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La Izquierda Diario
21 de juin de 2020 Twitter Faceboock

États-Unis. Les dockers ferment les ports de la côté ouest contre les violences policières

Lors d’un débrayage historique le 19 juin, les membres de l’ILWU, un syndicat des dockers américains, ont organisé une journée d’action qui a bloqué 29 ports de la côte ouest en solidarité avec le mouvement contre les violences policières et le racisme dans tout le pays.

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Photo : Justin Sullivan/ Getty Images

"Les travailleurs ont plus de pouvoir que beaucoup de gens dans ce pays ne le pensent. C’est pourquoi nous allons mettre ce pouvoir en évidence : pour faire entendre la voix des travailleurs, et pour faire entendre la voix des Noirs dans ce pays. Pour demander et rendre justice à George Floyd".

Ce sont les mots de Keith Shanklin, le premier président noir de la section locale 34 de l’International Longshore and Warehouse Union (ILWU – syndicat de dockers) à Oakland et l’un des organisateurs du plus grand débrayage coordonné depuis plus d’une décennie, qui a eu lieu hier. À l’occasion du 19 juin - jour de l’Émancipation, symbole de l’émancipation des esclaves-, les membres de l’ILWU ont fermé les 29 ports de la côte ouest, de San Diego à Seattle pendant huit heures. Aucune cargaison n’a pu être chargée, aucun camion n’est parti distribuer des marchandises. Plus de 58 000 travailleurs ont participé à cette opération. Comme l’indique clairement la déclaration de Shanklin, cet événement historique n’est pas seulement un extraordinaire acte de solidarité avec le soulèvement contre les violences policières qui balaie actuellement les États-Unis, mais il marque aussi une étape décisive dans la participation des travailleurs au mouvement jusqu’à présent. Il s’agit de la plus grande action coordonnée menée par un syndicat pour soutenir directement le mouvement "Black Lives Matter", ce qui donne un nouveau souffle à la lutte contre le racisme institutionnel.

À partir de 8 heures du matin, les dockers ont déposé leurs outils et participé à une journée d’action, en prenant part à des rassemblements et à des marches avec d’autres organisations le long de la côte. Bien que les mobilisations du 19 juin aient pour origine la demande de justice pour George Floyd, comme le soulèvement à travers le pays, elles ont repris des revendications plus générales contre le racisme et la violence d’État.
Comme l’indique le communiqué de presse du syndicat sur l’action :

Cette action lie on ne peut plus clairement la lutte contre les violences policières et le racisme systémique enraciné dans l’histoire des États-Unis et de ses institutions, un racisme qui a été mis à nu pour que le monde entier puisse le constater au beau milieu de cette pandémie et de cette crise économique sans précédent. À Seattle, les travailleurs se sonts joints à une marche avec les organisations des communautés et le MLK Labor - le syndicat qui a récemment voté pour expulser les policiers - et marcheront vers l’administration des services correctionnels de Seattle (l’organisme en charge du système pénitentiaire) en solidarité avec les « victimes du système de justice pénale pendant leur incarcération », forcées de travailler pour des entreprises millionnaires pour des salaires minuscules et sans équipement de protection adéquat. À Oakland, les travailleurs ont rejoint une manifestation dans toute la ville lors d’une marche vers l’hôtel de ville. Angela Davis et la cinéaste Boots Riley y ont prononcé des discours.

Le débrayage a été mené par les sections locales 10, 34, 75 et 91 de l’ILWU, ainsi que par le Comité contre les violences policières, réunissant plusieurs sections syndicales. Ces sections locales, dont beaucoup sont dirigées par des Noirs ou dont les membres sont majoritairement noirs, ont une longue histoire d’engagement combatif dans la lutte contre le racisme et pour le combat des Noirs. Avant d’organiser l’action du 19 juin, ces branches ont conduit d’autres sections locales de l’ILWU à un débrayage de neuf minutes le 8 juin en l’honneur de George Floyd, arrêtant tout travail pendant le temps où le flic tueur Derek Chauvin a pressé son genou contre le cou de Floyd.

