faire autrement, car comment faire respecter les gestes barrières pendant les récréations ,sans qu’il ne s’agisse de faire marcher les enfants en ligne, espacés d’un mètre ?

« Assurer l’aération des salles de classes avant l’arrivée des élèves par une ouverture des fenêtres pendant 15 minutes (pour les bâtiments avec une ventilation naturelle), durant les récréations, pendant la pause repas et en fin de journée. »

Les activités impossibles

« Pour le sport : proscrire tout objet et matériel sportif ( ou réserver uniquement les manipulations par l’adulte) donc privilégier des parcours sportifs individuels permettant de conserver la distanciation physique »

« Penser à des jeux qui ne requièrent pas de toucher des surfaces communes et ne passent pas entre les mains. Par exemple : jeux de mime, devinettes, etc. »

Ces règles sont concrètement impossibles à mettre en place, ou bien les enfants passeront des journées d’ennui total. L’éveil des enfants passe par le jeu, qui comprend la manipulation d’objets.

« Adapter le fonctionnement des bibliothèques en régulant la manipulation des livres par les élèves (livre individuel laissé au repos 5 jours après utilisation) »

Je ne sais pas si les personnes au ministère qui écrivent ces directives ont conscience des tailles des bibliothèques dans les écoles et des quotas de livres par élèves, mais ils se trompent totalement s’ils pensent que les écoles disposent d’assez de livres par élève pour respecter cette règle.

Nous voyons bien que les normes sont impossibles à mettre en place dans la pratique et à les faire respecter. Mais cela ne fait qu’ouvrir la voie à plus de contamination, plus de peur générale, autant pour les travailleurs, que pour les parents, que pour les enfants .

Encore une fois, les enfants font partie intégrante de notre société qui traverse actuellement une grande crise sanitaire et ce n’est pas vouloir leurs bien que de les renvoyer dans les écoles qui ne sont absolument pas équipées à de telle circonstances. Ce n’est pas vouloir leurs bien d’autant plus par ce climat où la peur de la maladie règne, et où des comportements de méfiance, de stigmatisation ou de discrimination peuvent être exacerbées. Déjà au courant du mois de mars, les enfants se sont imaginés qu’un animateur avait le coronavirus et ne voulait plus l’approcher !

En définitive, la réouverture des écoles qui va s’étaler en fonction des villes tout le long du mois de mai, n’est qu’un prétexte pour remettre les parents au travail. Une réouverture aussi tard dans l’année ne réglera en rien les inégalités scolaires que la politique de Blanquer et de ses prédécesseurs n’a fait qu’aggraver. La seule chose que les profs et les enfants en retireront, c’est des biais pédagogiques importants et par-dessus tout des risques de contamination !

Crédits photo : LP/Delphine Goldsztejn

 
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