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La Izquierda Diario
20 de juillet de 2020 Twitter Faceboock

Primes
Journée de grève massive chez Castorama
Joachim Valente

La nouvelle direction de Castorama tente de réduire drastiquement les primes des salariés. 2 500€ de perte en moyenne pour les salariés, un « hold-up » à 30 millions dénoncé par une large intersyndicale, qui appelait hier à la grève – appel suivi largement et massivement dans tout le pays. C’est notamment ce que nous a expliqué Xavier Gaspard, délégué syndical CGT.

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 Crédits photo : A.G. / Midi Libre 

La direction de Castorama a décidé de mener une offensive contre la rémunération des salariés. Ceux-ci devaient toucher une prime d’intéressement équivalente à 2,4 mois de salaires (environ 3600 euros), la direction évoque désormais un équivalent de 0,6 mois, 900 euros. La direction a introduit cette modification en changeant les termes, sans prévenir, d’un accord qui allait être signé par certains syndicats à propos du mode de calcul de cette prime dont le plafonnement, auparavant calculé à l’année, l’est désormais au trimestre. Un « hold-up » à 30 millions dénoncé par une intersyndicale large réunissant la CGT, la CFTC, la CFDT, FO et la CFE-CGC.

Alors que Thierry Garnier, le nouveau gérant (débarqué l’année dernière de chez Carrefour) du groupe Kingfisher auquel appartiennent Castorama et Brico Dépôt, et le reste de la direction multiplient les appels à la discussion, au dialogue et à la confiance, ils viennent de dévoiler encore une fois de plus ce qu’entend le patronat quand il parle de « dialogue social » : une main tendue pour mieux planter un couteau dans le dos des salariés !

« À 9 heures, on était 90 % des salariés du magasin de Strasbourg en grève »

La réaction des salariés a été massive dans une grande partie des 100 magasins de l’enseigne, avec des taux importants de grévistes. « À 9 heures, on était 90 % des salariés du magasin de Strasbourg en grève » raconte Xavier Gaspard, délégué syndical CGT, que nous avons interviewé. Certains magasins connaissaient leur premier mouvement de grève, comme à Quimper. Des salariés ont également débrayé dans des magasins où il n’y a pas de présence syndicale, malgré quelques pressions de la hiérarchie prenant prétexte du Covid pour laisser entendre qu’il n’était pas possible de se rassembler devant le magasin.

Le virus a bon dos et les salariés ne se sont évidemment pas laissés prendre au jeu, eux qui ont travaillé pendant l’épidémie, qui sont encore aujourd’hui au contact quotidien de centaines de clients qui ne respectent pas toujours les gestes barrières, une clientèle en augmentation brutale d’ailleurs depuis le déconfinement, +40 %. Des vendeurs se retrouvent en caisse, certains sont dépêchés sur d’autre site pour faire face à la demande. « Au final, même si Castorama essaye de justifier les baisses sur la prime par des pertes pendant le confinement, ils sont les vrais gagnants aujourd’hui. Les gens font des projets chez eux, aussi par crainte d’un éventuel reconfinement, tous les jours sont comme des samedis en ce moment. Les gens achètent des caddies entiers de peinture, refont leurs terrasses, etc. » poursuit Xavier Gaspard.

Castorama avait notamment essayé de se donner bonne presse, en agitant l’octroi d’une prime Covid de 1000€ pour ses salariés, les magasins de bricolage restant ouverts. Pourtant, les syndicalistes ont du taper du poing sur la table pour l’obtenir, comme dans de nombreux secteurs du commerce, notamment dans la grande distribution. Schéma classique, la direction explique qu’il n’y a pas d’argent et commence à reculer pour la verser, et la verser finalement au pro-rata, des collègues se rendant compte en discutant qu’ils n’ont pas touché les mêmes montants pour le même travail !

« Les clients nous ont très bien reçu et ont vraiment compris notre lutte »

Cette provocation à plusieurs milliers d’euros de la direction a donc mis le feu aux poudres. Ces primes sont particulièrement importantes pour les salariés de l’enseigne qui sont en majorité payés au SMIC. « Sur les piquets, les collègues sont dégoûtés mais tout autant déterminés. Il y a de la colère mais aussi beaucoup de plaisir à nous voir si nombreux aujourd’hui et les clients nous ont très bien reçu et ont vraiment compris notre lutte. Après avoir trimé comme des malades, ils nous plafonnent la prime et en plus on nous dit d’être contents ! ».

Les temps de préparation pour cette journée de grève ont été très courts, à peine quelques jours, et au mois de juillet alors que de nombreux collègues sont en congé, que les magasins font aussi appel à des CDD et des intérimaires pour faire face à l’afflux de clients, les conditions n’étaient pas forcément optimales pour un tel mouvement. Pourtant, de nombreux services ont fermé, et avec des conditions de travail normal, il est fort probable que plusieurs magasins n’auraient tout simplement pas pu ouvrir tant la pression de la base a été forte. Sur certains sites, la colère est tellement grande, que des salariés en congé ont pris sur leur temps de vacances pour rejoindre leurs collègues devant leurs magasins !

Après cette journée réussie, la question des suites se pose. Comment gonfler encore le rapport de force pour faire plier la direction et rendre l’argent qui est dû aux salariés ? Même si Xavier Gaspard et les syndicalistes CGT militent pour que cet intéressement soit intégré aux salaires (les primes sont exonérés de cotisations sociales, et ne rentrent donc pas en compte dans le calcul de la retraite ou du chômage), cette attaque sur les primes représente une perte substantielle de rémunération pour les salariés.

Les perspectives sont ouvertes, la détermination des salariés est bien présente, avec seulement quelques jours de préparation la mobilisation a été très forte, avec un peu plus de temps cela pourrait être encore plus fort. Certains songent à recommencer l’expérience un samedi, jour où les magasins Castorama font leur record de chiffre et d’affluence dans la semaine, on pense à des actions coup de poing, et dans les têtes, déjà, si la direction continue de jouer le bras de fer, la grande braderie d’août qui représente un gros chiffre pour Castorama mais qui pourrait se retrouver perturber : car ce sont les salariés qui font tourner les Castorama, pas la direction !

 
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