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La Izquierda Diario
16 de juillet de 2020 Twitter Faceboock

Un nouveau volet répressif à l’horizon
Masque obligatoire “dès la semaine prochaine” : le gouvernement pris de court par la reprise épidémique
Cécile Manchette
Inès Rossi

En moins d’une journée, le gouvernement, qui multiplie les apparitions sans masque, est passé de l’irresponsabilité totale au port du masque obligatoire dans les lieux publics clos “dès la semaine prochaine”. Si la généralisation du port du masque est aujourd’hui une nécessité, toute imposition répressive sans politique de gratuité des masques vise en dernière instance à rendre la population responsable de la reprise épidémique.

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Crédits photo : FRANCOIS GUILLOT / AFP

Le 11 mai dernier, la France amorçait son déconfinement après presque deux mois de limitation des déplacements. Une décision prise à la hâte par un gouvernement qui voulait avant tout précipiter la reprise de l’économie. L’annonce dans le même temps de l’obligation du port du masque dans les transports et lieux publics avait alors interrogé et inquiété la population : pourquoi le port du masque était tout d’un coup devenu indispensable quand quelques semaines plutôt il était jugé « inutile » par plusieurs responsables politiques ? Pourquoi tout à coup des millions de masques étaient disponibles à la vente alors qu’ils manquaient cruellement pour les soignants ? Pourquoi ces masques sont-ils payants et non pas distribués gratuitement à la population ?

Un gouvernement pris de court par la reprise épidémique

Deux mois plus tard, alors que de plus en plus de nouveaux « clusters » sont déclarés, Macron, pour lutter contre la recrudescence du virus, a annoncé que le port du masque serait obligatoire à partir du 1er août dans tous les lieux publics clos. En réalité, des professionnels de santé de plusieurs pays alertent déjà depuis plusieurs semaines de la possibilité d’une seconde vague. Ils estiment que l’une des voies de transmission principale du virus est celle par aérosol c’est-à-dire par l’air respiré dans une pièce.

Un collectif de professionnels de santé français signait une tribune la semaine dernière, exigeant l’instauration du port obligatoire du masque en lieu clos. « Le risque de transmission par aérosol – un nuage de particules virales en suspension durable dans l’air non renouvelé – a été mis en avant dans une tribune du 4 juillet, parue dans le New York Times et signée par 239 chercheurs de 32 pays demandant à l’OMS de réviser sa position concernant les voies de transmission du Sars-CoV-2. » peut-on lire dans cette tribune. Ils en tirent la conclusion suivante, « cette nouvelle connaissance implique une révision importante des mesures de prévention : une grande attention doit désormais être portée à l’aération des locaux et aux systèmes de climatisation et de filtration. Elle rend également évidente l’obligation du port du masque pour la fréquentation de tous les lieux fermés publics, voire privés (dans le contexte des fêtes qui semblent une source majeure de clusters). La règle de la distanciation de plus de 1 mètre en lieu clos ne suffit pas, elle a pour conséquence de faire croire à tort aux personnes qu’elles sont protégées. »

Une alerte importante qui date déjà de plusieurs semaines, si ce n’est plusieurs mois, contre l’idée que le port du masque était « inutile », comme ont pu le dire des membres du gouvernement, d’Agnès Buzyn à Sibeth Ndiaye. Le fait que les changements de politique concernant le port du masque aient été guidés depuis le début par le niveau des stocks et non pas les préoccupations sanitaires n’est plus un secret. Une fois de plus, alors même que les professionnels de santé alertent pour mettre toutes les chances de notre côté afin d’éviter une seconde vague, le gouvernement tarde à prendre une décision quant à la généralisation du port du masque.

Pire, les membres du gouvernement s’affichent, lors de la grande cérémonie du Ségur, ou encore lors des cérémonies de passation qui ont suivi le remaniement, sans masque, faisant fi des gestes barrières, s’embrassant ou se pressant les uns contre les autres. C’est finalement lors de son allocution du 14 juillet que Macron annonce une mesure pour généraliser le port du masque ; non par leur gratuité, mais leur obligation dans les lieux publics clos, par décret, à partir du 1er août.

Pour les professionnels de santé, cette date du 1er août est bien trop lointaine. Face à leur indignation, Jean Castex annonce finalement jeudi, devant le Sénat, que le décret rendant le port du masque obligatoire dans les lieux publics clos entrera en vigueur « dès la semaine prochaine ». « J’ai entendu et compris que cette échéance apparaissait tardive ou suscitait quelques interrogations » déclare-t-il devant les sénateurs. Sur France Info, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, confirme et précise que cette obligation sera assortie de sanctions.

Le masque, un produit de première nécessité toujours pas accessible à tous

Si les prix des masques et du gel hydroalcoolique sont encadrés par des décrets, leur accès reste payant, et, utilisés dans des conditions adéquates, ces produits pèsent lourd dans le portefeuille de la population. Une contrainte qui rend leur accès difficile pour de nombreux foyers. L’annonce du port obligatoire du masque dans les lieux publics clos réactualise donc la nécessité d’exiger la gratuité des masques.

