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La Izquierda Diario
9 de juillet de 2020 Twitter Faceboock

« Suite au Covid, c’est reparti comme si de rien n’était ! »
Interview. À la Clinique Océane du Havre, les soignant.e.s en grève reconductible depuis le 22 juin
Maryline Dujardin

Elles sont en grève reconductible depuis le 22 juin, majoritairement des femmes, infirmières et aides soignant.e.s de la clinique psychiatrique Océane du Havre, et font preuve d’une détermination sans relâche. Peu importe le Ségur, elles n’ont pas prévu de « patienter ». Elles espéraient des lendemains de confinement moins pénibles, mais les héroïnes d’hier sont redevenues, pour le gouvernement et même avec le remaniement, les travailleuses en galère d’aujourd’hui. Alors puisque rien ne bouge du côté de leurs conditions de travail, elles tiennent le piquet, accompagnées de nombreux soutien. Révolution Permanente s’est entretenue avec Mélanie, infirmière et représentante syndicale CGT, sur la clinique. Elle nous raconte leur mobilisation à la veille de négociation avec la direction.

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Révolution Permanente : Est-ce que tu peux nous expliquer ce qui a déclenché votre grève ?

Mélanie : Le déclencheur pour nous c’est que suite au Covid, on est reparti comme si de rien n’était. Et en même temps tout cela s’inscrit dans le temps puisque ça fait des années que l’on demande de remplacer, d’embaucher et d’augmenter les salariés. Et la ça s’est intensifié, puisque durant le Covid on a dû pallier tous les arrêts, toutes les difficultés, on était pour la plupart à 60h semaine en se disant ; « on doit s’occuper de nos patients ! » Mais sorties du Covid, on a seulement eu un CDD pour nous remplacer sur tous nos congés d’été. Alors on a participé au mouvement d’appel du 16 depuis la Clinique. Et après ce jour là où on avait formulé des premières revendications, la direction a bien voulu nous recevoir pour nous dire « non » à tout, alors on a déposé un préavis à partir du 22 juin et depuis nous sommes en reconductible.

Révolution Permanente : Quelles sont, à la veille des négociations que vous avez dû arracher à la direction, vos revendications ?

Mélanie : La clinique a ouvert ses portes en 2012, à partir de 2013 elle a commencé à être bénéficiaire.
Lorsque la clinique a ouvert, on était 9 infirmièr.e.s par jour et 2 aides-soignant.e.s, et aujourd’hui nous sommes 5 infirmièr.e.s par jour et 2 aides-soignant.e.s, alors que notre capacité d’accueil est passé de 80 patients à 90 patients, sachant que pour l’été on a seulement une remplaçante pour remplacer tous les congés, ce qui veut dire beaucoup de jours où nous sommes seulement 4. Donc évidemment une de nos premières revendications c’est l’embauche de personnel soignant.

Et il y a le financier, puisque en 8 ans on n’a pas été revalorisé. Mon salaire a été augmenté de même pas 20 centimes de l’heure avec une charge de travail qui a doublé. Donc on en est arrivé au stade où on distribue les médicaments et on n’a même pas le temps de discuter avec les patients. Le fait qu’il y ait de moins en moins de personnel soignant, c’est parce qu’ils ne remplacent plus les gens en arrêt, les collèges en congé et au fur et à mesure ça s’érode.

Et puis on veut tout simplement du temps pour discuter avec nos patients, puisque là on distribue les médicaments mais on ne peut pas faire de soin, on n’a pas le temps de discuter, d’écouter le patient se confier, de désamorcer les crises, de gérer les difficultés, on n’a le temps de rien.

On commence à 7H30 et on fini a 20h avec trois distributions de traitements ; matin, midi et soir, mais on a beaucoup d’administratif et d’entrées à gérer entre chaque distribution de médicaments. Et il y a eu toutes les mesures mises en place avec le Covid qui évidemment ralentissent aussi.

Il y a tout ça, et puis on veut des formations, puisqu’à part notre formation obligatoire aux soins d’urgences tous les 4 ans, on a aucune formation. Donc on veut simplement des formations pour les collègues pour que l’on puisse soigner correctement en fait. On est dans la santé mentale mais pourtant on n’a pas la prime de psychiatrie, donc c’est également une des demandes que l’on formule.

Révolution Permanente : Comment se déroule la mobilisation ?

Mélanie  : On est sur le piquet depuis le 22, on a mis de nous-même un minimum de soins pour assurer la continuité, on a seulement une personne non gréviste donc on est quasi à 100%, donc la il n’y a plus d’entrée, donc de 90 patients on est passé à 50 patients aujourd’hui, les patients sortent mais il n’y a plus d’entrée.

Avec la sortie du Ségur on voudrait nous faire patienter mais ça n’a rien à voir avec nos revendications, on constate que le groupe est largement bénéficiaire au niveau financier, c’est plus d’un million 200 mille euros qui sont remontés aux actionnaires encore cette année rien que sur la clinique, donc on estime que c’est possible de revoir les salaires et de largement embaucher.

Derrière la clinique Océane, c’est un gros groupe, donc nous on ne lâchera pas, on va continuer tant qu’on a pas obtenu satisfaction, en plus chaque jour on a du soutien. La direction nous a dit lundi que sans retour au travail, pas de négociation, sauf que justement c’est tant que l’on obtiendra pas satisfaction qu’il n’y aura pas de retour au travail. Donc ce matin, on nous a annoncé enfin des négociations, peut-être que la présence des 50 dockers et beaucoup de soutiens comme l’hôpital Janet ou les travailleurs de chez Sidel devant la clinique a dû jouer.

Si on n’a rien demain on va durcir le mouvement, on a mis de notre propre chef un service minimum mais à partir de demain si on obtient rien, il n’y aura plus de service minimum, on va durcir le mouvement et si ils veulent réquisitionner il faudra qu’ils le justifient, comme on appartient au privé.

 
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