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La Izquierda Diario
18 de juillet de 2020 Twitter Faceboock

Impunité policière
Grenoble. Un policier condamné à 5 ans de prison avec sursis, élu délégué syndical
Tyshka Rostov

En 2012, le policier Damien Saboundjian tire quatre fois dans le dos d’Amine Bentounsi, un jeune homme de 29 ans, entraînant sa mort. Le policier est renvoyé devant une cour d’assises, puis condamné en appel à cinq ans de prison avec sursis, interdiction du port d’arme jusqu’en 2022. Aujourd’hui, Damien Saboundjian est non seulement toujours en poste, mais vient aussi de devenir délégué syndical Unité SGP Police (FO).

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Crédits photo : AFP/ BENOIT PEYRUCQ

Amine Bentounsi, 29 ans, meurt en 2012 tué par un policier d’une balle dans le dos, alors qu’il était en fuite. Suite à cela, le policier grenoblois, Damien Saboudjian, est jugé devant une cour d’assise, où il est d’abord acquitté. Puis, le 10 mars 2017, il est condamné en appel à Paris, à cinq ans de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de port d’arme pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Pour cela, il est interdit de port d’armes jusqu’en 2022 (soit 5 ans). Une peine bien légère si on compare à la répression judiciaire qui s’est abattue sur les Gilets jaunes, où du ferme a été distribué à la volée ! Par ailleurs, cette affaire est déjà en soi exceptionnelle ayant conduit à... un procès !

Mais une faille judiciaire permet tout de même au policier d’exercer ses fonctions en tant que policier. La cour d’assise n’a rien prononcé sur une interdiction professionnelle. S’il faut un casier vierge pour entrer dans la police, rien n’indique qu’on ne peut pas en avoir un au cours de sa carrière. L’institution de la police est totalement indépendante de la justice sur ce sujet, c’est à dire qu’il est de son bon vouloir de suspendre ou non le policier en question de ses activités, ce qui n’a pas été le cas pour Damien Saboudjian. La direction générale de la police nationale (DGPN), rappelle que le policier a été « suspendu par décision hiérarchique pendant près de deux ans » mais à titre conservatoire, alors qu’il n’avait pas encore été jugé, et non par sanction disciplinaire. Cela prouve bien l’impunité de la police qui s’explique par son indépendance vis à àvis de la justice. Selon Médiapart, le syndicat Unité SGP Police a d’ailleurs qualifié sa condamnation d’ « un acte de défiance des magistrats à l’encontre des policiers », le syndicat avait appelé à une manifestation « contre le manque d’objectivité de la justice ».

Loin de perdre son emploi, ses colleègues ont soutenu sa cause en plaidant corps et âme « la légitime défense » - argument que la justice a écarté. Avant le confinement il a même été élu délégué syndical, avec le soutien inconditionnel de ses collègues. Déjà délégué syndical avant l’affaire, il a de nouveau été désigné de manière consciente de la part du syndicat, comme un symbole martyr de la « haine anti-flic ». Selon Médiapart, Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité SGP (Force Ouvrière), ne s’en cache pas : « Mieux que quiconque, il incarne la défense du policier, parce qu’il sait de quoi il parle. » Il assume avoir personnellement « piloté » Damien Saboundjian vers ce poste de délégué.

Amal Bentounsi, la sœur de la victime qui a depuis crée le collectif « Urgence notre police assassine », citée par Mediapart, s’indigne du fait que le policier soit encore en fonction et puisse être désigné si facilement délégué syndical : « Cette nomination est extrêmement choquante. C’est un énième crachat, une provocation, un pied de nez inadmissible aux familles de victimes qui réclament la justice. C’est une prise de position, une attaque même... on ne peut la prendre que comme ça. Ils l’ont nommé délégué syndical alors même qu’il a été condamné pour avoir tué mon frère d’une balle dans le dos. Ils envoient un signal très clair : ils se protègent les uns les autres, quoi qu’ils fassent, et pour eux, les vies de nos frères ne comptent pas. Déjà que la condamnation, arrachée après des années de lutte, n’était pas à la hauteur du crime, mais alors là, c’est l’expression d’une impunité organisée et assumée. » dit-elle dans Médiapart.

Voilà le message que l’on fait passer aux familles des victimes, aux victimes elles-même ou aux futures victimes : tu peux te faire tuer par la police, mais le meurtrier continue d’exercer sa fonction, de gagner son salaire, et même d’être délégué syndical. Un symbole pour assumer cet acte, le revendiquer comme légitime au sein de la police. Un moyen de propager cette méthode à ses collègues en la revendiquant, et en la légitimant, voire l’incitant, pour les fois prochaines.

Difficile de parler de brebis galeuse, quand les supposés "mauvais éléments" sont élus comme représentants par leurs collègues ! Une démonstration de plus que le problème des violences policières et du racisme ne concerne pas un individu mais bien toute l’institution. Cette affaire rappelle également l’urgence qu’il y a à ce que les syndicats de flics soient exclus des confédérations. Les syndicats de policiers sont des organisations réactionnaires qui servent à maintenir l’impunité et à revendiquer le droit de tirer dans le dos des jeunes des classes populaires. La police n’est pas du côté du côté du mouvement ouvrier, elle protège l’Etat, la propriété privée, les riches et opprime au quotidien les classes populaires. Les organisations ouvrières doivent rompre une fois pour toutes avec les forces de répression : nos syndicats n’ont rien à faire dans la police, la police n’a rien à faire dans nos syndicats !

 
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