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La Izquierda Diario
23 de juin de 2020 Twitter Faceboock

Victime collatérale
Guyane. Face à la gestion catastrophique de la pandémie, vers un reconfinement ?
Rachel Beneze

Entre la France et le Brésil, la Guyane est la victime de deux gouvernements à la gestion catastrophique de la pandémie. Face à cette seconde vague brutale, de nouvelles mesures sont envisagées : reconfinement, couvre-feux encore plus répressifs, renforts hospitaliers.

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 Crédit photo : AFP 

Après une pandémie meurtrière qui a plongé de nombreux pays en crise sanitaire et alors que le gouvernement français a imposé un confinement tardif et un déconfinement précoce pour les travailleurs, les cas de COVID-19 semblent aujourd’hui être moins nombreux en France métropolitaine. Dans les territoires coloniaux de la France, la situation est moins positive.

Vers un reconfinement en Guyane ?

La Guyane est toujours dans une situation plus que préoccupante. Durant les dernières 24 heures, ce ne sont pas moins de 278 cas supplémentaires qui viennent s’ajouter à un total de 2 593 cas, 110 patients hospitalisés, 15 en réanimation et 8 décès. Cette brusque accélération de la propagation doit apparaître comme la sonnette d’alarme d’une crise sanitaire gérée de la façon la plus barbare : l’économie et le profit avant tout.

En effet, si le caractère meurtrier de la crise sanitaire ne vient pas seulement du virus lui-même, mais aussi de la gestion de cette dernière, c’est parce qu’à plusieurs reprises, les mesures adoptées par le gouvernement français se sont avérées tournées davatange vers la préservation des profits des grandes entreprises que vers la protection de population. Mais surtout, et de façon plus générale, le manque de moyens de lutte, la pénurie de masques et de lits d’hôpitaux et les effectifs médicaux réduits ont fini par causer la mort de milliers de personnes en France. Cette rentabilité barbare que le gouvernement s’appplique à imposer depuis plusieurs années montre l’une de ses conséquences désastreuses lors de la lutte contre le coronavirus.

Ces prédispositions à une exposition anormale et dangereuse n’ont pas manqué de plonger l’Hexagone et ses territoires sous domination coloniale dans une situation critique. La France, une des premières puissances mondiales, a ainsi recensé des nombres de cas et de décès bien trop élevés par rapport à l’état avancé de développement auquel elle prétend accéder.

Après deux mois de confinement ultra-répressif et un déconfinement aux allures de sacrifice des employés au service de l’industrie et de ses profits, la métropole se dit aujourd’hui en mesure de maîtriser ce qu’il reste de la pandémie. Ce n’est pas le cas de la Guyane, où un second confinement est envisagé.

La victime collatérale non pas d’un, mais de deux gouvernements à la gestion catastrophique

Alors que les différents organes de presse se plaisent à dire que le problème vient essentiellement du non respect des gestes barrières, et que le gouvernement s’empresse de brandir à nouveau la répression en imposant des couvres-feux de plus en plus difficiles à respecter, la réalité de cette seconde vague est tout autre.

Ayant subi de plein fouet les premières pirouettes gouvernementales avec les masques manquants et un système sanitaire plus défaillant encore qu’en métropole, les habitants de la Guyane doivent également jongler avec des conditions de vies peu propices aux exigences du gouvernement. En effet, cette colonie française abrite de nombreux squats et bidonvilles où la distanciation sociale est quasiment impossible et où les exigences sanitaires semblent ridicules lorsqu’en amont aucune mesure sociale n’a été prise pour protéger efficacement ces populations. Ces facteurs de propagation du virus expliquent donc le taux de reproduction élevé – capacité de transmission – du virus.

Mais si ce taux de reproduction est bien plus élevé en Guyane qu’en France métropolitaine et ce alors même que certaines populations précarisées de métropole font face aux mêmes difficultés, c’est parce que la Guyane est victime non pas d’un gouvernement à la gestion erratique et dangereuse, mais de deux.

La proximité de la Guyane avec le Brésil, second pays le plus touché par la pandémie après les États-Unis, en fait une zone extrêmement critique malgré l’interruption des échanges. Alors que le Brésil fait face à une détresse sans précédent avec plus de 50 000 morts et 54 771 nouveaux cas en 24 heures, plusieurs états ont commencé à se déconfiner, sous l’influence malsaine d’un gouvernement ultra-néolibéral. Jair Bolsonaro, le président du Brésil, nie la réalité de la pandémie depuis ses débuts, appelle à ne pas se confiner et porte ainsi la responsabilité de dizaines de milliers de morts. Dommage collatéral de deux gouvernements cruellement irresponsables, la Guyane compte aujourd’hui ses vies brisées.

L’État français a annoncé des renforts hospitaliers : 17 soignants supplémentaires issus de la réserve sanitaire nationale, des équipes soignantes des hôpitaux de Paris ainsi qu’une unité de l’hôpital de campagne de la sécurité civile de 20 lits de médecine générale seront déployés cette semaine.

A défaut de revaloriser les salaires ou de mettre en place une amélioration durable du système de santé, le gouvernement sollicite à nouveau le personnel hospitalier pour panser les brèches du système sanitaire auquel il accorde si peu de crédit. Cette pandémie rappelle avec cynisme que jamais la course aux profits ne sera compatible avec la santé et la sécurité des masses.

 
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