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La Izquierda Diario
15 de mai de 2020 Twitter Faceboock

Edito
« Masques périmés depuis 2001 » et bas salaires, Macron face à la colère des soignants
Jules Fevre
Rafif Moussa

« On n’a pas de matériel, on n’a rien ! » En visite à la Salpêtrière, Macron s’est fait interpeller par des soignantes qui dénoncent le manque de moyens humains et matériels dans les hôpitaux. Quant à la prime, « c’est gentil, mais ce qu’on veut c’est la revalorisation » des salaires, lui a lancé l’une d’elle.

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Emmanuel Macron s’est déplacé ce vendredi pour une visite surprise à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, sans caméras. Pour rappel, lors de sa dernière visite dans ce même AP-HP fin février, un médecin avait alerté sur les risques face au Covid-19, liés au délabrement du système hospitalier : « le risque est grand parce que le système des hôpitaux publics est actuellement en partie sinistré. En d’autres termes, les moyens qu’il faut injecter pour qu’il y ait des personnels pour s’occuper des lits, c’est des moyens qui sont urgentissimes ».

A l’époque le chef de l’État avait promis qu’il serait « au rendez-vous ». Mais ces deux derniers mois auront prouvé le contraire à de nombreuses reprises : manque de masques, de blouses, de tests de masse, de respirateurs, de lits, et de personnels. Une promesse non tenue que lui ont fait remarquer deux infirmières lors de sa visite : « avant même le Covid, on était déjà désespéré depuis des années », avant de continuer au sujet de leur rémunération « la prime c’est gentil mais ce qu’on veut c’est la revalorisation [des salaires] » avant de terminer en attaquant Emmanuel Macron sur la gestion scandaleuse des masques par le gouvernement : « pourquoi actuellement on travaille avec un masque qui est périmé depuis 2001 ? »

 

Des interpellations directes face auxquelles Emmanuel Macron a répondu par des bégaiements. Qu’aurait il pu répondre alors que comme le relève la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), le gouvernement a supprimé plus de 4.000 lits dans les hôpitaux entre 2017 et 2018. D’autant plus que le « mea culpa » du président de la république, qui a affirmé ce vendredi matin avoir été « convaincu qu’on était en train de changer les choses » tout en faisant observer que cette erreur stratégique le plongeait dans une situation « très cruel pour [lui]-même » semble bien hypocrite au regard des réponses apportées à la souffrance des soignants. Alors que ces derniers dénoncent les bas salaires et le manque de moyen, tel que le Pr Thomas Similowski, chef du service de pneumologie de La Pitié-Salpêtrière qui n’a pas manqué de souligné qu’« une infirmière qui commence est à la limite de la pauvreté », la prime Macron est loin d’être à la hauteur. En effet, cette prime dont le gouvernement a annoncé qu’elle pourra aller de 500€ à 2.000€ semble bien dérisoire par rapport au risque encouru par les soignants pendant les derniers mois. En première ligne, ils ont risqué leur vie et l’ont trop souvent perdu dans la lutte contre la pandémie, exposés sans protections efficaces, et tout ce qu’Emmanuel Macron leur promet, c’est de revenir à un salaire de misère une fois la crise terminée.

Pire, alors que pendant la visite présidentielle à La Pitié, une soignante regrettait le fait que beaucoup de personnels étaient contraints de compléter leurs revenus en faisant des « ménages » par exemple, faute de pouvoir survivre à Paris avec leur seul salaire, le ministre des Solidarités et de la santé également sur place, Olivier Véran craque et déclare : « n’est-ce pas incohérent de maintenir les 35 heures alors que certains, pour gagner plus, travaillent en dehors en toute illégalité ? » avant de remettre en question le « cadre unique de la fonction publique », avec dans le viseur le statut des travailleurs de la fonction publique en particulier hospitalière. Une opération de communication pour le gouvernement qui s’est ainsi transformé en véritable insulte pour les personnels soignants dont la première revendication consiste à demander des embauches massives face à la crise de l’hôpital public, à laquelle il s’agirait de répondre par le recrutement et la formation des trop nombreux travailleurs qui se retrouvent aujourd’hui au chômage des suites de la crise économique plutôt que par l’allongement du temps de travail du personnel hospitalier déjà surmené. Devant quasiment faire de la médecine de guerre, ces derniers ont besoin de renforts humains et de moyens, pas d’un défilé du 14 juillet, ni des dons de congés, comme le soulignait mercredi le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France : « les urgences sont d’avoir des collègues supplémentaires pour pouvoir alléger notre charge de travail au quotidien, donc des embauches et surtout pas des dons de jours de RTT comme ça a été proposé ».

Si plus de deux mois après la propagation massive de l’épidémie dans l’hexagone où près de 28.000 personnes ont trouvé la mort, principalement du fait de l’impréparation chronique du gouvernement et de sa gestion catastrophique de la crise sanitaire à l’image du scandale des masques, cette opération de communication semble belle et bien ratée pour le gouvernement, alors que depuis la levée du confinement, les soignants sortent dans la rue pour exiger plus de moyens, des augmentations de salaires et des embauches massives, comme à Toulouse ce lundi où un millier de personnes étaient rassemblées devant le CHU, ou à Paris ce jeudi où des soignants ont manifesté devant l’hôpital Robert Debré.

 
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