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La Izquierda Diario
1er de juin de 2020 Twitter Faceboock

#JusticeForGeorgeFloyd
Aux Etats-Unis, Trump accuse « les antifas » de terrorisme pour criminaliser le mouvement
Joël Malo

Sur Twitter, Donald Trump multiplie les publications qualifiant l’extrême-gauche et les « antifas » de terroristes. Une criminalisation et un permis de tuer lancé contre le mouvement social et ceux qui manifestent contre le racisme dans les rues étasuniennes.

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Les révoltes pour demander justice pour George Floyd, contre le racisme structurel de la police et de l’État américain, contre toutes les humiliations et crimes impunis, s’étendent comme une traînée de poudre aux États-Unis. Les scènes de violences policières sont nombreuses, tout comme les images de révolte d’une colère populaire qui déborde et qui déborde parfois la police.

Alors que les classes populaires africaines-américaine, en première ligne face à la pandémie de coronavirus, se révoltent contre les violences policières et le racisme d’Etat, leur révolte a pris un caractère de masse, elles suscitent la mobilisation d’autres franges racisées de la population mais aussi d’une partie la population blanche. Car le meurtre de George Floyd, visionné pendant dix longues minutes dans le monde entier, a été le meurtre de trop, et le déclencheur d’une puissante vague historique qui déferle sur les Etats-Unis. « A tous les niveaux, les officiels semblent avoir des difficultés à appréhender la réalité d’une rébellion multiraciale, qui rassemble la jeunesse afro-américaine, les immigrants d’origine somalienne, les Latinos et enfin les habitants, majoritairement blancs, des banlieues résidentielles », note en ce sens Le Monde à propos des réactions des autorités.
 
La majorité de la classe politique américaine, des plus réactionnaires aux plus « progressistes », révèle par sa réaction aussi gênée que timorée, à quel point le racisme et le système policier et carcéral est un pilier de la démocratie impérialiste américaine. Les scènes de manifestations massives et de révoltes polarisent fortement la société américaine. D’un côté des phénomènes de solidarité avec le mouvement de la part d’organisations de la classe ouvrière, de syndicats, de soignants, y compris des gestes de solidarité de petits commerçants - certains dont les magasins ont été attaqués, revendiquant même que la justice pour George Floyd est plus importante que leur échoppe ! De l’autre, on assiste à une exacerbation des appels à la violence contre les manifestations. Trump y joue un rôle important quand il affirme sur Twitter « when the looting starts, the shooting starts » (quand les pillages commencent, les tirs aussi). De même les gouverneurs et maires démocrates du Minnesota ont fait appel à la Garde nationale (la réserve de l’armée américaine) pour rétablir l’ordre, l’ordre capitaliste, raciste que la classe politique américaine défend.
 
25 villes, de 16 États différents ont instauré des couvre-feux. A Minneapolis, la Garde nationale l’a fait respecter en patrouillant dans les rues et en tirant avec des pistolets à bille de peinture, qui ont déjà causé des pertes d’yeux ces derniers jours, sur les personnes présentes sur leur perron.
 

 
Le tweet de Trump (qui a donné lieu à une passe d’armes avec le réseau social qui l’avait masqué pour appel à la violence) est un chèque en blanc à tout ce que les États-Unis comptent de plus réactionnaire pour attaquer les manifestants. Appel entendu par le NYPD dont deux voitures ont foncé sur les manifestants, mais aussi par un homme de Salt Lake City (Utah) qui est tranquillement sorti de sa voiture pour tirer à l’arc dans la foule, avant que les manifestants ne lui remettent les idées en places – ou encore par un Texan à Dallas qui a pourchassé les manifestants avec une épée (!) avant d’être violemment passé à tabac. L’extrême droite, et le Président en premier lieu, repartagent massivement cette vidéo (sans le passage de la course poursuite avec l’épée) en la présentant comme celle d’un petit patron défendant son commerce.
 

 
Dans la foulée, Trump a publié un premier tweet où il affirme que « les États-Unis déclareront les antifas comme une organisation terroriste » et retweeté dans les heures qui suivent de nombreux tweets qui appellent à considérer les antifas et l’extrême-gauche comme des « terroristes nationaux » (« domestic terrorists ») et « à les traiter comme tels ».
 
Un procédé qui s’inscrit dans une rhétorique très présente depuis quelques jours, qui présente ce mouvement de révolte historique comme le produit d’une manipulation de la part d’une poignée d’agitateurs radicaux. « Nous avons des raisons de penser que de mauvaises personnes continuent d’infiltrer les manifestations légitimes contre le meurtre de George Floyd, c’est pour cela que nous avons décidé d’étendre le couvre-feu pour une journée de plus. » avait ainsi par exemple tweeté le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz dimanche. De même, à la suite des tweets de Trump, le Procureur Général des Etats-Unis, William P. Barr a déclaré que « La violence instiguée et déployée par les antifas et groupes du même type dans le cadre des émeutes constitue un "terrorisme domestique" et sera traité comme tel. ».

Or si des militants se revendiquant de l’antifascisme sont bien présents dans les manifestations, il est aussi ridicule de les rendre responsables des révoltes que de les présenter comme une « organisation », structurée, cohérente, et capable de mener la danse d’un mouvement de révoltes d’une ampleur historique. Surtout, ces appels extrêmement graves qui pourraient sous-tendre l’instauration de lois scélérates contre l’ensemble du mouvement social. Parler des « antifas » comme d’une organisation implique en réalité de viser tout le mouvement social et de criminaliser toute organisation et ouvre la voie à une répression massive. L’accusation en terrorisme est un classique des classes dominantes pour légitimer la répression. L’impérialisme américain en a fait un large usage tant sur le terrain extérieur qu’intérieur. L’opération Condor, appuyée par Washington, qui a servi à liquider toute organisation de résistance ouvrière et paysanne par les dictatures fascistes des années 1970 dans le Cône Sud de l’Amérique latine, y compris à l’étranger et sur le propre sol des États-Unis, en est un exemple dramatique. A la clé des milliers de morts. De même, c’est sous le prétexte de terrorisme que les services secrets américains et la police ont pu détruire systématiquement les mouvements jugés « subversifs » sur le sol étasunien et en assassiner les leaders à l’image du Black Panthers Party ou du Weather Underground. 

 
Même si dans l’immédiat ce tweet a surtout pour objet pour Trump de jouer le dur sur les réseaux sociaux, il va sans dire que ces interventions présidentielles à répétition qui appelle à une répression dure, à tirer sur les manifestants, alimentent la polarisation et installent une ambiance contre-révolutionnaire dans le pays qui vise à légitimer la répression et les prises d’initiative d’individus ou de groupes réactionnaires voire proto-fascistes. Quelques heures seulement après ce tweet, un camion lancé à pleine vitesse a ainsi foncé dans la foule, à Minneapolis.
 

 
 

 
La violence de l’État capitaliste est dévoilée un peu plus chaque jour alors qu’aux États-Unis, la police et la Garde nationale, qui est maintenant déployée dans 15 États, sont les garants de l’ordre d’un système qui vient de condamner au chômage plus de 40 millions de travailleuses et de travailleurs aux États-Unis dont près de la moitié n’ont pas accès à des aides. La violence quotidienne de la bourgeoisie impérialiste américaine et de ses agents ne passe plus. Rien de plus effrayant pour elle que de se voir opposer la violence des masses, qui provoque en elle une profonde terreur. De ce point de vue, le lobbying de Trump qui demande aux démocrates d’appeler la Garde nationale à intervenir dans les États qu’ils dirigent est déjà couronnée de succès.

 
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