Dans leur tribune intitulée « donnons-nous les moyens d’éviter une seconde vague », les professionnels de santé français évoquent l’exemple allemand qui a imposé la généralisation du port du masque dès la fin avril en lieu public clos. Une mesure qui n’a pas empêché totalement le développement de cluster comme dans l’abattoir de Tönnies. Les conditions de travail dans les abattoirs, lieux ventilés et réfrigérés, et dans lesquels les employés travaillent au coude-à-coude, en font des lieux propices au développement de l’épidémie ; s’ajoutent à cela les conditions de travail indignes de centaines de travailleurs immigrés employés dans ces entreprises, et qui logent souvent dans des appartements exigus facilitant la propagation du virus.

Le port du masque, les gestes barrières et les tests sont impuissants face à la volonté des gouvernements, des entreprises et des grands lieux de production comme les abattoirs de maintenir coûte que coûte une activité, et ce quitte à mettre en danger la vie de leurs salariés.

De plus, la définition de “lieu public” reste encore floue ; selon l’administration française, « Une entreprise non ouverte au public, mais seulement au personnel, n’est pas un établissement recevant du public ». Les lieux de travail fermés ne seraient donc potentiellement pas concernés par cette obligation du port du masque, au mépris de toute considération sanitaire.

Un nouveau volet de répression se prépare

Venons-en enfin aux fameuses “sanctions” évoquées par Attal. On a vu ce que la gestion autoritaire du confinement a donné. Au total, on a dénombré 20,7 millions de contrôles et 1,1 million de verbalisations pour absence d’attestation ou attestation défectueuse, sans compter les violences que ces contrôles ont entraîné, comme l’ont montré un grand nombre de vidéos sur les réseaux sociaux. Tout au long du confinement, le gouvernement a fait rimer gestion de la crise sanitaire avec répression, évidemment bien plus accrue dans les quartiers populaires, qui ont été les plus touchés par les amendes mais aussi par les arrestations ou les violences policières lourdes, et où le montant des amendes – 135€ puis 200€, voire plus – est venu s’ajouter aux licenciements et fin de contrat s’étant abattus sur les plus précaires. Dans les transports en commun, où l’obligation du port du masque est déjà en vigueur, les interpellations de voyageurs sans masques ont également donné lieu à des scènes d’une extrême violence, diffusées partout sur internet.

Si l’on ne connaît pas encore le montant des amendes qui seront infligées, ce dont on est sûr, c’est que le manque de lits dans les hôpitaux, l’incapacité à produire des respirateurs ou à fournir des masques ainsi que le manque de tests pour un dépistage massif, sont autant de facteurs qui n’ont pas changé depuis que le pays est déconfiné, et qui ont été jetés aux oubliettes afin de privilégier la violence et la répression massive.

En outre, la possibilité d’une seconde vague de contamination interroge sur la capacité du système de santé à y faire face. « Oui, nous serons prêts » a déclaré ce mardi Emmanuel Macron. Sur Europe 1, Yannick Gotwalles, qui dirige les urgences de l’hôpital de Colmar a lui estimé qu’ « actuellement à ce jour, nous ne sommes pas prêts ». Encore une fois, les déclarations du gouvernement contrastent fortement avec la réalité du terrain, où les soignants sont harassés et ne voient toujours pas de changements à l’horizon. Sept semaines d’un Ségur de la santé ont abouti pour le moment seulement à des augmentations salariales très en deçà des attentes des soignants, sans aucune promesse sur un plan d’embauches massif, d’ouverture de lits, et en contrepartie, entre autres, d’un « assouplissement » des 35 heures.

Le Ségur de la santé aura donc été tant une illusion pour calmer la colère des soignants, entretenue par les directions syndicales majoritaires qui ont accepté d’y participer pour finalement trahir leur base en acceptant la proposition du ministère, qu’une perte de temps dans la lutte contre le Covid qui, s’il revient, touchera de plein fouet une nouvelle fois les personnels de santé et l’ensemble des patients.

Contre la rhétorique du gouvernement qui prétend qu’il y a eu une bonne gestion de crise, ce sont aux soignants, aux travailleurs et travailleuses qui ont été forcés de continuer à travailler pendant la crise, ont souffert de la pénurie de protections sanitaires, et ceux désormais retournés travailler, de défendre et porter sur leur lieu de travail un plan d’urgence sanitaire. Ce plan pourrait par exemple comprendre la gratuité des masques, pour que la population n’ait pas à choisir entre sa santé et son budget, ou encore la mise en place de commissions pour évaluer les besoins sanitaires au jour le jour et ainsi assurer la protection de l’ensemble des salariés et de leurs familles.

 
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