Mais ce n’est pas la première fois que l’ILWU organise des actions pour protester contre la brutalité policière. En 2010, les dockers d’Oakland ont fermé le port de la ville après qu’un policier des transports en commun ait tiré sur Oscar Grant, 22 ans, sur un quai de métro. Le syndicat a de nouveau fermé des ports en 2015, le 1er mai, après que la police a tué Walter Scott en Caroline du Sud. Mais le débrayage de ce jour est d’une ampleur que le syndicat ou le mouvement syndical au sens large n’avait pas connue depuis des décennies. Plus que cela, il s’agit d’un défi direct lancé par les travailleurs de la base aux décisions des grands syndicats - y compris celui de l’AFL-CIO – qui veulent maintenir et protéger les syndicats de flics dans leurs centrales. Les membres de l’ILWU savent que les policiers respectent les lois racistes de l’État capitaliste et, par conséquent, ne sont pas les amis des travailleurs. Comme l’a déclaré Jack Heyman, ancien docker et membre de l’ILWU, « si vous regardez les règlements des sections locales de l’ILWU, beaucoup d’entre eux interdisent explicitement l’adhésion de la police. C’est parce que la police a toujours été utilisée comme un outil dans la lutte contre les travailleurs ».
 
Mais les racines de la lutte de l’ILWU contre la police et le racisme vont encore plus loin, jusqu’à la création du syndicat. L’ILWU a été fondé lors d’une grève de 83 jours des dockers de la côte ouest qui luttaient pour de meilleures conditions de travail et pour la possibilité de créer un syndicat. Au cœur de la grève, lors d’une confrontation entre grévistes et des briseurs de grèves engagés par la compagnie, la police a tiré dans la foule et fait six morts parmi les travailleurs. La grève générale de San Francisco de 1934 a émergé de cette indignation et a joué dans la création de l’ILWU en 1937. Tandis que de nombreux autres syndicats bannissaient les travailleurs noirs de leurs rangs, plusieurs sections locales de l’ILWU étaient constitués de travailleurs noirs et de travailleurs blancs luttant côte-à-côté pour de meilleures conditions de travail, désagrégeant les divisions raciales qui s’exerçaient pour la constitution des équipes de travail.

L’ILWU a conservé cet héritage militant qui lie les luttes ouvrières à des mouvements sociaux plus vastes à travers le monde. De leur refus de traiter les marchandises issues de l’apartheid sud-africain, au refus du chargement des cargos destinés à l’Ethiopie colonisée par l’Italie mussolinienne, les dockers ont montré l’énorme pouvoir de la classe ouvrière pour stopper les opérations dont les capitalistes ont besoin pour réaliser leurs profits. Plus récemment, l’ILWU est resté dans les mémoires pour avoir organisé des manifestations en Californie contre la guerre en Irak et a refusé de charger un bateau venant d’Israël, en solidarité avec la Palestine.

Le débrayage qui a eu lieu vendredi marque un autre chapitre dans cette histoire, d’autant plus significative qu’il a eu lieu pendant le Juenteenth, le jour où l’esclavage institutionnalisé a pris fin, une mise en effet deux ans après la proclamation d’émancipation. Une date qui symbolise l’ancrage du racisme tant dans le passé que dans le présent des États-Unis ainsi que l’histoire héroïque du combat anti-raciste mené par les Africains-Américains et les révolutionnaires depuis des générations.
Dans le contexte du soulèvement actuel – qui a révélé le cœur pourri et raciste du capitalisme étasunien – ce débrayage a le potentiel pour marquer le début d’une phrase cruciale dans ce moment historique, une phase qui verrait se rejoindre et se lier, dans la rue, le combat contre les violences policières, contre le racisme systémique et le pouvoir stratégique du mouvement ouvrier. Cette simple journée d’action va coûter des milliards de dollars aux compagnies américaines et à l’Etat qui défend leurs profits. Imaginez ce qu’il arriverait si les dockers, les travailleurs des transports, et d’autres secteurs-clés cessaient le travail, d’une côté à l’autre, et rejoignaient les centaines de milliers de jeunes qui protestent dans les rues. Une telle alliance frapperait ce système d’exploitation qui profite de l’oppression des Noirs dans le monde entier là où cela fait le plus mal.

Pour que ce mouvement continue, de telles actions – la lutte contre la police et l’Etat, contre les bureaucraties syndicales corrompues qui protègent les syndicats de flics – sont absolument vitales. Comme les membres de l’ILWU Trent Wilis et Keith Shanklin l’ont écrit au président de l’ILWU : « Il est urgent que les syndicats répondent à la recrudescence du racisme. En fait, c’est une question de vie ou de mort. »

 
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