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La Izquierda Diario
29 de juillet de 2020 Twitter Faceboock

Violences d’Etat
« Quand j’entends "violences policières" je m’étouffe » : Darmanin défend la police et insulte les victimes
Hélène Angelou

Alors que le mouvement antiraciste massif des Etats-Unis à la France, a mis en évidence non seulement les violences policières mais encore le rôle structurel de la police, Darmanin s’illustre une nouvelle fois dans la défense de l’institution policière, insultant les victimes par le choix de ses mots.

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Devant la commission des lois de l’Assemblée Nationale, Gérald Darmanin, nouveau ministre de l’Intérieur, a réfuté hier la notion de violences policières et défendu d’arrache-pied l’institution policière, dans la droite ligne de la nouvelle offensive du gouvernement sur les questions sécuritaires.

Des propos qui font scandale, dans un contexte marqué par les récentes mobilisations anti-racistes

Si cette défense de la police n’est pas surprenante de la part d’un membre du gouvernement, le ministre l’a assortie d’une véritable provocation à l’encontre des victimes de violences policières et du mouvement anti-raciste : « Quand j’entends le mot "violences policières" personnellement je m’étouffe », a en effet assené Darmanin.

Alors que l’expression « I can’t breathe », prononcée par George Floyd avant sa mort d’une clef d’étranglement lors d’une interpellation policière, est devenue le slogan du mouvement anti-raciste massif qui marque la situation politique internationale par sa profondeur, en France également l’expression « j’étouffe » renvoie en effet aux derniers mots de victimes des violences policières. C’est notamment le cas de Cédric Chouviat, mort d’une fracture du larynx des suites d’une interpellation policière le 3 janvier dernier, qui a prononcé sept fois « j’étouffe » avant de mourir.

C’est donc un véritable tollé qu’a suscité cette déclaration, détournant un slogan qui a justement contribué à mettre en évidence les violences policières à travers le monde. La famille de Cédric Chouviat a notamment dénoncé ces propos, de même que leurs avocats.

Dans un communiqué cité par Le Figaro, les avocats Me William Bourdon, Arié Alimi et Vincent Brengarth déclarent : « Les mots du nouveau ministre de l’Intérieur (Gérald Darmanin), qui évidemment ne peuvent être fortuits, ont profondément scandalisé et heurté la famille de Cédric Chouviat. Chacun doit mesurer ce que disent ces propos du mépris et du cynisme du ministre de l’Intérieur pour les familles endeuillées ou meurtries par des violences policières ».

Renouant depuis son accession à l’Intérieur avec la politique des petites phrases chères à Macron dans la première phase de son quinquennat, Darmanin participe tant sur la forme que sur le fond à une escalade sur les questions sécuritaires et répressives. Le ministre a été défendu par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal qui a dénoncé une « bataille sémantique » et déclaré de manière cynique qu’ « il n’y [avait] ni mot tabou ni mot magique », avant de se livrer à un plaidoyer des mesures du gouvernement en matière de sécurité.

Surenchère sécuritaire

De fait, mis à la défensive sur les questions de violences policières il y a quelques mois, allant jusqu’à une timide reconnaissance de cette notion, arrachée par le rapport de force né de la mobilisation massive antiraciste et contre les violences policières, le gouvernement opère aujourd’hui un tournant droitier et sécuritaire, affirmé haut et fort depuis le remaniement.

La remise en cause profonde des violences policières par un mouvement d’ampleur a en effet contribué à mettre en évidence à une échelle de masse le rôle structurel de la police, bras armé de l’État bourgeois. Comme nous l’écrivions, « cette remise en cause de la police comme institution qui détient le monopole de la violence légitime est l’expression progressiste d’une colère qui vient d’en bas, dans un contexte de profondes crises des régimes politiques dans plusieurs pays dans le monde depuis plusieurs années déjà et qui fait suite aux mesures antipopulaires prises après la crise économique internationale de 2008 » ; et la profondeur de ce mouvement n’a pas échappé au gouvernement.

C’est ainsi sur le terrain sécuritaire que le gouvernement répond aujourd’hui, une réponse mise en exergue dès le discours de politique générale du nouveau premier ministre Jean Castex. Défense de l’institution policière se couple ainsi à une lutte affichée contre le « communautarisme et le séparatisme », et contre la délinquance.

En ce sens, les déclarations récentes de Darmanin sont particulièrement éloquentes : « Quand j’entends le mot "violences policières" personnellement je m’étouffe. La police exerce une violence certes mais une violence légitime. [...] Elle doit le faire de manière proportionnelle, elle doit le faire de manière encadrée. Que quelques personnes le fassent en dehors des règles déontologique, la sanction doit être immédiate. Mais il est normal que les policiers et gendarmes soient armés, interviennent par la force, pour que la force reste à la loi de la République et pas celle des bandes ou des communautés », explicitait le ministre.

Contrairement à la rhétorique utilisée par Darmanin et rabâchée par le gouvernement, les violences policières ne sont pas le fait de « brebis galeuses », ni des dérives individuelles mais il s’agit bien d’un phénomène systémique, que le mouvement antiraciste et le mouvement des Gilets Jaunes, et ses multiples blessés et mutilés par la répression policière, et ont tour à tour dénoncé et mis sur le devant de la scène. Les dernières révélations quant aux agissements racistes et violents de plusieurs unités de police, tels que la CSI 93 ou encore au tribunal de Paris sont autant de démonstrations de ces violences endémiques et de révélateurs de l’impunité policière.

Alors que l’extrême-droite a enclenché sur fond de racisme une vague réactionnaire décomplexée contre le mouvement antiraciste et en défense de l’institution policière, le gouvernement surfe sur ces tentations répressives et sécuritaires et verse dans la surenchère dangereuse. En témoigne les propos de Darmanin sur « l’ensauvagement de la population », une thèse issue de l’extrême-droite et brandie dans une interview.

 
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